Critique Ciné : Gourou (2026)

Critique Ciné : Gourou (2026)

Gourou // De Yann Gozlan. Avec Pierre Niney, Marion Barbeau et Anthony Bajon.

 

Je partais avec un drôle de mélange dans la tête en allant voir Gourou. De l’envie et de la peur. Yann Gozlan et Pierre Niney, ça reste un duo qui m’a déjà bien plu, surtout avec Boîte noire. Mais derrière, Visions et Dalloway m’ont laissé sur le bas-côté. Gourou, c’est l’histoire de Matt, coach en développement personnel ultra bankable, genre gourou 2.0 qui remplit des salles comme si c’était des concerts de pop américaine. Des milliers d’adeptes, des abonnements, une machine à cash bien huilée. Jusqu’au moment où l’État décide de mettre le nez dedans et de créer un diplôme officiel pour encadrer ces pratiques un peu floues, parfois franchement inquiétantes. 

Matt est le coach en développement personnel le plus suivi de France. Dans une société en quête de sens où la réussite individuelle est devenue sacrée, il propose à ses adeptes une catharsis qui électrise les foules autant qu'elle inquiète les autorités. Sous le feu des critiques, Matt va s'engager dans une fuite en avant qui le mènera aux frontières de la folie et peut-être de la gloire...

 

Et là, forcément, ça grince. La carrière de Matt vacille, sa parano s’emballe, et le sol commence à se dérober sous ses pieds. Le début, franchement, fonctionne. Les séminaires sont mis en scène comme des shows XXL, lumières aveuglantes, musique qui tape, slogans balancés comme des mantras. Niney est magnétique, impossible de décrocher. Tu comprends pourquoi les gens le suivent, pourquoi ils boivent ses paroles. Ça sent le thriller politique, un truc tendu, contemporain, presque anxiogène. Le terrain est parfait pour Gozlan, qui a toujours su installer une pression sourde, ce petit truc qui te fait te redresser dans ton siège sans t’en rendre compte.

 

Et cette tension, il la tient. C’est même sans doute la plus grande qualité du film. Ça ne s’arrête jamais vraiment, ça avance, ça relance, ça multiplie les rebondissements. Parfois trop, d’ailleurs. Mais impossible de dire qu’on s’ennuie. La mise en scène est nerveuse, presque clinique par moments, et Gozlan sait exactement où placer ses effets. Là-dessus, rien à dire. C’est propre, efficace, presque trop bien rodé. Pierre Niney, lui, étend encore un peu plus ce que j’appelle, sans méchanceté, son Niney-verse. Encore un Mathieu Vasseur. Pas le même que dans Un homme idéal ou Boîte noire, mais avec le même ADN : obsession, contrôle, et cette fameuse descente aux enfers. 

 

Il est solaire et toxique à la fois, puissant et misérable. Par moments, ça m’a rappelé Tom Cruise dans Magnolia, ce mélange de charisme et de malaise qui te met presque mal à l’aise. Et Anthony Bajon, dans le rôle de l’adepte oscillant entre admiration et désillusion, apporte une vraie tension humaine… quand le film lui laisse un peu de place. Mais voilà. Gourou commence à coincer ailleurs. Très vite, le thriller politique promis s’efface. Les histoires de législation, de commission d’enquête, de confrontation avec l’État français passent à l’arrière-plan. À la place, le film bascule dans un thriller paranoïaque, parfois bancal. Les twists s’enchaînent comme des dominos, mais sans conséquences réelles. 

 

Ça fait son effet sur le moment, et on passe à autre chose. Du coup, plusieurs intrigues secondaires s’ouvrent… et ne se referment jamais vraiment. Et c’est dommage, parce que le sujet est brûlant. Les dérives du coaching, la positivité toxique, le culte de la performance, les adeptes en détresse. Tout est là, posé sur la table, mais jamais creusé. Les adeptes, par exemple. J’aurais aimé qu’on s’attarde sur ce que ça leur fait. Là, ils existent surtout comme une foule, un décor humain. Un peu comme dans ces open spaces où tout le monde sourit sur la photo LinkedIn, mais où tu sens que ça craque derrière. Certaines scènes laissent un flou étrange. 

 

Le passage dans Touche pas à mon poste, la fin qui arrive comme un soufflé qui retombe… J’ai eu l’impression d’un film qui veut dénoncer sans trop se mouiller. Comme s’il pointait du doigt plein de trucs en disant regardez, c’est pas bien, mais sans jamais aller au bout. À force, ça donne un sentiment d’artificialité, voire d’imposture. Ce qui est presque ironique vu le sujet. Autour de Niney, les personnages manquent clairement d’épaisseur. Celui de Marion Barbeau, par exemple, semble surtout là pour demander comment il va. Le frère, souvent en colère ou en pleurs. Le chauffeur… alors là, son arc narratif part tellement loin que la crédibilité semble avoir pris des vacances prolongées. 

 

Et plus le film avance, plus ce décalage se fait sentir. C’est là que Gourou devient frustrant. Parce que l’emballage en met plein les yeux. Comme les shows de Matt, justement. C’est spectaculaire, démonstratif, presque hypnotisant. Mais quand tu grattes un peu, tu te rends compte qu’il y a surtout des artifices derrière. Beaucoup d’intentions stabilotées, peu de vraie profondeur. Un thriller plaisant, oui. Mais un peu lourd, un peu répétitif, et surtout pas à la hauteur de son sujet. À la fin, je suis sorti partagé. Touché par certaines idées, impressionné par la mise en scène et l’investissement de Niney, mais agacé par ce scénario qui reste en surface. 

 

Note : 4.5/10. En bref, Gourou confirme que Yann Gozlan sait maintenir la tension. Mais ça rappelle aussi qu’un suspense bien huilé ne suffit pas quand l’écriture manque de chair. Et franchement, avec un thème aussi actuel, c’est encore plus rageant.

Sorti le 28 janvier 2026 au cinéma

 

Retour à l'accueil

Partager cet article

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
À propos
delromainzika

Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog

Commenter cet article