14 Février 2026
Love Me, Love Me // De Roger Kumble. Avec Mia Jenkins, Pepe Barroso Silva et Luca Melucci.
Avec Love Me, Love Me, Roger Kumble poursuit sa reconversion dans les adaptations de romances pour jeunes adultes. Après avoir marqué les esprits à la fin des années 90 avec Sexe Intentions, le cinéaste semble aujourd’hui naviguer dans une autre catégorie : celle des histoires issues de romans à succès en ligne, pensées pour un public adolescent avide de tension amoureuse et de scènes suggestives. Présenté comme un mélange dans l’esprit de Culpa Mía ou de Maxton Hall - Die Welt zwischen uns, le film se déroule dans un lycée privé italien réservé aux élèves les plus privilégiés. Sur le papier, le cadre avait de quoi offrir un minimum de relief. Dans les faits, il reste surtout un décor chic pour une intrigue qui tourne en rond.
June arrive dans une école internationale élitiste en Italie après la mort de son frère. Elle se retrouve rapidement au cœur d’un triangle amoureux avec le « bad boy » James et son meilleur ami Will.
L’histoire suit June, incarnée par Mia Jenkins, une adolescente britannique qui débarque à Milan avec sa mère. Nouvelle élève dans une école internationale très select, elle attire rapidement l’attention de deux garçons : Will, le bon élève sensible, et James, le bad boy adepte de MMA. Will, interprété par Luca Melucci, partage avec June un goût pour la littérature et les citations classiques. James, joué par Pepe Barroso, préfère l’attitude provocante et le regard sombre. Le film installe donc un triangle amoureux ultra classique : la fille sage, le garçon rassurant, et l’ami dangereux qui attire autant qu’il inquiète. Le problème, c’est que la dynamique ne prend jamais vraiment.
L’alchimie entre June et Will reste limitée. Celle entre June et James repose surtout sur des confrontations tendues et des scènes à la limite du fantasme adolescent. Le triangle ne fonctionne pas quand l’un des côtés paraît vide. L’action se situe en Italie, dans un établissement italien, avec une majorité d’acteurs italiens. Pourtant, tout le monde parle anglais. Le scénario tente de justifier ce choix en expliquant que l’école encourage cette langue. Difficile d’y croire quand les conversations privées entre adolescents sonnent artificielles. Ce choix impacte directement le jeu. Les dialogues semblent récités avec prudence, comme si chaque phrase devait être prononcée avec application.
Résultat : les échanges manquent de naturel. Or, dans une romance, la crédibilité des regards et des mots compte énormément. Certaines scènes deviennent involontairement gênantes. L’introduction de James, par exemple, censée poser son aura de garçon imprévisible, bascule dans la caricature. La tension sexuelle suggérée est là, mais elle semble déconnectée d’un véritable développement émotionnel. Au-delà du triangle amoureux, le film tente d’ajouter un sous-texte plus dramatique autour du passé de June. Son frère est décédé dans un accident lié à la drogue. Ce traumatisme pourrait donner de la profondeur au personnage. Malheureusement, l’idée reste en arrière-plan et n’est jamais pleinement exploitée.
Plus largement, le scénario donne l’impression d’enchaîner des scènes sans réelle progression. Les personnages se rapprochent, se disputent, s’éloignent, puis reviennent au point de départ. Les conflits surgissent puis disparaissent rapidement. Il manque une vraie construction dramatique. Même le cadre luxueux de l’école privée, peuplée d’élèves fortunés et d’influenceurs, n’est pas utilisé. L’idée d’explorer les privilèges ou la pression sociale reste à l’état d’esquisse. Le décor sert surtout à justifier les vêtements élégants et les grandes villas. Sur le plan technique, Love Me, Love Me alterne entre séquences soignées et moments plus approximatifs.
Certains plans profitent de la lumière italienne et offrent un cadre agréable. Mais la bande-son, omniprésente, enchaîne des morceaux sans réelle identité. Aucun thème ne marque durablement. Les scènes de MMA, censées renforcer l’image de James en garçon dangereux, manquent d’impact. Elles semblent plaquées pour rappeler d’autres romances récentes construites autour du cliché du combattant torturé. Le film cherche clairement à jouer sur une sensualité permanente. Les corps sont filmés comme des objets de désir. La caméra insiste sur les regards, les gestes, les tensions physiques. Cette approche peut séduire un public précis, mais elle ne suffit pas à masquer les faiblesses d’écriture.
Mia Jenkins porte le film du début à la fin. Elle s’en sort avec les moyens du bord, même si son personnage change parfois d’attitude sans transition claire. Pepe Barroso, dans le rôle de James, adopte une posture sombre efficace par moments. Luca Melucci, en Will, reste plus effacé. Globalement, le jeu manque d’intensité. Les émotions paraissent contenues, voire absentes. Une romance repose sur la capacité des acteurs à transmettre le trouble, le désir, la confusion. Ici, ces éléments sont souvent suggérés plutôt que ressentis. Love Me, Love Me s’inscrit dans la vague des adaptations de romances adolescentes pensées pour un public déjà acquis à l’univers du livre d’origine.
Le ton est léger, parfois volontairement provocant, mais l’ensemble manque de cohérence. L’idée du triangle amoureux dans un lycée italien prestigieux pouvait fonctionner. Encore fallait-il des personnages solides et une écriture plus travaillée. À force d’enchaîner les scènes suggestives sans véritable progression, le film donne l’impression d’un collage plus que d’un récit. Cette romance pourra peut-être trouver son public parmi les amateurs d’histoires de gentilles filles qui tombe amoureuse d’un bad boy. Pour ma part, j’attendais davantage qu’une succession de tensions superficielles.
Note : 3.5/10. En bref, Love Me, Love Me laisse surtout le sentiment d’un potentiel inexploité et d’un scénario qui aurait mérité plus de profondeur.
Sorti le 13 février 2026 directement sur Amazon Prime Video
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