31 Mars 2026
H is for Hawk // De Philippa Lowthorpe. Avec Claire Foy, Brendan Gleeson et Sam Spruell.
Avec H is for Hawk, la réalisatrice propose une adaptation d’un récit autobiographique marqué par le deuil et l’isolement. Le point de départ a de quoi intriguer : une universitaire britannique, bouleversée par la mort soudaine de son père, décide de se lancer dans le dressage d’un autour des palombes, un oiseau réputé difficile. A l’écran, le résultat est plus nuancé, entre moments suspendus et longueurs qui finissent par peser. Le film suit Helen, professeure à Cambridge, dont la vie bascule après la disparition de son père. Très vite, elle s’éloigne de son quotidien, de ses proches et même de son travail.
Après avoir perdu son père bien-aimé, Helen redécouvre la beauté de l'existence grâce à son amitié avec un faucon têtu nommé Mabel.
Pour combler ce vide, elle achète un rapace qu’elle baptise Mabel. Ce choix n’a rien d’anodin : l’oiseau devient une sorte de refuge, mais aussi un miroir de son état intérieur. Solitaire, imprévisible, presque sauvage, Mabel incarne ce que le personnage traverse sans vraiment réussir à l’exprimer. L’un des points forts du film repose clairement sur l’interprétation de Claire Foy. Son jeu est retenu, presque fermé, mais laisse passer une fragilité constante. Il n’y a pas de débordements émotionnels appuyés, tout se joue dans le regard, dans la posture, dans ces moments de silence où le personnage semble absent au monde.
Cette approche fonctionne plutôt bien au début, car elle colle à l’idée d’un deuil qui s’installe sans bruit. Mais à mesure que le film avance, cette retenue finit aussi par créer une distance. Le cœur du récit repose sur la relation entre Helen et Mabel. Les scènes de dressage occupent une place importante, parfois trop. Le film montre avec précision les différentes étapes, les gestes, les erreurs, les progrès. Il y a une vraie volonté de réalisme, et certaines séquences capturent quelque chose de fascinant dans le lien qui se crée entre l’humain et l’animal. Voir l’oiseau évoluer, chasser, s’adapter, a quelque chose d’hypnotique.
Mais cette précision devient aussi une limite. À force de répéter les mêmes situations, le film donne une impression de stagnation. Le récit avance peu, comme si le temps s’étirait sans réelle progression. Ce choix peut être vu comme cohérent avec l’état mental du personnage, enfermé dans son deuil, mais il rend l’ensemble parfois difficile à suivre sur la durée. Visuellement, H is for Hawk s’en sort mieux. Les paysages britanniques sont filmés avec soin, entre lumière douce et grands espaces. Il y a un contraste intéressant entre ces extérieurs ouverts et la solitude du personnage.
Les scènes avec l’oiseau, notamment en vol ou en chasse, apportent une vraie dimension sensorielle. Le film prend le temps de regarder, d’observer, presque de respirer. En revanche, dès que le récit revient vers les interactions humaines, l’intérêt retombe. Les personnages secondaires – la mère, les amis, les collègues – restent en arrière-plan. Ils existent surtout pour rappeler que le personnage principal s’éloigne du monde, mais ils ne sont jamais vraiment développés. Le père, présent à travers des souvenirs, apporte un peu plus d’émotion, mais là encore, le traitement reste assez classique. Le film tente aussi de parler du deuil, de la reconstruction, et de cette idée qu’un attachement excessif peut parfois empêcher d’avancer.
Sur ce point, le propos est intéressant mais manque d’impact. L’évolution du personnage reste floue, et la fin laisse une impression d’inachevé. Il est difficile de dire si Helen a réellement avancé ou si elle reste coincée dans ce rapport presque obsessionnel avec l’animal. Cette ambiguïté peut séduire certains spectateurs, car elle reflète une forme de réalisme : le deuil n’a pas toujours de conclusion nette. Mais elle peut aussi frustrer, surtout après plus de deux heures d’un récit déjà très étiré. La durée du film joue clairement contre lui. Avec un montage plus resserré, l’ensemble aurait sans doute gagné en intensité. Autre limite : le manque d’émotion globale.
Malgré un sujet fort, H is for Hawk peine à toucher profondément. Il y a des moments justes, notamment dans les premières interactions avec l’oiseau ou dans certains souvenirs liés au père, mais ils restent isolés. Le film semble parfois plus préoccupé par son ambiance que par son impact émotionnel. Au final, H is for Hawk est un film qui repose presque entièrement sur son actrice principale et sur son concept. Claire Foy porte le projet avec sérieux et engagement, et certaines images restent en tête. Mais le récit manque de relief, et le rythme très lent finit par affaiblir l’ensemble.
Ce n’est pas un film désagréable, ni même raté. Il propose une approche différente du deuil, loin des schémas classiques. Mais il demande une certaine patience, et surtout une vraie disponibilité pour entrer dans son rythme. Pour certains, cela fonctionnera. Pour d’autres, l’expérience risque de sembler longue et un peu distante.
Note : 4.5/10. En bref, En bref, H is for Hawk est un drame introspectif qui cherche à capter l’indicible à travers la relation entre une femme et un oiseau. Une idée forte, portée par une actrice impliquée, mais qui se heurte à un manque de rythme et à une narration parfois trop répétitive pour vraiment marquer.
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