26 Février 2026
Coupe-feu // De David Victori. Avec Belén Cuesta, Candela Martínez et Joaquín Furriel.
Sorti discrètement sur Netflix, Coupe-feu tente de mêler thriller de survie et drame psychologique sur fond d’incendie ravageur en Espagne. Sur le papier, l’idée a de quoi intriguer : une fillette disparaît en pleine forêt alors que les flammes progressent. Le décor est posé, la tension devrait suivre. Dans les faits, le film de David Victori choisit une autre voie, plus intime, parfois étouffante, pas toujours convaincante. L’histoire s’ouvre sur une famille déjà marquée par le deuil. Magda revient dans la maison de campagne avec sa fille Lide, accompagnée de proches, pour régler des questions pratiques après la mort de son mari.
Tandis que sa famille fait le vide dans sa maison d'été, la petite Lide disparaît dans la forêt. Quand un incendie se déclare, sa mère se précipite pour la sauver des flammes.
L’ambiance est lourde avant même que le feu ne s’invite. La petite Lide, huit ans, s’éloigne et disparaît dans une région isolée au moment où un incendie se déclare. À partir de là, tout se resserre. Les secours s’organisent, les chiens fouillent, les gardes forestiers quadrillent la zone. La forêt est filmée comme un labyrinthe sec et hostile. Le feu, pourtant omniprésent dans le titre et la promo, reste en arrière-plan. David Victori ne cherche pas à faire un film catastrophe. Les flammes servent surtout à isoler les personnages, à créer une bulle qui se réduit de minute en minute. Cette sensation d’enfermement fonctionne par moments.
La tension ne vient pas des arbres qui brûlent mais des regards qui se croisent et des accusations qui fusent. Le vrai incendie est humain. Très vite, les soupçons se tournent vers un garde forestier solitaire, au comportement jugé étrange. La mécanique est connue : peur de l’autre, fantasmes, emballement collectif. Le film insiste sur cette paranoïa qui monte, presque plus vite que les flammes. Magda, interprétée par Belén Cuesta, incarne une mère à bout, prête à tout. À ses côtés, Joaquín Furriel joue un proche dont la nervosité vire parfois à l’agressivité. Diana Gómez complète ce trio sous pression. Le casting fait le travail, sans éclat particulier mais avec une certaine justesse.
Les visages sont fatigués, les voix se brisent, les disputes éclatent. Le problème vient surtout de l’écriture. Malgré la situation extrême – une enfant perdue, un feu qui avance – beaucoup de réactions semblent incohérentes. Certains choix frisent l’absurde, notamment dans la façon dont le garde forestier est traité. L’emballement collectif aurait pu être glaçant ; il devient parfois agaçant. Le scénario mise beaucoup sur la suspicion. Trop, peut-être. Les scènes où les personnages s’accusent mutuellement s’enchaînent, au point de donner l’impression de tourner en rond. Le rythme est inégal. Certaines séquences installent une vraie tension, d’autres étirent inutilement la même idée : la peur rend aveugle.
Le film dépasse les deux heures et cette durée se fait sentir. Visuellement, Coupe-feu propose de belles images de forêt calcinée. La nature est sèche, presque irréelle. Mais les scènes d’incendie restent limitées. Les flammes sont davantage suggérées que montrées. Ceux qui espéraient un film spectaculaire sur un feu incontrôlable risquent d’être déçus. Il ne s’agit pas d’un survival pur, encore moins d’un grand film catastrophe. Le feu est un prétexte, un décor dramatique. L’intérêt du film réside plutôt dans l’étude de groupe. Comment une famille déjà fragilisée par le deuil se fissure encore plus sous la pression ? Comment les préjugés prennent le dessus quand le temps presse ?
Sur ce point, Coupe-feu touche quelque chose de juste. La peur de l’inconnu, la tentation de trouver un coupable rapide, l’illusion de maîtriser la situation par la violence : ces thèmes résonnent. Le film fait aussi écho aux incendies qui ont ravagé certaines régions espagnoles ces dernières années, notamment dans la province de León. Sans être un manifeste écologique, il glisse une critique sur la gestion des réserves naturelles et la responsabilité des autorités. Cet aspect reste en arrière-plan mais donne un ancrage réaliste à l’ensemble. Reste la question du suspense. Coupe-feu ne cherche pas vraiment à multiplier les rebondissements. L’intrigue est assez prévisible.
Un choix narratif, notamment autour de flashbacks montrés en cours de route, affaiblit l’impact de la révélation finale. Le film ne laisse pas beaucoup de place au doute une fois certaines cartes abattues. Le dénouement, sans tomber dans le sensationnalisme, paraît un peu rapide au regard de la tension accumulée. Au final, Coupe-feu est un thriller espagnol sous tension qui avait matière à aller plus loin. L’idée de départ fonctionne, l’atmosphère est pesante, et quelques scènes marquent par leur intensité. Mais le scénario manque de finesse, les comportements incohérents freinent l’immersion et le rythme trop étiré dilue l’impact.
Il ne s’agit pas d’un échec total. Le film se regarde, surtout pour son ambiance et son étude des réactions humaines face à la peur. Ceux qui cherchent un drame psychologique sur fond d’incendie y trouveront de quoi s’intéresser. Ceux qui attendent un vrai film catastrophe ou un thriller haletant risquent de rester à distance.
Note : 5/10. En bref, Coupe-feu laisse donc une impression partagée : une tension réelle, un sujet fort, mais une exécution qui ne va pas jusqu’au bout de ses promesses.
Sorti le 20 février 2026 directement sur Netflix
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