22 Avril 2026
Lurker // De Alex Russell (II). Avec Théodore Pellerin, Archie Madekwe et Havana Rose Liu.
Lurker n’est pas le genre de thriller qui vous saute à la gorge avec des explosions ou des courses-poursuites. C’est un film qui s’insinue sous la peau, un peu comme son personnage principal, Matthew. Le réalisateur nous plonge dans un Los Angeles baigné de soleil mais profondément froid, où l’on suit l’ascension silencieuse d’un type que personne ne remarque. L’histoire commence simplement. Matthew bosse dans une boutique de fringues. Un jour, Oliver, une pop star qui monte, franchit la porte. Ce qui ressemble à un coup de chance est en réalité le premier pion posé sur l'échiquier.
Lorsque Matthew, un vendeur solitaire de Los Angeles, fait la rencontre d'Oliver, une vedette de la pop en pleine ascension, il saisit l'occasion de se faufiler au sein de son cercle branché. Cependant, y rester ne sera pas une sinécure..
Matthew ne se contente pas de servir son client ; il choisit une musique précise pour attirer son attention. C’est le détail qui change tout. Le film nous fait comprendre d'emblée que dans ce monde de paraître, rien n'est jamais vraiment gratuit. Ce qui est fascinant dans Lurker, c’est la manière dont Matthew s’infiltre dans la vie d’Oliver. Il ne joue pas les fans collants. Il est plus malin. Il se rend utile, accepte les corvées que personne ne veut faire et encaisse les remarques méprisantes avec un sourire poli. Il devient ce qu’on appelle un fixeur, l’ombre qui règle les problèmes. Le film capte parfaitement cette dynamique propre au milieu de la célébrité : celui qui reste le plus longtemps finit par faire partie du décor, puis de la famille.
Matthew n'a pas besoin de crier pour exister, il lui suffit d'être là quand les autres s'en vont. On observe alors un basculement des forces. Oliver a beau être la star adulée par des millions de personnes, il est seul et vulnérable. Matthew, lui, a un plan. Le tournant du film arrive quand Matthew commence à utiliser une vieille caméra pour filmer le quotidien de la star. Ce n’est plus de l’admiration, c’est de la mise en boîte. En documentant la vie d'Oliver, Matthew s'approprie son image. Il décide de ce qu'on voit, de ce qu'on garde et de ce qu'on efface. L’appareil devient une arme psychologique redoutable. C’est là que le malaise s’installe pour le spectateur. On se demande jusqu’où Matthew est prêt à aller.
Est-ce qu’il veut juste être proche de son idole, ou est-ce qu’il cherche carrément à prendre sa place ? Le film joue sur cette ambiguïté sans jamais nous donner de réponse toute faite. C’est une critique assez frontale de notre époque où l’on ne vit plus les choses, on les filme pour prouver qu’on existe. Visuellement, le film évite les clichés de la ville glamour. On alterne entre la neutralité banale de la boutique et l'aspect clinique, presque lugubre, des immenses villas sur les collines. La réalisation nous place souvent dans une position de voyeur. On a parfois l'impression de regarder par le trou de la serrure, ce qui renforce le sentiment d'inconfort. Le rythme est volontairement lent.
Le réalisateur prend son temps pour montrer l'ennui des coulisses, la vacuité des conversations entre deux soirées et la fragilité des ego. Si vous cherchez un film qui va à cent à l'heure, vous risquez de trouver le temps long. Mais si vous aimez les ambiances pesantes où tout se joue dans les regards et les non-dits, Lurker est une expérience solide. Le choix des acteurs est pour beaucoup dans la réussite du projet. Matthew est interprété avec une retenue qui fait froid dans le dos. Il est difficile de savoir s'il est sincèrement attaché à Oliver ou s'il le voit comme un simple outil de promotion sociale. De son côté, l'acteur qui joue Oliver parvient à rendre touchant ce personnage de star un peu paumée, prisonnière de son propre succès.
Leur relation est le cœur battant du film, mais c'est aussi ce qui pourra en bloquer certains. Il est difficile de s'attacher à l'un ou à l'autre. On reste spectateur de leur dérive, sans jamais vraiment entrer en empathie. C’est un parti pris audacieux, mais qui crée une distance constante. La dernière partie évite les pièges du thriller classique. Pas de grand affrontement final sanglant, mais une conclusion qui laisse un goût amer. Lurker nous montre que la frontière entre le fan et le prédateur est parfois inexistante.
Note : 8/10. En bref, Lurker est un thriller psychologique glaçant qui explore l'ascension calculée d'un employé de boutique prêt à tout pour s'immiscer dans la vie d'une pop star. Le film dresse un portrait froid et lucide de l'obsession moderne, où l'image devient une arme pour manipuler et prendre le pouvoir sur l'autre.
Sorti le 22 avril 2026 directement en SVOD
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