Critique Ciné : Gaua (2026, direct to SVOD)

Critique Ciné : Gaua (2026, direct to SVOD)

Gaua // De Paul Urkijo Alijo. Avec Yune Nogueiras, Elena Irureta et Ane Gabarain.

 

Quand on aime le folk horror comme moi, on est forcément curieux. Alors, dès que j’ai vu débarquer Gaua il avait tout du projet idéal : des forêts sombres, de l'Inquisition, des sorcières et une plongée dans des croyances païennes prêtes à bousculer le cinéma fantastique européen. Tous les ingrédients étaient réunis pour nous offrir un grand moment d'angoisse et de folklore poisseux. Pourtant, une fois le film terminé, le constat est cruel. Gaua ne réussit jamais vraiment à transformer ses magnifiques promesses en une œuvre totalement mémorable. C'est le genre de visionnage où l'admiration technique se bat constamment avec l'ennui narratif.

 

Kattalin pénètre dans une forêt remplie de créatures mythiques, explorant le folklore nocturne et les superstitions des années 1600.

 

L'histoire s'articule autour de Kattalin, une femme du XVIIe siècle piégée dans un mariage violent. Prise au piège, elle tente d'empoisonner son bourreau avant de s'enfuir en pleine nuit dans les bois. Commence alors une errance nocturne où la forêt s'anime et se peuple de créatures, de rituels et de récits inspirés des traditions locales. Le film fait rapidement le choix d'une structure éclatée, presque chorale, multipliant les parenthèses et les points de vue au fil de cette nuit sans fin. D'un point de vue purement plastique, le spectacle est incroyable. Paul Urkijo possède un œil assez particulier pour composer des plans marquants. 

 

Les paysages naturels sont exploités à la perfection, la brume et la pénombre créent une atmosphère lourde, et certains tableaux rappellent directement les peintures les plus sombres de Goya. On sent aussi une influence évidente du cinéma fantastique de Guillermo del Toro dans cette manière de rendre le monstrueux à la fois organique et poétique. Les costumes, les masques et les effets artisanaux témoignent d'un amour sincère pour le genre. La forêt devient un personnage à part entière, fascinant et dangereux. Le problème majeur, c'est que le réalisateur semble s'être un peu perdu dans ses propres images, en oubliant de construire un récit capable de nous tenir en haleine de bout en bout.

 

Le scénario souffre d'un manque de liant évident. On passe d'un personnage à un autre, d'une allégorie à un symbole, sans que la tension dramatique ne décolle jamais vraiment. Le long-métrage s'égare dans de longues discussions explicatives qui plombent le rythme. Ces dialogues appuyés cherchent à donner de l'épaisseur aux thématiques, mais ils produisent l'effet inverse : on a l'impression d'assister à une note d'intentions plutôt qu'à une histoire vivante. Le film nous montre ce qu'il veut raconter au lieu de nous le faire ressentir. Cette approche est d'autant plus regrettable que le folk horror repose historiquement sur des mécaniques psychologiques précises : l'isolement, le poids étouffant de la communauté, la nature sauvage indomptable et l'angoisse face à l'irrationnel. 

 

Gaua effleure tout cela sans jamais creuser le sillon. Le réalisateur préfère empiler les métaphores visuelles plutôt que d'installer une vraie montée de la terreur. De plus, le sous-texte politique et social manque cruellement de finesse. Le long-métrage veut dénoncer l'oppression des femmes par l'Église et le système patriarcal de l'époque en réhabilitant la figure de la sorcière. C'est un sujet fort, mais le traitement s'avère maladroit. Les figures d'oppresseurs sont tellement caricaturales qu'elles perdent en crédibilité, tandis que les personnages persécutés adoptent des comportements extrêmes et déroutants qui finissent par brouiller le message initial. À force de chercher la provocation ou le symbole pur, le propos se dilue.

 

La frustration vient surtout du fait que le film passe régulièrement à côté de son potentiel. Quelques séquences isolées fonctionnent très bien et laissent des visions marquantes en tête. L'univers nocturne a un vrai charme. Mais dès que l'intrigue globale doit avancer, les défauts de narration reprennent le dessus. Le rythme est en dents de scie et le choix d'un traitement très contemplatif finit par peser lourdement sur l'ensemble. Dans ce genre cinématographique, la lenteur peut être une arme redoutable pour faire grimper l'angoisse de manière insidieuse. Ici, elle comble malheureusement un manque de matière dramatique. 

 

Les scènes s'étirent inutilement, les enjeux restent étonnamment faibles et on a bien du mal à s'attacher aux personnages. Kattalin garde une distance constante avec le spectateur, et les figures secondaires ressemblent plus à des concepts théoriques qu'à des êtres de chair et d'os. Il faut saluer la passion évidente d'Urkijo pour son patrimoine culturel. Il continue de mettre en lumière un imaginaire trop rare sur nos écrans, et sa démarche artistique reste profondément honnête. Mais cette fois-ci, l'esthétique a totalement dévoré le sens du récit. Au bout du compte, Gaua donne l'impression d'un projet qui veut brasser énormément de concepts sans réussir à bâtir une expérience émotionnelle ou horrifique solide. 

 

Ce n'est pas un échec technique, mais la déception prend le dessus au moment du générique de fin. Pour les amateurs exigeants, la frustration est bien réelle face à ce rendez-vous manqué entre la beauté plastique et la pauvreté de l'écriture.

 

Note : 4.5/10. En bref, un voyage visuel envoûtant gâché par une narration confuse et des longueurs pesantes.

Prochainement en France en SVOD

 

Retour à l'accueil

Partager cet article

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
À propos
delromainzika

Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog

Commenter cet article