Critique Ciné : Joe Baby (2026, Amazon Prime Video)

Critique Ciné : Joe Baby (2026, Amazon Prime Video)

Joe Baby // De Steven Brand. Avec Dichen Lachman, Willa Fitzgerald et Ron Perlman.

 

Amazon Prime Video a définitivement trouvé sa spécialité : recycler les films qui, il y a quinze ans, auraient fini entre un lot de piles AA et des vêtements en promo. Joe Baby coche absolument toutes les cases du genre. Un titre vaguement cool, quelques visages connus pour rassurer le chaland, une affiche qui promet du danger, et derrière… un grand moment de solitude cinématographique. Probablement le pire film vu cette année, et la concurrence était pourtant rude. Dès les premières minutes, Joe Baby annonce la couleur. Une mise en scène en pilotage automatique, des fondus enchaînés dignes d’un téléfilm de l’après-midi, une musique lourde qui surligne chaque micro-émotion comme si le spectateur risquait de rater un événement capital… lequel n’arrivera jamais. 

 

Joe accepte d'aider la fille d'un magnat de l'immobilier à récupérer l'argent qu'elle s'est fait escroquer, elle est également approchée par un agent du FBI peu orthodoxe qui enquête sur le meurtre non résolu du père de Joe, un tueur à gages.

 

Tout dans ce film respire le produit fatigué, pensé pour remplir un catalogue plutôt que pour raconter une histoire. L’intrigue, parlons-en. Sur le papier, c’est presque rassurant : une enquêtrice solitaire, dix millions de dollars disparus après une sombre affaire immobilière, des criminels pas très nets, des agents fédéraux ambigus. Un classique du polar. Sauf que le scénario semble avoir été écrit entre deux lessives. Il y a bien une enquête, mais elle avance à coups de dialogues interminables et de détours inutiles. Les scènes s’enchaînent sans tension, sans enjeu clair, comme si le film lui-même ne savait pas trop où il allait. À force d’attendre que quelque chose se passe, une étrange routine s’installe. 

 

Une discussion. Une transition en fondu. Une musique appuyée. Une autre discussion. Et parfois, miracle, une scène d’action. Enfin, “action” est un bien grand mot. Les combats sont mous, les fusillades sans impact, les explosions sans danger. Tout est filmé avec une mollesse presque fascinante, comme si chaque cascade avait été répétée en chaussons pour éviter toute blessure morale. Ce qui rend l’expérience encore plus absurde, c’est le casting. Dichen Lachman (Severance, Dollhouse), Willa Fitzgerald (Reacher), Kenneth Choi (9-1-1). Des acteurs et actrices qui ont largement prouvé ailleurs qu’ils savaient faire mieux. La question s’impose alors très vite : pourquoi ? Erreur de casting, contrat mal lu, pari perdu, ou expérience sociologique ? Mystère. 

 

Toujours est-il que Joe Baby ressemble à un gigantesque gâchis de talents. Dichen Lachman, pourtant en tête d’affiche, fait ce qu’elle peut avec un personnage écrit sur un post-it. Elle tente d’incarner une femme dure, indépendante, dangereuse même. Mais sans véritable arc narratif, sans évolution, sans scènes fortes, le personnage reste figé. Elle traverse le film comme une promesse non tenue, condamnée à regarder les événements se produire autour d’elle sans jamais vraiment les provoquer. Willa Fitzgerald, de son côté, apparaît comme une sorte de femme fatale de service. Elle entre dans le cadre, regarde intensément, prononce des phrases censées être chargées de menace, puis disparaît. 

 

Fin de la prestation. Difficile de ne pas ressentir une pointe de tristesse devant un tel gâchis. Après certains rôles marquants, la voir réduite à cette fonction décorative a quelque chose de presque cruel. Kenneth Choi s’en sort un peu mieux, mais surtout parce qu’il injecte un minimum de second degré involontaire dans ses scènes. Son agent du FBI aux motivations troubles semble parfois aussi perdu que le spectateur. Les échanges avec Dichen Lachman fonctionnent par moments, uniquement grâce à leur présence à l’écran, certainement pas grâce aux dialogues, souvent plats ou maladroits. Le film donne parfois l’impression de vouloir être malin. Peut-être ironique. Peut-être méta. Peut-être une parodie du polar moderne. 

 

Mais rien n’est jamais assumé. Chaque idée intéressante est abandonnée avant d’avoir pu exister. Chaque tentative de style se transforme en caricature involontaire. Même les choix musicaux, censés apporter une touche décalée, tombent à plat tant ils sont plaqués sans réflexion. Ce qui frappe surtout, c’est l’absence totale de tension. Joe Baby parle beaucoup de danger, montre beaucoup d’armes, promet beaucoup de violence, mais ne fait jamais ressentir la moindre menace. Tout est propre, sans aspérité, sans sueur, sans peur. Même les blessures graphiques paraissent artificielles, comme ajoutées pour cocher une case plutôt que pour servir le récit. 

 

À force, le film devient presque hypnotique dans sa nullité. On se surprend à sourire devant certaines scènes tant elles semblent venir d’un univers parallèle, où le cinéma d’action aurait évolué sans jamais apprendre de ses erreurs. Un monde où les dialogues servent à remplir le temps, où l’action est facultative, et où le style remplace toute forme de fond. Joe Baby n’est pas seulement un mauvais film. C’est un film inutile. Il n’apporte rien au genre, n’exploite pas son casting, ne raconte rien de mémorable. Il existe, puis s’efface aussitôt, comme ces DVD qu’on achetait par erreur et qu’on oubliait sur une étagère.

 

Note : 0/10. En bref, reste une seule vraie utilité à Joe Baby : rappeler que la présence de bons acteurs ne suffit pas à faire un bon film. Et que parfois, le meilleur conseil reste le plus simple : passer son chemin. Sauf bien sûr si l’envie de souffrir devant un polar raté devient un projet de soirée. Dans ce cas, Amazon Prime Video a exactement ce qu’il faut.

Sorti le 3 février 2026 directement sur Amazon Prime Video

 

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