Critique Ciné : Julian (2026)

Critique Ciné : Julian (2026)

Julian // De Cato Kusters. Avec Nina Meurisse, Laurence Roothooft et Rosalia Cuevas.

 

Avec Julian, la réalisatrice propose un film centré sur une histoire vraie, celle de Fleur et Julian, un couple porté par un amour fort et un projet singulier : se marier dans tous les pays où le mariage entre personnes du même sexe est autorisé. Une idée à la fois intime et symbolique, rapidement rattrapée par une réalité beaucoup plus brutale, celle de la maladie. Dès les premières minutes, le ton est posé. Le film s’ouvre sur une rencontre, presque comme un coup de foudre dans un théâtre. Un moment simple, direct, qui installe immédiatement le lien entre les deux femmes. Très vite, il devient évident que cette histoire ne sera pas seulement romantique. 

 

Fleur et Julian tombent follement amoureuses et décident de se marier dans chaque pays où leur union peut être légalement reconnue. Portées par leur amour et leur engagement, elles s’élancent cœur et âme dans ce projet. Mais après seulement quatre mariages, leur parcours va s’interrompre brusquement…

 

Une forme de gravité s’installe progressivement, comme une ombre qui plane au-dessus du récit. Le film ne cherche pas à cacher l’issue. La maladie de Julian finit par s’imposer dans la narration, donnant une direction claire à l’histoire. Ce choix enlève une part de suspense, mais permet de se concentrer sur le chemin plutôt que sur la destination. Pourtant, c’est justement ce chemin qui pose parfois problème. La structure narrative repose sur des fragments de souvenirs. Le récit avance par morceaux, entre flashbacks, images d’archives et scènes plus classiques. L’idée est intéressante sur le papier, car elle reflète la manière dont la mémoire fonctionne. 

 

Mais à l’écran, cela donne une impression de distance. Certaines étapes importantes de la relation semblent survolées, comme si le film refusait de s’attarder sur les moments qui construisent réellement l’attachement. Ce manque de continuité se ressent particulièrement dans le développement du projet du couple. Se marier dans plusieurs pays est une idée forte, à la fois personnelle et politique. Pourtant, le film n’explore jamais vraiment ce que cela représente. Les motivations restent floues, les enjeux peu définis. Il y avait là une matière riche, qui aurait pu donner plus de profondeur au récit. Malgré cela, Julian repose en grande partie sur ses deux actrices principales. 

 

Leur interprétation apporte une vraie sincérité à l’ensemble. Les regards, les gestes, les silences racontent parfois plus que les dialogues. Il y a une forme de retenue dans leur jeu qui fonctionne, surtout dans les moments les plus calmes. Mais là encore, le film semble parfois trop appuyer ce qu’il veut faire ressentir. L’amour entre les deux femmes est présenté comme une évidence, presque comme quelque chose qu’il faut accepter sans discussion. L’émotion est là, mais elle est souvent dirigée, guidée, plutôt que laissée libre. Cela peut créer une certaine distance, comme si le spectateur n’avait pas vraiment le choix de ressentir ou non. La mise en scène, elle, reste assez sobre. 

 

Le film alterne entre images très construites et séquences plus brutes, filmées comme des souvenirs personnels. Ces moments, souvent captés avec un style proche du caméscope, apportent une sensation d’intimité. Ce sont d’ailleurs les passages les plus marquants, car ils donnent l’impression d’approcher quelque chose de plus vrai, de plus spontané. En revanche, d’autres choix visuels paraissent plus mécaniques. Le montage, en particulier, contribue à cette impression de fragmentation. Le film saute d’une époque à une autre sans toujours laisser le temps de s’installer dans une scène. Cela empêche parfois l’émotion de se développer pleinement.

 

Un autre point qui ressort concerne la dimension politique du projet. Le film évoque le mariage pour tous, les différents pays concernés, mais sans vraiment approfondir. Pourtant, dans le contexte actuel, ce sujet aurait mérité plus de place. Il reste en arrière-plan, comme un décor, alors qu’il aurait pu être un véritable moteur narratif. Ce qui reste, au final, c’est une histoire d’amour et de perte. Le film parle de deuil, de mémoire, de ce qui reste après. Sur ce point, il y a une vraie sincérité. Rien ne semble cynique ou calculé. Mais cette sincérité ne suffit pas toujours à compenser les limites du récit. Julian donne parfois l’impression de vouloir protéger son histoire, de ne pas trop en montrer. 

 

Cette pudeur peut être vue comme une qualité, mais elle devient aussi un frein. En restant en surface, le film empêche une immersion complète. Il n’en reste pas moins une œuvre touchante par moments, portée par un duo d’actrices investies. Certains passages parviennent à capter une émotion simple, sans artifice. D’autres laissent un sentiment d’inachevé. Une expérience douce, parfois émouvante, mais qui laisse une impression étrange en sortant de la projection : celle d’avoir approché une belle histoire sans vraiment y entrer.

 

Note : 6/10. En bref, Julian est un film qui avait tous les éléments pour marquer davantage. Une histoire forte, un contexte réel, des thèmes universels. Mais le résultat reste un peu en retrait, comme si le film n’osait jamais aller au bout de ce qu’il raconte.

Sorti le 25 mars 2026 au cinéma

 

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