Critique Ciné : L’entente - La face cachée d’Alexandrie (2026)

Critique Ciné : L’entente - La face cachée d’Alexandrie (2026)

L’entente - La face cachée d’Alexandrie // De Mohamed Rashad. Avec Hajar Omar, Emad Ghoniem et Mohamed Abdel Hady.

 

Avec L’entente : La face cachée d’Alexandrie, Mohamed Rashad ne nous vend pas du rêve, et c’est tant mieux. Pour son premier long métrage de fiction, il plonge dans le cinéma social avec une honnêteté brutale, sans chercher à arrondir les angles ou à nous brosser dans le sens du poil. On y suit deux frères, Hossam et Maro, dont la vie bascule après la mort de leur père dans un accident du travail. Sauf que, très vite, on sent que ce drame n'a rien d'une fatalité malheureuse : l'odeur de la négligence et de l'injustice n'est jamais loin. Ce qui surprend, c'est que le film refuse le spectaculaire. C'est une chronique lente, presque silencieuse. 

 

Deux frères, Hossam, 23 ans, fauteur de troubles, et Maro, 12 ans, vivent dans une communauté marginalisée d'Alexandrie. Après la mort de leur père dans un accident de travail, ils sont embauchés par la même usine en guise de « compensation » pour leur perte, au lieu d'intenter une action en justice. Alors qu'ils s'adaptent à leur nouvel emploi, ils commencent à se demander si la mort de leur père était vraiment accidentelle.

 

Rashad préfère nous laisser observer plutôt que de nous expliquer quoi penser. C'est un pari risqué, parfois déstabilisant, mais c'est ce qui finit par rendre le film si organique. Oubliez les clichés méditerranéens. Ici, Alexandrie se dévoile sous un jour âpre : des terrains vagues, des immeubles qui semblent fatigués d'exister et, au centre de tout, cette usine oppressante. Le point de départ est d'une ironie féroce : pour "compenser" la mort du père, l'entreprise embauche les deux fils. C'est un système de troc humain qui se passe de commentaires sur l'état de la justice sociale. Le décor est planté, et il est étouffant. 

 

Rashad ne fait pas de grands discours ; il filme des gestes répétitifs, des regards en coin et des silences qui pèsent des tonnes. Le quotidien devient une lutte, et c'est là que le film touche juste. On ne va pas se mentir : le rythme du film va en diviser plus d'un. Le démarrage est lent, très lent. On peut se sentir un peu à la porte au début, à chercher une tension qui refuse de pointer le bout de son nez. Mais cette lenteur a une fonction. Elle nous force à habiter les lieux avec les personnages, à sentir le poids de chaque journée qui recommence. On n'est pas dans l'explosion, mais dans l'érosion. C'est presque un travail de documentariste : Mohamed Rashad regarde ses protagonistes vivre, hésiter, s'user. 

 

Et bizarrement, c'est dans cette retenue que le film gagne sa solidité. Hossam, l'aîné, traîne un passé qu'on devine lourd sans qu'on nous l'assène à coups de flashbacks inutiles. Il essaie de garder la tête hors de l'eau, mais la marée sociale le ramène toujours vers le bas. Maro, le plus jeune, est l'éponge du film. Il regarde, il encaisse, il apprend. Ce qui est beau, c'est que Rashad ne transforme jamais ses héros en martyrs ou en symboles. Ils sont humains, donc faillibles, parfois résignés, parfois en colère. Ils ne sont pas victimes d'une fatalité divine, mais d'un système qui les dépasse, et c'est ce qui rend leur trajectoire si crédible et, par extension, si révoltante.

 

L'image ne cherche jamais à être belle à proprement parler. La photographie est terne, les couleurs semblent délavées par la poussière et la fatigue. Alexandrie n'est pas un décor, c'est un personnage muet qui bloque l'horizon. Même quand le film s'autorise quelques envolées plus sensorielles, avec une musique qui vient souligner l'intériorité des frères, on sent que la réalité finit toujours par reprendre le dessus. Certes, tout n'est pas parfait. Le film tâtonne parfois, certaines pistes secondaires restent en suspens et on pourra trouver que le récit manque de pics dramatiques. Mais l'essentiel est ailleurs : dans l'honnêteté absolue du regard. 

 

Note : 6.5/10. En bref, Mohamed Rashad ne cherche pas à plaire ou à faire du cinéma engagé de façade. Il filme un monde qu'il connaît, avec ses silences et ses impasses. C'est un film qui demande de la patience, mais qui, en échange, nous offre un morceau de vie brute, sans filtre. Un premier essai courageux qui donne envie de voir où ce réalisateur nous emmènera ensuite.

Sorti le 6 mai 2026 au cinéma - Vu en avant-première

 

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G
coucou toi<br /> sympa pour l'article <br /> un film a découvrir ;OP<br /> bonne journée
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