Critique Ciné : Kiss of the Spider Woman (2026)

Critique Ciné : Kiss of the Spider Woman (2026)

Kiss of the Spider Woman // De Bill Condon. Avec Diego Luna, Tonatiuh et Jennifer Lopez.

 

Avec Kiss of the Spider Woman, le réalisateur Bill Condon s’attaque à un matériau déjà bien connu : le roman de Manuel Puig, adapté au cinéma dans les années 80 par Héctor Babenco, puis transformé en comédie musicale à Broadway. Cette nouvelle version arrive avec des ambitions évidentes. Budget conséquent, casting mis en avant, sortie pensée pour la saison des récompenses. Tout est là pour que ça fonctionne mais en réalité, c’est assez fragile. L’histoire se déroule en Argentine, en pleine dictature militaire. Luis Molina, coiffeur gay condamné pour avoir été surpris avec un autre homme, partage sa cellule avec Valentín Arregui, militant révolutionnaire. Deux personnalités opposées. 

 

Valentín, prisonnier politique, partage sa cellule avec Molina, décorateur de vitrines incarcéré pour outrage à la pudeur. Une relation inattendue se noue entre les deux hommes, nourrie par les récits de Molina, qui entraîne son codétenu dans l’univers d’une comédie musicale hollywoodienne incarnée par la mythique diva Ingrid Luna.

 

L’un vit dans le rêve et les souvenirs de cinéma, l’autre dans la lutte politique et la résistance. La prison est filmée comme un espace étouffant, presque figé. La grisaille des murs contraste avec ce qui se passe dans la tête de Molina. Pour supporter l’enfermement, il raconte des films imaginaires mettant en scène une star glamour, Ingrid Luna, dont la figure de femme fatale surnommée “la femme araignée” traverse le récit. C’est là que le film bascule régulièrement vers des numéros musicaux flamboyants, inspirés de l’âge d’or hollywoodien et du Technicolor. Robes scintillantes, décors colorés, chorégraphies appuyées. L’intention est claire : opposer la noirceur de la prison à la magie du spectacle.

 

Visuellement, certains tableaux sont soignés. Les lumières, les costumes et les mouvements de caméra cherchent à recréer une ambiance rétro assumée. Les amateurs de comédies musicales à l’ancienne y trouveront sans doute leur compte. Le problème, c’est que ces séquences finissent par tourner en rond. Chaque retour dans l’imaginaire de Molina coupe le rythme du huis clos carcéral sans vraiment enrichir l’intrigue. Les chansons, correctement interprétées, manquent de mélodies marquantes. Une fois le générique lancé, difficile d’en fredonner une seule. La comparaison avec des références du genre s’impose presque malgré elle. Impossible de ne pas penser à Chicago ou à La La Land. 

 

Sans parler de West Side Story version Steven Spielberg. Kiss of the Spider Woman semble vouloir marcher dans leurs pas, mais sans la même énergie ni la même inventivité. Le film dépasse les deux heures, et cette durée se ressent. L’alternance entre prison et comédie musicale devient mécanique. Le procédé méta — le réel transcendé par l’imagination — paraît trop appuyé. L’idée est belle, mais son exécution manque de naturel. Côté casting, le film mise beaucoup sur Jennifer Lopez. Elle incarne Ingrid Luna avec le glamour attendu. Elle chante, elle danse, elle occupe l’écran. Pourtant, le personnage reste décoratif. Les numéros semblent parfois conçus comme des vitrines individuelles plutôt que comme des éléments intégrés au récit.

 

Face à elle, Toniatuh apporte de l’énergie dans le rôle de Molina. Il réussit à rendre touchant ce personnage fragile, accroché à ses fantasmes pour survivre. Sa relation avec Valentín constitue le cœur du film. En revanche, Diego Luna peine à convaincre en révolutionnaire. Dans les scènes de prison, son manque de charisme affaiblit la tension dramatique. Dans les séquences plus stylisées, il semble en décalage. Le duo central fonctionne par moments, mais sans l’intensité attendue. La relation entre Molina et Valentín évolue vers une forme d’attachement, voire de romance. L’idée pouvait apporter une dimension supplémentaire au huis clos. Mais l’écriture manque de subtilité. 

 

Certains développements paraissent ajoutés sans réelle nécessité. Le discours politique, en arrière-plan, évoque la répression et la dictature. Pourtant, il reste en surface. L’intrigue ne parvient pas toujours à faire cohabiter engagement politique, romance et hommage à la comédie musicale. Le mélange donne une impression de déséquilibre. Le film semble hésiter entre drame carcéral sérieux et spectacle nostalgique. Ce positionnement bancal explique peut-être son accueil mitigé. Présenté à Sundance sans provoquer l’enthousiasme, puis lancé avec une campagne discrète, il a rapidement montré ses limites au box-office. 

 

Avec un budget d’environ 40 millions de dollars hors marketing et des recettes américaines très faibles, Kiss of the Spider Woman s’est transformé en revers financier. Co-produit notamment par Matt Damon et Ben Affleck, le film visait clairement une présence dans la course aux Oscars. Cette stratégie n’a pas porté ses fruits. Pour autant, il ne s’agit pas d’un désastre total. Le film n’est pas une purge. Il contient des idées intéressantes et quelques scènes réussies. Simplement, l’ensemble manque d’audace. Tout semble trop calculé, trop sage. Kiss of the Spider Woman repose sur un contraste fort entre la grisaille d’une cellule et l’éclat de numéros musicaux rétro. 

 

L’intention est claire : montrer le pouvoir de l’imagination face à l’oppression. Mais l’exécution reste trop académique. Les chansons ne marquent pas, la mise en scène reste prudente, et la romance peine à émouvoir. Le film oscille sans trouver son équilibre. Les amateurs de comédies musicales classiques pourront y voir un hommage sincère. Les autres risquent de décrocher. 

 

Note : 4.5/10. En bref, cette nouvelle adaptation de Kiss of the Spider Woman laisse une impression mitigée. Ni scandaleuse ni mémorable, elle illustre surtout la difficulté de faire revivre un classique sans lui apporter une vraie vision personnelle.

Sorti le 18 février 2026 au cinéma

 

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