Critique Ciné : Ce qu'il reste de nous (2026)

Critique Ciné : Ce qu'il reste de nous (2026)

Ce qu’il reste de nous // De Cherien Dabis. Avec Saleh Bakri, Cherien Dabis et Adam Bakri.

 

Avec Ce qu’il reste de nous, Cherien Dabis signe un film ambitieux et profondément humain. À travers le destin d’une famille sur plusieurs générations, elle raconte bien plus qu’une simple histoire : elle explore la mémoire, la transmission et ce que signifie continuer à vivre malgré les fractures de l’Histoire. Un projet dense, parfois exigeant, mais qui finit par toucher avec une vraie justesse. Le film s’ouvre sur une période charnière, à la fin des années 40, et suit ensuite plusieurs décennies de vie, jusqu’à une époque très récente. 

 

De 1948 à nos jours, trois générations d’une famille palestinienne portent les espoirs et les blessures d’un peuple. Une fresque où Histoire et intime se rencontrent.

 

Cette construction en plusieurs parties permet de prendre le temps d’observer l’évolution des personnages, leurs choix, leurs blessures et ce qu’ils transmettent malgré eux. Il ne s’agit pas seulement d’un récit historique, mais bien d’un portrait familial sur le long terme. Ce qui frappe rapidement, c’est la manière dont le film s’attache à ses personnages. Il ne cherche pas à impressionner ou à en faire trop. Au contraire, il avance avec retenue, en laissant les émotions émerger progressivement. Cette approche demande un peu de patience, mais elle permet au film de construire quelque chose de solide et de sincère. La famille au cœur du récit devient peu à peu le véritable point d’ancrage. 

 

Les générations se succèdent, les visages changent, mais certaines tensions, certaines douleurs restent. Le film montre comment les événements marquent les individus, parfois de manière invisible, et comment ces traces se prolongent dans le temps. Les acteurs jouent un rôle essentiel dans cette réussite. Cherien Dabis elle-même apparaît à l’écran, accompagnée d’un ensemble d’interprètes qui donnent de la cohérence à cette fresque. Il y a une vraie continuité dans le jeu, malgré les changements d’époque. Certains visages marquent plus que d’autres, notamment dans les moments les plus intimes, où tout passe par le regard ou le silence.

 

L’un des points forts du film réside dans sa capacité à mêler l’intime et le collectif. Il ne s’agit jamais d’un discours abstrait. Tout passe par des situations concrètes, des décisions difficiles, des moments de doute. Le film aborde des thèmes lourds — la perte, l’exil, la violence — mais sans chercher à les surdramatiser. Il reste à hauteur de ses personnages. Visuellement, l’ensemble est soigné. Les décors, la lumière, les paysages participent à créer une atmosphère cohérente. Chaque période a sa propre identité, tout en s’inscrivant dans une continuité. On sent un vrai travail sur la mise en scène, qui reste simple mais efficace. La narration, elle, prend son temps. 

 

Le film s’étend sur plus de deux heures, ce qui peut sembler long, mais ce choix permet d’installer les choses progressivement. Certaines séquences paraissent étirées, c’est vrai, mais elles participent aussi à cette impression de durée, de vie qui se déroule sous les yeux du spectateur. Il faut accepter ce rythme particulier pour pleinement entrer dans le film. Ce n’est pas un récit qui cherche à captiver à tout prix. Il préfère construire une émotion sur la durée, et cela fonctionne surtout dans sa dernière partie. C’est là que tout prend vraiment sens, que les éléments mis en place auparavant trouvent leur résonance. Cette dernière partie est sans doute la plus marquante. 

 

Elle apporte une intensité émotionnelle que le film préparait depuis le début. Sans en faire trop, elle réussit à toucher, à laisser une trace. C’est à ce moment-là que l’ensemble du parcours prend une autre dimension. Le film pose aussi des questions fortes, sans jamais imposer de réponse. Comment vivre après une perte ? Comment continuer à avancer quand tout semble fragilisé ? Et surtout, que reste-t-il après des années de difficultés ? Le titre prend alors tout son sens. Il y a également une réflexion sur la transmission. Ce que l’on hérite, ce que l’on choisit de garder ou de laisser derrière soi. Le film montre que certaines choses ne disparaissent jamais complètement, mais qu’il est possible d’en faire autre chose.

 

Malgré quelques longueurs et un rythme qui peut dérouter, Ce qu’il reste de nous reste une expérience marquante. Il ne cherche pas à plaire à tout prix, mais à raconter une histoire avec sincérité. Et c’est sans doute ce qui fait sa force. Le film n’est pas parfait, mais il touche par son humanité. Il prend le temps de raconter, d’installer, de laisser respirer ses personnages. Et au final, il reste en tête. 

 

Note : 8/10. En bref, une fresque sensible, portée par des interprètes solides et une mise en scène maîtrisée, qui rappelle que derrière les grandes histoires, il y a toujours des trajectoires individuelles. Et que ce sont souvent elles qui restent.

Sorti le 11 mars 2026 au cinéma

 

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