Critique Ciné : The Swedish Connection (2026, Netflix)

Critique Ciné : The Swedish Connection (2026, Netflix)

The Swedish Connection // De Thérèse Ahlbeck et Marcus Olsson. Avec Henrik Dorsin, Sissela Benn et Jonas Karlsson.

 

Avec The Swedish Connection, les réalisateurs Thérèse Ahlbeck et Marcus Olsson s’attaquent à un pan méconnu de la Seconde Guerre mondiale. Pas de scènes de bataille, pas de camps montrés frontalement, pas d’explosions. Ici, l’arme principale, c’est un tampon administratif. Le film retrace l’histoire vraie de Gösta Engzell, fonctionnaire au ministère suédois des Affaires étrangères, incarné par Henrik Dorsin. Un homme discret, peu respecté par sa hiérarchie, enfermé avec son équipe dans un petit bureau en sous-sol, entre tuyaux bruyants et dossiers poussiéreux. Rien du héros classique. Au début du film, la Suède s’accroche à sa politique de neutralité face à l’Allemagne nazie. 

 

Dans cette histoire vraie méconnue, un bureaucrate suédois se transforme en héros de guerre inattendu lorsqu'il tente de sauver des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale.

 

Les demandes de visa et d’asile affluent, notamment de Juifs vivant en Norvège et au Danemark occupés. Mais ces dossiers dérangent. Ils sont classés, archivés, mis de côté. La ligne officielle consiste à ne pas faire de vagues. The Swedish Connection pose une question simple : que signifie rester neutre quand l’horreur frappe à la porte ? Gösta Engzell suit d’abord les règles. Il traite les demandes comme de simples formalités. Les rapports sur les persécutions sont qualifiés de rumeurs. L’administration se renvoie la balle. Personne ne veut prendre de décision risquée. Cette guerre se joue dans les couloirs, dans les notes diplomatiques, dans les virgules d’un texte juridique.

 

Le déclic ne vient pas d’un grand discours. Il arrive avec l’arrivée d’une nouvelle collègue, Rut Vogel, interprétée par Sissela Benn. Plus consciente de la réalité des persécutions, elle pousse Engzell à regarder au-delà des procédures. Ce qui fonctionne bien dans le film, c’est cette évolution lente. Engzell ne devient pas un héros du jour au lendemain. Il hésite. Il doute. Il comprend peu à peu que continuer à classer des dossiers revient à fermer les yeux. À partir de là, il utilise les outils à sa disposition : failles juridiques, connexions diplomatiques, interprétations souples des règlements. Chaque visa tamponné devient un acte de résistance. Le film insiste sur ce point : il n’y a pas que les armes pour lutter. 

 

Parfois, il suffit d’une signature. Le choix le plus discutable du film reste son ton. Les premières scènes adoptent une approche presque légère. Des fonctionnaires pressés dans les couloirs, des échanges teintés d’humour, un Engzell un peu maladroit dans ses cardigans et nœuds papillon. Cette touche presque comique rend le film accessible, différente des drames de guerre habituels. Mais elle crée aussi un décalage. Par moments, la légèreté contraste fortement avec la gravité de la situation. La Shoah et la persécution de millions de personnes ne se prêtent pas facilement à l’ironie. Certaines missions présentées comme risquées semblent résolues avec une facilité étonnante. 

 

Les obstacles apparaissent, puis disparaissent assez vite. Le danger est évoqué, mais rarement ressenti. Cela atténue la tension dramatique. Visuellement, le film est travaillé. La colorimétrie met en valeur les décors reconstitués avec soin. Les bureaux du ministère, les couloirs officiels, les archives donnent une impression d’authenticité. La mise en scène reste sobre. Le jeu des acteurs est juste. Henrik Dorsin apporte à Engzell une humanité discrète. Il n’en fait jamais trop. Son personnage n’est ni un rebelle flamboyant ni un martyr. Il avance à petits pas, porté par une prise de conscience progressive. 

 

Sissela Benn, dans le rôle de Rut, joue un rôle clé sans tomber dans la caricature de la militante irréprochable. Elle incarne plutôt une conscience qui s’éveille et qui réveille les autres. Les seconds rôles, interprétés notamment par Jonas Karlsson et Marianne Mörck, représentent cette résistance bureaucratique passive : des collègues attachés aux règles plus qu’aux conséquences humaines. Le principal intérêt de The Swedish Connection tient à son angle. Montrer la Seconde Guerre mondiale à travers des documents, des visas et des notes diplomatiques apporte un regard différent. Le film rappelle que des milliers de vies ont été sauvées grâce à des décisions prises derrière un bureau.

 

Mais une fois la mécanique installée, le récit devient assez prévisible. La trajectoire morale d’Engzell se devine rapidement. Le message est clair, presque appuyé : chacun peut agir à son niveau. C’est un message important, mais le film ne cherche pas à le complexifier. Il manque une exploration plus profonde des conséquences personnelles pour Engzell. Les tensions politiques entre la Suède et l’Allemagne sont évoquées, mais rarement développées. Le conflit reste souvent administratif, jamais vraiment existentiel. The Swedish Connection est un drame historique sérieux, bien interprété, qui met en lumière un épisode peu connu de la Seconde Guerre mondiale. 

 

Il montre que la résistance peut prendre des formes discrètes, presque invisibles. Le film informe, interpelle et invite à réfléchir sur la notion de neutralité face aux violations des droits humains. Mais malgré la sincérité du propos, l’émotion ne m’a pas totalement atteint. Le ton parfois léger affaiblit la gravité du sujet, et le déroulement reste assez attendu. Ce n’est pas un film spectaculaire. C’est un récit posé, presque pédagogique, qui mérite d’être vu pour son sujet et pour l’histoire de Gösta Engzell. Il ne bouleverse pas, mais il rappelle une chose essentielle : même un fonctionnaire dans un bureau peut changer le cours des choses.

 

Note : 6/10. En bref, The Swedish Connection vaut le détour pour son regard différent sur la guerre, sans pour autant laisser une empreinte durable.

Sorti le 19 février 2026 directement sur Netflix

 

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