15 Février 2026
Marsupilami // De Philippe Lacheau. Avec Philippe Lacheau, Jamel Debbouze, Élodie Fontan, Alban Ivanov et Jean Reno.
Adapter Marsupilami au cinéma, c’est toucher à un monument de la bande dessinée signé André Franquin. Un personnage culte, une jungle colorée, un univers absurde et poétique. Sur le papier, le terrain de jeu est immense. Aux commandes, Philippe Lacheau et sa fameuse “Bande à Fifi”. Le résultat ? Une grosse machine comique calibrée pour les vacances scolaires, coincée entre blockbuster familial et humour de vestiaire. Dès les premières minutes, le ton est donné. Rythme rapide, gags à la chaîne, personnages caricaturaux. Le film ne cherche pas la subtilité. Il vise l’efficacité immédiate.
Pour sauver son emploi, David accepte un plan foireux : ramener un mystérieux colis d’Amérique du Sud. Il se retrouve à bord d’une croisière avec son ex Tess, son fils Léo, et son collègue Stéphane, aussi benêt que maladroit, dont David se sert pour transporter le colis à sa place. Tout dérape lorsque ce dernier l’ouvre accidentellement : un adorable bébé Marsupilami apparait et le voyage vire au chaos !
Certaines séquences fonctionnent, notamment grâce à l’énergie du groupe et à quelques trouvailles visuelles. Mais l’ensemble donne souvent l’impression d’une succession de sketchs sans vraie colonne vertébrale. Le Marsupilami version cinéma est plus présent à l’écran que dans l’adaptation de Alain Chabat sortie en 2012. La créature bénéficie ici d’effets spéciaux plus ambitieux. Le bébé Marsu, notamment, est une réussite technique : expressif, attachant, bien animé. Sur ce point, l’équipe technique a fait le travail. Mais au-delà de l’apparence, il manque quelque chose. L’univers de Franquin repose sur un équilibre entre fantaisie et regard malicieux sur le monde.
Ici, la dimension poétique est largement remplacée par des blagues sous la ceinture et un humour très appuyé. Lacheau assume son ADN potache, déjà vu dans Babysitting ou Alibi.com. Sauf que ce style colle difficilement avec un personnage aussi emblématique créé pour les enfants. Le film hésite entre comédie pour enfants et humour plus adulte. Résultat : des gags sexuels que les plus jeunes ne comprendront pas, et un ton globalement trop lourd pour séduire les amateurs de la BD originale. La “Bande à Fifi” reprend une recette connue : rythme soutenu, enchaînement de blagues, références au cinéma américain des années 80, caméos et clin d’œil à répétition.
Le réalisateur, passionné de culture pop, s’amuse à glisser des hommages, notamment à E.T de Steven Spielberg ou à la scène du dessin dans Titanic. Certains passages rappellent clairement l’esprit de E.T. l'extra-terrestre, avec une touche parodique. Ces références peuvent faire sourire, surtout chez les spectateurs qui aiment repérer les citations. C’est même l’un des aspects les plus divertissants du film. Le problème, c’est que beaucoup des meilleurs moments ont déjà été dévoilés dans la bande-annonce. L’effet de surprise disparaît rapidement. Autre limite : la distribution des rôles. Philippe Lacheau et ses complices jouent des personnages très proches de ceux qu’ils incarnent d’habitude.
Il y a peu de prise de risque. À force de retrouver les mêmes archétypes, la sensation de déjà-vu s’installe. Le film aligne aussi des visages connus : Jean Reno, Gérard Jugnot, Didier Bourdon, ou encore Jamel Debbouze. Leur présence apporte une certaine visibilité au projet, mais tous ne semblent pas vraiment impliqués. Certains donnent l’impression d’être là pour assurer le spectacle sans trop se fatiguer. Le budget, estimé autour de 29 millions d’euros, se voit à l’écran. Les cascades et les effets spéciaux sont nombreux. Le film a clairement les moyens de ses ambitions commerciales. Pourtant, malgré cette enveloppe confortable, la direction artistique manque parfois de cohérence.
Certaines scènes paraissent visuellement chargées, presque agressives. Quelques séquences fonctionnent vraiment. Il y a des gags visuels efficaces, un certain sens du timing comique et une énergie indéniable. Les rires dans la salle témoignent que le public cible est au rendez-vous. Le film coche les cases d’une comédie populaire : rythme, bruit, mouvements, situations absurdes. Mais l’humour oscille souvent entre le franchement drôle et le franchement lourd. Les blagues pipi-caca et les allusions répétées finissent par fatiguer. L’équilibre entre comédie familiale et humour adulte n’est jamais vraiment trouvé.
Autre point plus gênant : le film évite soigneusement toute dimension un peu plus politique ou écologique, alors que l’univers du Marsupilami pourrait facilement aborder des thèmes comme la protection de la nature ou les excès du tourisme. Ces pistes restent en arrière-plan, sans être réellement explorées. Cette version de Marsupilami est un divertissement bruyant, généreux en gags, mais rarement inspiré. Philippe Lacheau livre une comédie calibrée pour faire des entrées, et cela fonctionnera sans doute. Le public fidèle à la Bande à Fifi y trouvera son compte. En revanche, les amateurs de la BD de Franquin risquent de rester sur leur faim. L’esprit original, plus fin et plus inventif, se dilue dans une avalanche de blagues faciles.
Le film donne l’impression de viser large, sans chercher à approfondir son univers. Ce n’est pas une catastrophe absolue. C’est un produit bien emballé, techniquement solide, parfois amusant. Mais il manque une vraie ambition artistique. À force de vouloir plaire à tout le monde, le film perd une partie de son identité. Pour retrouver le vrai Marsupilami, le mieux reste encore d’ouvrir les albums de Franquin. Sur grand écran, la créature amuse, mais elle ne retrouve pas vraiment la magie qui a fait son succès.
Note : 3/10. En bref, la Bande à Fifi transforme la BD en comédie XXL… mais il manque une vraie ambition artistique. À force de vouloir plaire à tout le monde, le film perd une partie de son identité.
Sorti le 4 février 2026 au cinéma
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