24 Février 2026
Marcel et Monsieur Pagnol // De Sylvain Chomet. Avec la voix de Laurent Lafitte, Géraldine Pailhas, Thierry Garcia.
Avec Marcel et Monsieur Pagnol, Sylvain Chomet revient à l’animation après plusieurs années d’absence. Le réalisateur des Les Triplettes de Belleville et de L'Illusionniste s’attaque ici à une figure majeure du patrimoine culturel français : Marcel Pagnol. L’enjeu est clair : rendre hommage à l’auteur de Marius, Fanny, César, Jean de Florette ou encore de la tétralogie des Souvenirs d’enfance. Sur le papier, l’idée séduit. Raconter la vie de Pagnol en animation permet d’ouvrir son univers à un public plus large, notamment aux plus jeunes. Le résultat, pourtant, laisse une impression partagée. Le film adopte un dispositif original : un Marcel Pagnol vieillissant rédige ses mémoires, guidé par le fantôme de l’enfant qu’il était.
A l’apogée de sa gloire, Marcel Pagnol reçoit la commande d’une rédactrice en chef d’un grand magazine féminin pour l’écriture d’un feuilleton littéraire, dans lequel il pourra raconter son enfance, sa Provence, ses premières amours... En rédigeant les premiers feuillets, l’enfant qu’il a été autrefois, le petit Marcel, lui apparaît soudain. Ainsi, ses souvenirs ressurgissent au fil des mots : l’arrivée du cinéma parlant, le premier grand studio de cinéma, son attachement aux acteurs, l'expérience de l’écriture. Le plus grand conteur de tous les temps devient alors le héros de sa propre histoire.
Une mise en abyme qui aurait pu offrir un vrai dialogue entre le regard naïf du petit Marcel et la lucidité de l’académicien. Dans les faits, cette confrontation reste assez superficielle. Les échanges entre le jeune garçon et l’homme au crépuscule de sa vie ne vont pas toujours au bout de leur promesse. Le concept sert surtout de fil conducteur pour dérouler la chronologie de la vie de Pagnol, de sa naissance en 1895 jusqu’à sa mort en 1974. Le film passe ainsi en revue son attachement à la Provence, son exil à Paris, ses succès au théâtre et au cinéma, sa vie personnelle parfois tourmentée, la disparition prématurée de sa mère, la figure écrasante du père, les drames intimes.
Rien ne manque, ou presque. Peut-être même trop de choses. Le principal défaut de Marcel et Monsieur Pagnol, c’est son côté très académique. Le récit enchaîne les événements comme une fiche biographique illustrée. Les lieux et les dates s’affichent, les grandes œuvres sont citées, les moments clés sont évoqués. L’ensemble est clair, structuré, mais manque de surprise. En voulant tout couvrir, le film survole souvent les passages les plus forts. Certaines relations importantes, comme celle avec Raimu ou Fernandel, auraient mérité plus de profondeur. D’autres aspects plus complexes de sa vie sont traités avec prudence, voire mis de côté. Le résultat donne parfois l’impression d’un hommage respectueux, mais lisse.
Le film célèbre l’homme et son talent, sans vraiment interroger ses zones d’ombre. Ceux qui connaissent déjà bien l’œuvre de Pagnol risquent de rester sur leur faim. Ceux qui la découvrent auront une vue d’ensemble, mais peut-être un peu froide. Visuellement, le film reste agréable. Le dessin en 2D porte la signature de Sylvain Chomet. Les décors provençaux sont baignés de lumière, la nature occupe une place importante, et certaines séquences possèdent un charme évident. La direction artistique joue sur une atmosphère rétro et théâtrale. Les mouvements de caméra sont mesurés. Les personnages évoluent dans des cadres qui rappellent parfois une scène de théâtre. Cette sobriété a du sens dans un film consacré à un auteur de la parole.
Cependant, il manque la fantaisie presque surréaliste qui faisait le sel des Triplettes de Belleville. Ici, tout est plus sage, plus cadré. L’animation est belle, mais rarement surprenante. Le choix de confier la voix de Pagnol à Laurent Lafitte me laisse perplexe. L’acteur s’investit, mais son accent marseillais forcé peut parfois sortir du film. À certains moments, l’imitation prend le dessus sur l’émotion. D’autres voix, comme celles qui incarnent Raimu ou Fernandel, participent à la volonté de recréer une ambiance d’époque. Mais là encore, le trait est parfois appuyé, presque caricatural. Ce souci de fidélité à l’accent et à la couleur locale finit par peser. L’intention est louable, mais l’effet n’est pas toujours naturel.
Il serait injuste de parler d’échec. Marcel et Monsieur Pagnol reste un film correct, instructif, cohérent dans sa mise en scène. Il offre une introduction honnête à la vie et à l’œuvre d’un grand auteur français. Les images de Provence, les références à ses pièces et à ses films rappellent l’importance de son héritage. Mais l’ensemble manque de chair. Le film raconte beaucoup, sans vraiment faire ressentir. Les réflexions sur la vieillesse, la mémoire et la solitude apportent quelques touches plus émouvantes. Pourtant, l’émotion ne s’installe jamais durablement. La durée d’environ 1h30 peut sembler courte au regard de la richesse du sujet. En même temps, certains passages paraissent déjà étirés.
Le scénario hésite entre résumé rapide et narration contemplative, sans trouver le bon équilibre. Marcel et Monsieur Pagnol est un biopic animé respectueux, appliqué et visuellement soigné. Il témoigne d’une réelle affection pour Marcel Pagnol et pour la Provence qui a nourri son œuvre. Cependant, le film reste trop sage. Il énumère plus qu’il n’explore. Il illustre plus qu’il n’interprète. Derrière la beauté des dessins et la qualité de la production, il manque une prise de risque, une vision plus personnelle.
Note : 5/10. En bref, ce long métrage pourra toucher les nostalgiques des livres de Pagnol et ceux qui souhaitent découvrir son parcours. Pour ma part, l’attente était plus grande. L’animation est belle, le portrait est complet, mais il manque ce supplément d’âme qui aurait transformé l’hommage en véritable œuvre de cinéma.
Sorti le 15 octobre 2025 au cinéma - Disponible en VOD
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