9 Juin 2026
Une amitié de trente ans peut-elle survivre quand l'un des deux couche avec la fille de l'autre ? C'est le point de départ bien toxique et ultra inconfortable de la série Alice & Steve. En six épisodes courts d'une trentaine de minutes, cette comédie dramatique anglaise ne cherche jamais à esquiver le malaise. Au contraire, elle plonge dedans tête la première. On est très loin de la petite sitcom feel-good du dimanche soir. La série choisit de décortiquer proprement ce qui se passe dans la tête de gens ordinaires face à la trahison, à la jalousie noire et à la trouille viscérale de perdre sa place dans la vie de son meilleur ami. Tout commence quand Steve se met en couple avec Izzy.
Alice est dévastée lorsque son meilleur ami Steve commence à fréquenter sa fille Izzy, âgée de 26 ans. En un instant, elle risque de perdre à la fois son ami le plus proche et sa fille. Alice tente alors tout ce qui est en son pouvoir pour mettre fin à cette relation. Mais Steve est plus que prêt à riposter, et ce qui était initialement une amitié parfaite, se transforme peu à peu en guerre ouverte. Alice finira‑t‑elle par pardonner à Steve ? Steve et Izzy parviendront‑ils à faire fonctionner leur relation ? Une chose est sûre : leurs vies ne seront plus jamais les mêmes.
Le problème, c'est qu'Izzy est majeure, mais c'est surtout la fille adulte d'Alice, sa meilleure amie de toujours. Dit comme ça, le scénario a tout du traquenard ou du vaudeville un peu lourd. Pourtant, l'écriture évite le piège de la farce. La série prend la situation très au sérieux et construit tout son récit sur les ondes de choc de cette bombe atomique familiale. On suit les dommages collatéraux minute par minute, et c'est aussi fascinant que terrifiant à regarder. La grande force de l'écriture, c'est qu'elle refuse de distribuer les bons et les mauvais points. Il n'y a pas d'un côté la gentille victime et de l'autre les méchants amants. Alice a toutes les raisons du monde de se senti profondément trahie, mais ses réactions virent rapidement à l'obsession destructrice.
Steve essaie tant bien que mal de défendre son droit au bonheur, tout en sachant pertinemment que son comportement est indéfendable pour le reste du monde. Quant à Izzy, elle refuse d'être le trophée ou la gamine de l'histoire. Elle assume ses choix d'adulte, même si cela signifie faire imploser sa propre famille. Cette ambiguïté permanente rend la série hyper réaliste, mais elle a aussi un prix. En regardant cette première saison, il faut accepter le fait qu'on n'a pas du tout envie de prendre les personnages dans ses bras. Ils prennent des décisions impulsives, agissent de manière totalement irrationnelle et font preuve d'une mauvaise foi assez incroyable. C'est frustrant, parfois même carrément agaçant, mais c'est voulu.
On a l'impression d'assister à un accident de voiture au ralenti. On voit la catastrophe arriver, personne ne freine, et on ne peut pas détacher nos yeux de l'écran. Au milieu de ce chaos, le personnage d'Alice centralise toute l'attention. Sa colère est légitime, mais son incapacité totale à accepter la situation la pousse à déclencher une guerre psychologique qui détruit tout autour d'elle. Derrière ses crises et ses coups bas, on sent bien que le problème est plus profond. C'est l'histoire d'une femme terrorisée par le deuil d'une amitié fusionnelle, par le sentiment d'être mise au placard et par l'idée que le monde tourne sans elle. Nicola Walker est impitoyable de justesse dans ce rôle de mère et d'amie blessée.
Elle réussit à rendre Alice humaine et touchante, même au moment où elle se comporte de la pire des manières. C'est cette nuance constante qui évite à la série de tomber dans le feuilleton bas de gamme. En face d'elle, Jemaine Clement joue un Steve plus en retenue, mais tout aussi complexe. Il incarne parfaitement ce mec un peu paumé, coincé entre une sincérité touchante et un aveuglement total sur les conséquences de ses actes. Il sait qu'il fait du mal, mais il avance quand même. Le seul vrai bémol de la saison vient finalement du couple en lui-même. On a parfois un peu de mal à croire à l'intensité de l'amour entre Steve et Izzy.
La série nous demande d'accepter qu'une idylle assez récente puisse balayer des décennies de complicité et de liens construits dans la douleur. Sur ce point précis, l'écriture manque un peu de matière pour rendre cette passion totalement crédible au milieu du désastre ambiant. Heureusement, la série se rattrape largement dès que les personnages se retrouvent dans la même pièce. Les repas de famille qui tournent au vinaigre, les silences pesants et les explications foirées au coin d'une table sont les vrais points forts de ces six épisodes. Le rire naît directement du malaise et de l'immaturité crasse de ces adultes incapables de gérer leurs émotions. C'est un humour grinçant, parfois très lourd à encaisser, qui ne plaira clairement pas à tout le monde.
Si vous cherchez une série détente pour déconnecter après le boulot, passez votre chemin. En poussant le bouchon un peu plus loin à chaque épisode, Alice & Steve dépasse la simple histoire d'infidélité pour parler de quelque chose de beaucoup plus universel : la possession affective. Jusqu'où peut-on posséder l'autre sous prétexte qu'on l'aime ou qu'on le connaît depuis toujours ? La série explore aussi en filigrane des thèmes plus sombres comme la peur de vieillir tout seul, la solitude moderne et la panique face au changement. On regrettera juste quelques raccourcis un peu faciles dans l'écriture, notamment sur la façon d'utiliser des étiquettes psychanalytiques ou des termes de santé mentale pour caractériser certains comportements.
C'est parfois un peu grossier et cela manque de la finesse qu'on trouve dans le reste des dialogues. Au final, cette première saison de Alice & Steve laisse une impression bizarre mais franchement stimulante. La série ne cherche jamais à se faire aimer à tout prix ni à offrir un happy end rassurant. Elle préfère regarder les gens s'enfoncer dans leurs failles. Ce n'est pas parfait, la romance manque un peu de coffre, mais le voyage vaut le coup pour la férocité de ses face-à-face et sa description sans fard des relations humaines. Une proposition grinçante, inconfortable et parfois irritante, mais qui a le mérite d'avoir une vraie personnalité.
Note : 6.5/10. En bref, portée par un duo d'acteurs impeccables, la saison 1 d'Alice & Steve est une comédie dramatique anglaise qui plonge avec férocité dans le malaise d'une trahison amicale et familiale. Malgré une romance centrale qui manque parfois de crédibilité, ces six épisodes captivent par leur refus du happy end et leur portrait sans fard de la possession affective.
Disponible sur Disney+
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