Critique Ciné : Tinā (2026, direct to SVOD)

Critique Ciné : Tinā (2026, direct to SVOD)

Tinā // De Miki Magasiva. Avec  Anapela Polataivao, Antonia Eaton et Beulah Koale.

 

Le cinéma aime les histoires de profs qui changent la vie de leurs élèves. C'est un genre en soi, avec ses codes, ses passages obligés et ses figures de style. Avec Tinā, le réalisateur néo-zélandais Miki Magasiva ne cherche pas vraiment à bousculer les règles du jeu. Pourtant, son film réussit à installer quelque chose de singulier, notamment grâce à ses racines culturelles et à la force de son actrice principale. L’histoire nous plonge dans le quotidien de Mareta, une enseignante samoane brisée par le deuil. Elle a perdu sa fille en 2011, lors du terrible tremblement de terre de Christchurch. 

 

Mareta Percival pleure encore la mort de sa fille survenue lors du tremblement de terre de Christchurch en 2011. Acceptant à contrecœur un poste de remplaçante dans une école privée d’élite à majorité blanche, elle puise dans les traditions musicales de ses racines samoanes pour former une chorale étudiante.

 

Des années plus tard, elle tente de se reconstruire en acceptant un poste dans une école privée très sélecte. Sa mission consiste à monter une chorale avec des adolescents qui, sous leurs airs privilégiés, manquent cruellement de repères. On ne va pas se raconter d'histoires, le point de départ rappelle immédiatement des classiques comme Le Cercle des poètes disparus. Le schéma est tracé d'avance. On sait que les élèves vont d'abord se montrer réticents, que l'administration va faire la grimace, et que la musique va finir par adoucir les mœurs et panser les plaies. Tinā avance sur un sentier ultra-balisé, sans jamais chercher à prendre de raccourcis ou à surprendre le spectateur. 

 

La vraie bonne idée du film réside dans le traitement de son héroïne. Mareta n’est pas le mentor parfait, souriant et plein de sagesse que l'on croise d'ordinaire dans ce genre de production. C’est une femme fatiguée, habitée par une colère sourde et une douleur qui lui colle à la peau. Elle ne cherche pas à plaire, elle est brute, directe, et refuse les faux-semblants. Cette approche plus réaliste donne une vraie crédibilité au récit. L’actrice Anapela Polataivao porte littéralement le long-métrage sur ses épaules. Sa performance est d'une grande justesse. Elle parvient à basculer d'une froideur défensive à des moments de pure vulnérabilité sans que cela ne sonne faux. 

 

Sans sa présence magnétique, le film aurait facilement pu sombrer dans le mélo un peu niais. Ici, elle impose un tempo et une gravité qui maintiennent l'intérêt du spectateur du début à la fin. Le revers de la médaille, c'est que cette omniprésence de Mareta se fait au détriment du reste de la distribution. Les élèves de la chorale manquent globalement d'épaisseur. Ils existent principalement à travers le regard de leur professeure, mais on peine à s'attacher individuellement à eux. Le scénario effleure le parcours de Sophie, une adolescente plus fragile, mais la plupart de ses camarades restent cantonnés à des rôles de faire-valoir émotionnels. C’est dommage, car Miki Magasiva sème plusieurs pistes passionnantes tout au long du récit. 

 

Le film aborde le traumatisme collectif, le mal-être adolescent et la culpabilité d'avoir survécu à un drame national. Malheureusement, ces thématiques cruciales sont souvent traitées de manière superficielle. Certains rebondissements arrivent tardivement dans l'histoire, comme s'ils avaient été ajoutés au montage pour forcer l'émotion là où le récit principal s'essoufflait un peu. Cette volonté de toucher le public à tout prix constitue d'ailleurs la principale limite de Tinā. Le film appuie parfois trop sur la corde sensible. Entre la musique omniprésente et des dialogues qui manquent de sous-texte, le long-métrage préfère expliquer ce que ressentent les personnages plutôt que de laisser le spectateur le deviner. 

 

Une approche un peu plus subtile aurait sans doute donné encore plus de force aux scènes de confrontation. Heureusement, Tinā retrouve sa justesse dès que la musique prend le dessus. L'intégration des chants traditionnels samoans apporte une couleur unique au film. Ces moments de communion musicale ne servent pas juste de décor, ils deviennent le cœur battant de l'intrigue. C'est à travers ces harmonies que les barrières tombent et que Mareta retrouve un sens à sa vie. La culture samoane est filmée avec un immense respect, offrant une dimension spirituelle bienvenue. Sur le plan technique, la réalisation de Miki Magasiva s'avère très académique. 

 

La mise en scène reste discrète, presque effacée, pour laisser toute la place aux comédiens et aux séquences chantées. C'est propre, bien emballé, mais cela manque parfois d'un geste de cinéma fort pour marquer durablement les esprits. De plus, le film souffre de quelques longueurs évidentes. Avec une durée qui dépasse les deux heures, la seconde moitié du récit a tendance à tourner en rond. Un élagage de certaines intrigues secondaires aurait permis de fluidifier la narration et de resserrer l'impact émotionnel de la dernière partie.

 

Note : 6.5/10. En bref, Tinā n'est certes pas un chef-d'œuvre de subtilité et ne révolutionne en rien le drame scolaire. Pourtant, l'essentiel est là. Le film dégage une humanité sincère qui permet de passer outre ses petits défauts de fabrication. On en retient une jolie réflexion sur le deuil partagé et la puissance des liens humains, portée par une actrice impériale. C'est un divertissement touchant, imparfait mais généreux, qui mérite qu'on s'y attarde.

Prochainement en France en SVOD

 

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