Critique Ciné : Clika (2026, direct to SVOD)

Critique Ciné : Clika (2026, direct to SVOD)

Clika // De Michael Greene. Avec Jay Dee, Cristian “Concrete” Gutierrez et Daniel “DoKnow” Lopez.

 

Les biopics musicaux suivent souvent la même trajectoire : un jeune artiste issu d’un milieu modeste, des obstacles à répétition, une tentation dangereuse, puis la consécration. Clika s’inscrit clairement dans cette tradition. Le film raconte l’ascension fictive de Chito, un jeune Mexicain-Américain de Yuba City, en Californie, qui rêve de percer dans la musique tout en travaillant dans les vergers. Sur le papier, l’histoire a du potentiel. Entre culture locale, corridos modernisés et pression économique, le décor est posé. Pourtant, malgré quelques éclats, Clika donne l’impression de rester à la surface de son sujet.

 

Le combat acharné d’un musicien en devenir pour préserver l’héritage de sa famille.

 

Chito, interprété par JayDee, partage son temps entre la cueillette de pêches et l’écriture de chansons dans un carnet qu’il garde toujours sur lui. La musique est sa porte de sortie. Inspiré par les corridos traditionnels, il y ajoute une touche plus urbaine, presque rap, avec une attitude affirmée. Lorsque la maison familiale est saisie par la banque, la pression monte. Pour aider les siens, Chito accepte de travailler avec son oncle dans le trafic de drogue. L’argent arrive vite. Trop vite. La promesse d’un succès musical se mélange alors à un choix moral douteux. Ce point de départ fonctionne. Il reflète une réalité sociale : le manque d’opportunités pousse parfois vers des raccourcis risqués. 

 

Le problème n’est pas le thème, mais la manière dont il est traité. Clika suit un schéma très balisé. Le jeune ambitieux, la tentation du crime pour financer son rêve, la romance en arrière-plan, la chute, puis la possible rédemption. Ce modèle a déjà été exploré dans des films comme 8 Mile ou Selena, sans parler de Purple Rain. Ici, l’intrigue avance sans surprise. Chaque étape semble attendue. Les conflits ne prennent jamais vraiment d’ampleur. Même la dimension criminelle paraît étrangement lisse. Les forces de l’ordre sont peu menaçantes, les risques semblent limités. Le suspense reste faible jusqu’au dernier quart d’heure. Le film voudrait raconter une trajectoire à hauts risques, mais il manque cette sensation de danger réel. 

 

Les enjeux restent théoriques. JayDee, chanteur du groupe Herencia de Patrones, incarne Chito. Sur scène, il dégage une vraie énergie. Quand le film le montre enfin devant un public, micro en main, quelque chose s’anime. La musique prend le dessus, le regard change, la posture aussi. Ces moments-là sont les plus vivants. En dehors de la scène, le jeu reste raide. Les dialogues sont parfois récités sans émotion. Il est difficile de s’attacher à Chito parce que son intériorité n’est pas vraiment développée. Le personnage traverse les épreuves plus qu’il ne les habite. Ce contraste est frappant : l’artiste existe, mais le protagoniste de cinéma peine à prendre forme.

 

Les rôles féminins souffrent particulièrement. La petite amie de Chito, qui rêve de devenir vétérinaire, apparaît surtout comme un soutien moral ou une présence décorative. La relation manque de profondeur. Quelques scènes de tendresse ou de conflit auraient permis de la rendre plus crédible. La mère, figure classique de la femme forte qui refuse l’argent sale, reste elle aussi dans un registre attendu. Le film ne lui donne pas vraiment l’espace pour exister au-delà de ce rôle symbolique. La réalisation manque de souffle. Certaines séquences semblent presque improvisées, d’autres mal rythmées. Les dialogues expliquent beaucoup au lieu de montrer. Les conflits sont souvent énoncés frontalement plutôt que construits visuellement.

 

Pour un film centré sur la musique, le résultat paraît étonnamment sage. La scène des corridos tumbados, avec son mélange de tradition et d’influences modernes, aurait mérité un traitement plus vibrant. Au lieu de cela, l’intrigue criminelle prend souvent le dessus, au détriment de l’exploration artistique. La photographie reste correcte sans être marquante. L’ensemble donne parfois l’impression d’un film produit rapidement, sans vraie signature. Ce qui rend Clika un peu frustrant, c’est le contexte qu’il effleure. La jeunesse mexicaine-américaine, les travailleurs agricoles, la fierté culturelle, l’évolution des corridos : il y avait matière à raconter quelque chose de fort. Au lieu de cela, le film se contente de cocher des cases narratives. Il aurait pu devenir un portrait nuancé d’un artiste partagé entre héritage familial et modernité. 

 

Il choisit un récit plus convenu. Cela ne signifie pas que tout est à jeter. Certains morceaux musicaux apportent une énergie bienvenue. L’authenticité des décors, notamment dans les vergers de Yuba City, donne un ancrage réel. Mais ces qualités ne suffisent pas à porter l’ensemble. Clika n’est pas dénué d’intérêt. Le parcours de Chito, entre travail agricole et ambitions musicales, aurait pu donner un biopic musical vibrant. Les scènes sur scène montrent ce que le film aurait pu être : intense, incarné, porté par la musique. Mais l’écriture trop prévisible, le manque de tension dramatique et une interprétation inégale limitent l’impact. L’histoire avance sans surprise et sans véritable montée en puissance.

 

Note : 4/10. En bref, Clika reste un film regardable, surtout pour celles et ceux qui s’intéressent à la scène corrido moderne. Pourtant, il laisse un goût d’occasion manquée. Derrière cette trajectoire de rêve américain version latino, il y avait un récit plus fort à raconter.

Sorti le 2 avril 2026 directement en VOD

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