3 Février 2026
Bury Me When I’m Dead // De Seabold Krebs. Avec Devon Terrell, Charlotte Hope et Makenzie Leigh.
Il existe des films ratés parce qu’ils manquent de moyens, et d’autres parce qu’ils manquent d’idées. Bury Me When I’m Dead, écrit et réalisé par Seabold Krebs, appartient à une catégorie plus frustrante encore : celle des films persuadés d’avoir quelque chose de profond à dire, mais incapables de le traduire à l’écran. Sous couvert de thriller psychologique teinté de fantastique, le long métrage s’enlise dans une lenteur extrême, un récit balisé et une mise en scène désespérément plate. Le point de départ semblait pourtant porteur. Henry vit avec Catherine, son épouse, avec qui il tient une boutique de fleurs.
Après avoir échoué à respecter le dernier vœu de sa femme mourante, une série d'événements tragiques pousse Henry à croire qu'elle est revenue pour se venger.
Lorsqu’elle apprend qu’elle est condamnée par la maladie, elle refuse les traitements et formule un dernier souhait : être enterrée dans une forêt, selon un rituel naturel, afin de “retourner à la terre”. Une promesse intime, presque sacrée. Henry accepte, mais cédera plus tard sous la pression du père de Catherine, homme riche, autoritaire et très attaché aux conventions religieuses. Ce reniement devient le déclencheur d’une spirale de culpabilité, de paranoïa et de supposées manifestations surnaturelles. Sur le papier, cette histoire de promesse brisée et de fantôme symbolique avait de quoi nourrir un drame oppressant. À l’écran, c’est une autre affaire. Le film souffre avant tout d’un rythme catastrophique.
Dès les premières minutes, la narration adopte une lenteur qui ne crée ni tension ni mystère. Les scènes s’étirent sans enjeu clair, les silences s’accumulent sans être chargés de sens, et l’attente ne mène à rien. Après une demi-heure, la lassitude s’installe déjà, sans que le film ait réellement posé ses bases émotionnelles. Cette lenteur pourrait être défendable si elle servait une atmosphère pesante ou une immersion psychologique. Ce n’est malheureusement pas le cas. La mise en scène reste fade, sans idée marquante, sans véritable travail sur le cadre ou la lumière pour traduire l’état mental du personnage principal. La caméra observe de loin, comme désintéressée de ce qu’elle filme.
Les scènes censées déranger ou inquiéter sont filmées de manière neutre, presque scolaire. Rien ne déborde, rien ne dérange réellement. Le scénario, lui aussi, se révèle d’une prévisibilité affligeante. Tous les ressorts sont attendus : la promesse non tenue, la culpabilité qui ronge, la descente mentale, puis l’irruption du surnaturel. Chaque étape arrive sans surprise, sans détournement, sans audace. Le film avance sur des rails, reproduisant mécaniquement les codes du thriller fantastique le plus banal. Aucune scène ne vient bousculer ce schéma, et l’ensemble donne l’impression d’avoir été vu et revu des dizaines de fois. L’un des gros problèmes de Bury Me When I’m Dead reste son incapacité à exploiter son élément central : la hantise.
Le film met un temps interminable à faire exister la menace surnaturelle, et lorsqu’elle apparaît enfin, elle est traitée de façon expéditive et maladroite. Les manifestations sont rares, peu inspirées, et surtout dénuées de véritable impact émotionnel. Catherine, pourtant au cœur du récit, devient une présence fantomatique sous-utilisée, presque anecdotique. Les personnages secondaires ne sont guère mieux lotis. Le père de Catherine est un cliché ambulant, réduit à une fonction narrative de pression morale. La relation adultère de Henry, pourtant porteuse de conflits intéressants, est traitée sans profondeur, comme un simple outil pour renforcer sa culpabilité, sans jamais être vraiment explorée.
Tout semble écrit pour servir une idée générale, jamais pour donner chair aux personnages. Côté interprétation, les acteurs font ce qu’ils peuvent avec un matériau peu engageant. Devon Terrell incarne Henry avec une froideur constante qui finit par devenir problématique. Le personnage est volontairement distant, mais cette distance empêche toute empathie. Il est difficile de s’attacher à un protagoniste aussi passif, aussi fermé, qui traverse le film sans réelle évolution visible. Charlotte Hope apporte un peu de relief dans le rôle de Catherine, mais son temps de présence reste trop limité pour laisser une empreinte durable. Quelques seconds rôles parviennent à insuffler un semblant de vie, mais cela reste largement insuffisant pour sauver l’ensemble.
Le film tente parfois d’introduire des éléments de réflexion sur le deuil, la responsabilité morale ou le poids des choix, mais ces thèmes restent à l’état de surface. Rien n’est creusé, rien n’est vraiment interrogé. Les dialogues, bien que parfois corrects, donnent souvent l’impression d’expliquer plutôt que de suggérer. Là où le cinéma devrait montrer, Bury Me When I’m Dead se contente de verbaliser, appauvrissant encore l’impact émotionnel. La durée, proche de l’heure et demie, devient rapidement excessive. Le film n’a tout simplement pas assez de matière pour tenir aussi longtemps. De nombreuses scènes pourraient être coupées sans que cela n’affecte la compréhension du récit.
Cette impression de remplissage renforce le sentiment d’ennui et donne le sentiment d’un projet mal calibré, incapable de faire des choix clairs. Au final, Bury Me When I’m Dead ressemble à un film qui se prend trop au sérieux sans en avoir les épaules. Il ambitionne de mêler drame psychologique et fantastique, mais échoue sur les deux terrains. Ni réellement inquiétant, ni réellement émouvant, il laisse surtout une impression de vide. Un film long, laborieux, sans tension et sans personnalité, qui gaspille une idée pourtant intéressante. Un énième exemple de thriller indépendant qui confond lenteur et profondeur, et qui oublie qu’un film, même minimaliste, doit rester vivant. Ici, tout semble figé, comme enterré trop tôt.
Note : 2/10. En bref, Bury Me When I’m Dead ressemble à un film qui se prend trop au sérieux sans en avoir les épaules. Il ambitionne de mêler drame psychologique et fantastique, mais échoue sur les deux terrains. Ni réellement inquiétant, ni réellement émouvant, il laisse surtout une impression de vide.
Sorti le 3 février 2026 directement en VOD
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