Critique Ciné : Betting with Ghost (2026, direct to SVOD)

Critique Ciné : Betting with Ghost (2026, direct to SVOD)

Betting With Ghost // De Nguyen Nhat Trung. Avec Hoài Linh, Tuan Tran et Diep Bao Ngoc.

 

Avec Betting With Ghost, le cinéma vietnamien propose un objet assez étrange, à mi-chemin entre la comédie horrifique populaire et le drame familial plus intime. Sur le papier, l’idée a de quoi séduire : un joueur compulsif criblé de dettes qui se retrouve contraint d’aider le fantôme d’une jeune mère en échange de paris truqués. Dans les faits, le film réalisé par Nguyễn Nhật Trung avance sur une ligne fine, parfois bancale, mais rarement ennuyeuse. Dès les premières minutes, le ton est clair. Tran Van Lanh, jeune adulte paumé et accro aux combats de coqs clandestins, court pour échapper à des créanciers pas franchement patients. 

 

L’histoire tourne autour d’un homme qui devient soudainement le « Dieu des joueurs » grâce à l’aide d’un fantôme.

 

La mise en scène privilégie l’énergie et le comique de situation. La fuite vers le cimetière, puis la rencontre avec le spectre de Le Thi Na, installent un humour presque cartoonesque. Lanh ne ressemble pas à un héros tragique : c’est un type immature, lâche, souvent ridicule. Le film joue beaucoup là-dessus, et cela fonctionne plutôt bien. Le registre fantastique est traité sans lourdeur. Na apparaît d’abord comme une silhouette classique de film d’horreur asiatique, cheveux longs devant le visage, présence silencieuse et inquiétante. Mais très vite, Betting With Ghost détourne cette image. Le fantôme ne cherche pas à terroriser gratuitement ; il négocie. Il propose un marché. Cette bascule donne au film une identité plus originale qu’il n’y paraît.

 

Ce qui frappe, c’est la façon dont le scénario mêle critique sociale et divertissement. Le monde des paris clandestins, des combats de coqs et des dettes à rembourser sert de toile de fond crédible. Lanh doit 30 millions de dôngs, une somme modeste à l’échelle internationale, mais suffisante pour déclencher violences et humiliations. Le film montre un univers où l’addiction au jeu détruit lentement les relations familiales. La relation entre Lanh et son père, Dao, porte d’ailleurs une grande partie de la charge émotionnelle. Le personnage du père apporte une profondeur inattendue. Veuf, fatigué par les erreurs de son fils, il oscille entre colère et inquiétude. 

 

Les scènes où il doute de la santé mentale de Lanh, lorsque celui-ci parle d’un fantôme que lui seul peut voir, sont parmi les plus justes. Le film évite la caricature du père autoritaire ; il préfère montrer un homme blessé, qui ne sait plus comment aider son enfant. Cette dimension familiale ancre le récit dans quelque chose de plus tangible que le simple jeu surnaturel. La dynamique entre Lanh et Na constitue le cœur du film. Au départ, leur relation repose sur l’intérêt : elle l’aide à truquer les paris, il enquête sur le passé de cette mère morte peu après son accouchement. Les flashbacks dévoilent progressivement une histoire marquée par l’abandon et le sexisme, puisque le père de l’enfant ne voulait reconnaître le bébé que s’il s’agissait d’un garçon. 

 

Ce motif aurait pu être traité de manière très appuyée ; le film choisit une approche plus simple, presque pudique. Là où Betting With Ghost surprend, c’est dans son dernier tiers. Le ton glisse vers un drame plus sombre, lié à un secret que Lanh cache à son père. Cette rupture pourrait paraître artificielle. Pourtant, elle donne une cohérence inattendue à l’ensemble. Le film cesse alors d’être une comédie fantastique sur des paris truqués pour devenir une histoire de culpabilité et de réparation. Certains spectateurs risquent d’être déstabilisés par ce virage, mais il apporte une vraie densité émotionnelle. Sur le plan des interprétations, l’équilibre entre comique et gravité est plutôt bien tenu. 

 

L’acteur qui incarne Lanh parvient à rendre son personnage à la fois agaçant et touchant. Il assume les scènes humiliantes – y compris les moments où la peur le rend grotesque – sans perdre en crédibilité lorsque le récit se fait plus sérieux. L’interprète de Na évite le cliché du fantôme vengeur figé ; son jeu apporte une douceur qui contraste avec son apparence initialement inquiétante. Quant au rôle du père, il donne au film ses instants les plus sincères. Tout n’est pas parfaitement maîtrisé. Un des grands retournements de situation semble ajouté pour renforcer l’effet dramatique. Certaines transitions entre comédie et mélodrame manquent de fluidité. 

 

Le film aurait peut-être gagné à resserrer son intrigue autour de moins d’éléments, plutôt que de vouloir multiplier les surprises. Mais ces défauts ne suffisent pas à effacer l’originalité du projet. Visuellement, Betting With Ghost ne cherche pas la démonstration technique. La réalisation reste sobre, parfois presque télévisuelle. Ce choix peut frustrer ceux qui attendaient un film d’horreur plus stylisé. En revanche, il sert le propos : le fantastique s’invite dans un quotidien banal, sans effets excessifs. Le contraste entre les ruelles urbaines, les arènes improvisées pour les combats de coqs et les apparitions de Na fonctionne par simplicité.

 

Au final, Betting With Ghost n’est pas un film parfait, ni une œuvre destinée aux récompenses internationales. Mais il possède une identité claire. Derrière son concept accrocheur – un joueur qui parie avec l’aide d’un fantôme – se cache une réflexion sur la dette, la responsabilité et les liens familiaux. Ce mélange de comédie, de drame et de surnaturel donne un résultat imparfait mais attachant. Le film laisse surtout l’impression d’avoir pris un risque tonal. Et dans un paysage où beaucoup de productions de genre restent formatées, cette prise de risque mérite d’être saluée.

 

Note : 5/10. En bref, Betting With Ghost n’est pas un film parfait, mais il possède une identité claire. Derrière son concept accrocheur se cache une réflexion sur la dette, la responsabilité et les liens familiaux. Ce mélange de comédie, de drame et de surnaturel donne un résultat imparfait mais attachant. 

Prochainement en France en SVOD

 

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