Critique Ciné : The Choral (2026, direct to SVOD)

Critique Ciné : The Choral (2026, direct to SVOD)

The Choral // De Nicholas Hytner. Avec Ralph Fiennes, Simon Russell Beale et Roger Allam.

 

Avec The Choral, le réalisateur Nicholas Hytner retrouve le scénariste Alan Bennett pour un nouveau film situé pendant la Première Guerre mondiale. Après leur collaboration sur The Lady in the Van, les deux hommes proposent cette fois un récit choral – au sens propre comme au figuré – qui se déroule dans une petite ville industrielle du nord de l’Angleterre en 1916. L’idée est séduisante : raconter comment la musique peut devenir un refuge dans une période marquée par la guerre, l’absence et l’incertitude. Au centre de l’histoire se trouve le personnage du Dr Henry Guthrie, incarné par Ralph Fiennes. Ce chef de chœur réputé accepte de diriger une chorale locale alors que le pays est plongé dans le conflit. 

 

A Ramsden, dans le Yorkshire, en 1916, le chef de chœur et la plupart des hommes de la chorale se portent volontaires pour le front. Sous la direction du Dr Guthrie, la chorale recrute un groupe d'adolescents, garçons et filles. Ensemble, ils découvrent les joies du chant et les premiers émois amoureux.

 

La situation est particulière : beaucoup d’hommes sont déjà au front, d’autres attendent d’être appelés, et la vie sociale de la ville s’en trouve bouleversée. Dans ce contexte fragile, la chorale devient un espace de rassemblement et parfois même un exutoire. L’arrivée de Guthrie ne fait pourtant pas l’unanimité. L’homme possède un vrai talent mais sa réputation est discutée. Il a passé de nombreuses années en Allemagne, un détail qui ne passe pas inaperçu dans une Angleterre dominée par le patriotisme et la méfiance envers tout ce qui peut sembler étranger. À cela s’ajoutent ses manières jugées un peu particulières, qui alimentent les rumeurs dans une société encore très conservatrice.

 

Le personnage trouve cependant peu à peu sa place. Grâce à son exigence musicale, il transforme progressivement la chorale. Des habitants qui n’avaient jamais vraiment chanté en public découvrent une nouvelle forme d’expression. Dans une ville marquée par les pertes et les départs pour la guerre, cette activité apporte un peu d’espoir. Ralph Fiennes porte largement le film sur ses épaules. L’acteur apporte à Guthrie une retenue et une sensibilité qui donnent de la crédibilité à ce chef de chœur à la fois distant et fragile. Après des projets plus exposés comme Conclave ou le dyptique 28 Ans Plus Tard, ce rôle est plus discret mais confirme la capacité de l’acteur à s’adapter à des registres très différents.

 

Autour de lui gravite un ensemble de personnages secondaires. Le film suit par exemple un industriel passionné de musique mais incapable de chanter correctement, un pianiste secrètement amoureux de son chef de chœur, ou encore un directeur de pompes funèbres qui cache son malaise derrière un humour noir assez sec. Une jeune femme doit également faire face au retour inattendu de son compagnon, qu’elle croyait mort au front. Cette multiplicité de trajectoires donne au film une dimension collective intéressante. La chorale devient un miroir de la société locale, avec ses tensions, ses secrets et ses petits drames personnels. Pourtant, ce choix narratif montre aussi les limites du scénario.

 

Le film semble parfois vouloir raconter trop d’histoires à la fois. Chaque personnage possède sa propre intrigue, mais le temps manque pour les développer réellement. Certains arcs narratifs paraissent prometteurs avant de disparaître presque aussitôt, tandis que d’autres prennent plus de place sans apporter beaucoup d’émotion. Cette dispersion finit par affaiblir le récit principal. L’évolution de la chorale et le parcours du Dr Guthrie restent au cœur du film, mais ils se retrouvent souvent noyés dans cette accumulation de petites histoires parallèles. Le film évoque également plusieurs thèmes liés à l’époque : le patriotisme, les préjugés envers les étrangers, les questions de classe sociale ou encore la place des femmes pendant la guerre. 

 

Certaines scènes suggèrent ces tensions de manière intéressante. Par exemple, Guthrie doit cacher sa douleur lorsqu’il apprend la mort de son ancien compagnon allemand alors que les habitants célèbrent la destruction d’un navire ennemi. Ces moments apportent une profondeur inattendue, mais ils restent assez rares. Le scénario préfère souvent revenir vers un ton plus léger, presque confortable. La guerre est présente en toile de fond, mais le film évite de trop s’attarder sur les aspects les plus sombres de cette période. Visuellement, The Choral possède tout de même de belles qualités. Les paysages du Yorkshire offrent plusieurs plans marquants, avec leurs collines brumeuses et leurs villages industriels. 

 

La reconstitution de l’Angleterre de 1916 est soignée, avec les usines textiles, les rues modestes et l’atmosphère austère d’une société en temps de guerre. Les scènes musicales constituent logiquement les moments les plus attendus. Les répétitions de la chorale montrent la progression du groupe, même si la mise en scène reste assez sobre. Le grand concert final, censé représenter l’aboutissement de tout ce travail, arrive cependant avec moins d’impact qu’espéré. La manière dont la séquence est filmée donne une impression étrange : tout se déroule correctement, mais sans véritable montée d’émotion. Après plus d’une heure passée à préparer ce moment, l’effet reste assez modeste.

 

Le film se conclut de façon un peu précipitées. Comme si le scénario voulait refermer toutes les histoires à la fois, sans vraiment laisser le temps aux émotions de s’installer. Au final, The Choral reste un drame historique agréable à regarder, porté par un casting solide et un décor convaincant. Ralph Fiennes y livre une prestation mesurée qui apporte de la tenue à l’ensemble. Pourtant, le film donne aussi l’impression de ne jamais exploiter pleinement son potentiel. Avec un sujet aussi riche – la guerre, la musique, les tensions sociales – il aurait pu devenir un récit plus marquant.

 

À la place, The Choral avance tranquillement, avec quelques moments touchants et quelques touches d’humour. Une œuvre correcte, élégante par moments, mais qui laisse surtout l’impression d’un film trop prudent pour vraiment émouvoir.

 

Note : 5/10. En bref, The Choral reste un drame historique agréable à regarder, porté par un casting solide et un décor convaincant. Ralph Fiennes y livre une prestation mesurée qui apporte de la tenue à l’ensemble. Pourtant, le film donne aussi l’impression de ne jamais exploiter pleinement son potentiel. 

Sorti le 17 mars 2026 directement en VOD

 

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