Bad Company (Saison 1, 6 épisodes) : une comédie lourde et dispensable

Bad Company (Saison 1, 6 épisodes) : une comédie lourde et dispensable

On cherche souvent la perle rare du côté des comédies à picorer, et la promesse de cette production australienne avait de quoi allécher. Avec sa première saison de six épisodes, Bad Company nous plonge dans les coulisses d'un théâtre complètement fauché. C’est un angle assez rare pour être souligné : filmer le choc frontal entre les ambitions artistiques et la dure réalité des comptes dans le rouge. Sur le papier, l'idée de décortiquer le monde de la création, les guerres d'égos et les galères financières du spectacle vivant était excellente. À l'arrivée, le résultat est beaucoup plus laborieux.

 

L'histoire démarre en installant un conflit central censé porter toute la saison. D’un côté, on a Margie Argyle, la directrice du théâtre, qui défend une vision de l'art totalement déconnectée des réalités. De l’autre, Julia McNamara débarque avec un objectif hyper pragmatique : redresser la barre d’une institution au bord de la faillite. Ce choc de cultures et de tempéraments devient immédiatement le moteur principal de la série. Le problème, c'est que ce moteur tourne très vite en boucle. Le principal point faible de Bad Company, c’est son incapacité à dépasser les grosses ficelles. Le milieu du théâtre est croqué comme un panier de crabes où se mélangent passions dévorantes et frustrations. 

 

Les répétitions qui tournent au fiasco, les concepts artistiques improbables et les petites vengeances entre collègues deviennent des outils censés créer de la comédie, mais les ficelles sont trop grosses. La série s’en donne à cœur joie avec les clichés du milieu de la culture, et c'est rapidement lourd. Les artistes y sont dépeints comme des êtres perchés et insupportables, tandis que les gestionnaires passent pour des robots obsédés par le fric. C’est de la caricature pure et simple. L'écriture ne cherche jamais la nuance. Ce qui aurait pu être une satire féroce et intelligente devient une suite de sketchs un peu faciles sur des gens qui hurlent pour un oui ou pour un non.

 

Tout le show repose sur le face-à-face entre Margie et Julia. Tout les sépare : leur méthode de travail, leur façon de parler aux autres et leur idée même de ce que doit être un théâtre. Margie fonctionne au coup de tête et à l'instinct, quitte à être totalement irresponsable. Julia, elle, ne jure que par les tableaux Excel et la rentabilité. Si leur opposition donne lieu à quelques joutes verbales passables au début, le procédé s'épuise en deux épisodes. Les scènes se répètent : les deux femmes s'enferment dans un dialogue de sourds total, où aucun compromis n'est possible, et le spectateur assiste impuissant aux mêmes disputes du premier au sixième épisode. 

 

Bad Company manque cruellement de rythme et de renouvellement dans ses dialogues, qui finissent par lasser à force de tourner autour du même pot. Autour de notre duo, on croise toute une bande de personnages secondaires qui alimentent le chaos général. Qu'il s'agisse des employés du théâtre, des comédiens de passage ou des proches envahissants, tout le monde participe au bazar ambiant, mais personne n'existe vraiment. La plupart des personnages restent bloqués dans leur rôle de faire-valoir comique. Ils n'apparaissent à l'écran que pour sortir une punchline ou un gag récurrent, sans jamais prendre la moindre épaisseur. 

 

C'est franchement dommage, car plusieurs figures introduites avec un petit potentiel comique finissent par faire de la figuration ou par disparaître sans qu'on comprenne pourquoi. L'écriture manque de générosité avec son casting. Même si le théâtre reste la cible principale, la série tente d'élargir ses horizons. Elle essaie d'égratigner la course aux likes sur les réseaux sociaux, le népotisme et les dérives de la culture moderne. On voit les personnages tenter le tout pour le tout pour moderniser l'image du théâtre ou surfer sur un buzz improbable. Mais tout cela est survolé. 

 

La question de savoir s'il faut créer pour l'amour de l'art ou pour remplir la salle revient sur le tapis sans arrêt, mais la série se contente de poser le débat de manière très superficielle, sans jamais proposer un point de vue original ou piquant. Bad Company brasse beaucoup d'air et de thèmes modernes, mais ne gratte jamais là où ça fait mal. Le style de la série ne fera clairement pas l'unanimité, et pour cause : il est souvent à côté de la plaque. Le show jongle entre la satire grinçante, l'absurde et le comique de situation forcé. On passe souvent par de grands moments de malaise, ce qui crée un vrai déséquilibre entre les épisodes.

 

Le personnage de Margie est le parfait exemple de ce raté. Elle est excessive, hystérique, et si elle est censée déclencher les plus gros fous rires, elle finit surtout par casser la tête du spectateur. Les scénaristes ont voulu assumer ce choix jusqu'au bout, sans jamais chercher à la rendre plus humaine ou attachante. Résultat, on déconnecte complètement de ses enjeux. Les premiers épisodes rament pour installer l'univers, et on espère une montée en puissance par la suite. Malheureusement, la dynamique ne change pas. Les histoires de famille et les projets artistiques de plus en plus délirants s'accumulent sans cohérence, et la série peine à maintenir l'intérêt.

 

Le final de la saison 1 rassemble toutes les tensions de manière assez artificielle. Sans changer une recette qui patine déjà, cet épisode offre une conclusion molle. Le conflit entre création pure et survie financière s'éteint sans coup d'éclat, et la série choisit de finir sur une note floue, probablement pour ouvrir la porte à une suite dont on se passera bien. Au final, cette première saison est une déception. Si la série a le mérite de proposer un cadre original, elle se prend les pieds dans le tapis à cause d'une écriture paresseuse et de personnages agaçants. Le duo principal s'épuise trop vite sur ces six épisodes qui finissent par paraître bien longs.

 

Note : 4.5/10. En bref, le scénario manque de finesse, l'humour est lourd et les seconds rôles sont inexistants. Sans révolutionner le genre de la comédie de bureau, Bad Company rate le coche de la satire réussie. Une série dispensable, qui rate sa cible et s'oublie aussitôt le générique terminé.

Prochainement en France

 

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