Critique Ciné : Invelle (2026, direct to SVOD)

Critique Ciné : Invelle (2026, direct to SVOD)

Invelle // De Simone Massi. Avec la voix de Toni Servillo, Filippo Timi et Marco Baliani.

 

Quand on se lance dans Invelle, le premier long-métrage d’animation de Simone Massi, on comprend vite qu’on ne va pas regarder un dessin animé classique. Le réalisateur italien, surtout connu pour ses courts-métrages et ses illustrations, livre ici une œuvre profondément intime. Il nous plonge dans l’histoire de l’Italie rurale, celle des oubliés et des campagnes désertées. Le résultat à l’écran est une prouesse visuelle assez hypnotique, mais l'ensemble s'avère beaucoup plus difficile à suivre sur le plan purement narratif et émotionnel. Le titre résume déjà bien le projet. En dialecte des Marches, la région d'origine du cinéaste, Invelle signifie nulle part. 

 

Trois époques différentes à travers le parcours de trois enfants : Zelinda perd sa mère de la grippe espagnole pendant la Première Guerre mondiale. Assunta grandit sous l'occupation nazie et Icaro fuit son village durant les " Années de plomb " en Italie.

 

C’est cet endroit précis, suspendu dans le temps, que Simone Massi explore à travers trois époques charnières du vingtième siècle italien. On traverse ainsi la fin de la Première Guerre mondiale, les traumatismes de la Seconde, puis les années de plomb et les tensions politiques des années 70. Pour lier ces époques, on suit trois enfants d'une même lignée familiale. Il y a d'abord Zelinda, une fillette qui perd sa mère pendant la grippe espagnole alors que son père part au front. Vient ensuite sa fille, Assunta, qui grandit dans la misère et la violence de la guerre. Enfin, on découvre Icaro, le petit-fils, qui étouffe dans cette campagne sans avenir et rêve d’évasion.

 

L'idée de départ possédait un potentiel énorme. Parler de la mémoire collective, de la transmission entre les générations et de la disparition du monde paysan est un sujet fort. Pourtant, malgré ces thèmes puissants, Invelle ne parvient jamais vraiment à nous embarquer. Le problème majeur vient de la construction du récit, qui s'avère décousue et complexe à appréhender. Les trois segments se succèdent comme des morceaux de souvenirs flous ou des tableaux vivants. Si les transitions visuelles s'enchaînent avec une belle fluidité, le manque de repères temporels et narratifs finit par perdre le spectateur. Les personnages manquent d'épaisseur et ressemblent davantage à des symboles incarnés qu'à des êtres de chair et d'os. 

 

Par conséquent, il devient difficile de s'attacher à leur destin ou de vibrer face à leurs drames personnels. Le long-métrage donne l'impression de privilégier sa démarche artistique avant son scénario. Beaucoup de scènes s'avèrent magnifiques à regarder, mais elles souffrent d'une vraie froideur. Même face à la guerre, à la pauvreté ou à l'exil, la mise en scène maintient une distance constante qui bloque l'émotion. Cependant, sur le plan technique, le choc visuel est indéniable. Le travail de Simone Massi force le respect. Il utilise une technique d'animation entièrement artisanale, faite à la main. Les traits bruts rappellent la gravure, le fusain ou l'encre de Chine. Le noir et blanc domine l'image, brisé seulement par de rares éclats de rouge qui sautent aux yeux. 

 

Ce choix esthétique installe une ambiance sombre et pesante, en accord total avec la dureté des thèmes abordés. Chaque plan donne l’impression de vibrer et de se métamorphoser en permanence. Les silhouettes bougent, les paysages se fondent les uns dans les autres, comme si l'on feuilletait un carnet de croquis qui prendrait vie sous nos yeux. Cette signature graphique unique permet au film de se démarquer immédiatement de la production actuelle. Mais cette générosité visuelle finit aussi par saturer l'œil. Ce mouvement permanent des lignes et ces contrastes violents demandent un effort d'attention de chaque instant. Au bout d'un moment, le visionnage devient physiquement fatigant. 

 

Cette sensation traduit sans doute la violence de l'époque, mais elle renforce aussi la distance avec le public. Le film respire enfin lorsqu'il s'autorise un peu de poésie ou qu'il touche au mythe. Les références à l'histoire d'Icare apportent une bouffée d'air bienvenue. Le personnage d'Icaro exprime d'ailleurs très bien ce besoin d'échapper à une existence toute tracée et sans horizon. Dommage que ces instants suspendus soient trop rares pour alléger la pesanteur globale de l'œuvre. À force de vouloir témoigner de la souffrance des classes populaires et des cycles de violence en Italie, le propos tourne un peu en rond. Le message politique sur le fascisme et l'exploitation sociale est évident dès le départ, mais le réalisateur insiste tellement qu'il en perd sa subtilité.

 

Ce manque de renouvellement s'accompagne d'un vrai problème de rythme. Plusieurs séquences contemplatives s'étirent en longueur. Le long-métrage cherche une approche sensorielle, mais cela ralentit considérablement l'intrigue. On décroche à plusieurs reprises, malgré la beauté plastique de ce qui défile à l'écran. Invelle vaut le détour principalement pour son identité graphique hors norme et sa démarche artistique radicale. Simone Massi prouve qu'il a un regard d'auteur et une manière unique de filmer le temps qui passe. Mais derrière cette esthétique ambitieuse, l'écriture ne suit pas le rythme. Trop abstrait et répétitif, le film laisse un goût d'inachevé. On admire la fabrication artisanale, mais le cœur n'y est pas. C'est une expérience visuelle à saluer, mais un rendez-vous manqué avec l'émotion. Un petit 5/10 me semble juste.

 

Note : 4.5/10. En bref, Invelle est une œuvre d'animation artisanale à la beauté plastique hypnotique, qui témoigne avec force de l'histoire rurale italienne. Cependant, sa narration trop abstraite et ses personnages réduits à des symboles installent une distance froide qui empêche l'émotion de naître.

Prochainement en France en SVOD

 

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