Critique ciné : Baise-en-ville (2026)

Critique ciné : Baise-en-ville (2026)

Baise-en-ville // De Martin Jauvat. Avec Martin Jauvat, Emmanuelle Bercot et William Lebghil.

 

Après s’être fait remarquer avec Grand Paris, Martin Jauvat revient derrière la caméra pour explorer à nouveau la banlieue pavillonnaire et ses galères quotidiennes. Avec cette nouvelle comédie, il mélange humour absurde, observation sociale et portrait d’une jeunesse qui cherche sa place. C’est un projet modeste, mais qui a le mérite d’avoir une vraie personnalité. L’histoire de départ parle immédiatement à toute une génération. On y suit Corentin, un jeune homme de 25 ans qui vit toujours chez ses parents à Chelles. 

 

Quand sa mère menace de le virer du pavillon familial s’il ne se bouge pas les fesses, Sprite se retrouve coincé dans un paradoxe : il doit passer son permis pour trouver un taf, mais il a besoin d'un taf pour payer son permis. Heureusement, Marie-Charlotte, sa monitrice d'auto-école, est prête à tout pour l'aider - même à lui prêter son baise-en-ville. Mais... C'est quoi, au fait, un baise-en-ville ?

 

Il se retrouve coincé dans un cercle vicieux hyper classique mais très frustrant : il a absolument besoin d’un boulot pour se payer son permis de conduire, mais il lui faut ce fameux permis pour décrocher un travail décent. À travers cette galère, le film aborde avec légèreté une réalité concrète. Loin des clichés habituels et misérabilistes sur la banlieue, on découvre un territoire où l’ennui, les transports interminables et le manque d’opportunités rythment les journées. Sans jamais chercher à donner des leçons ou à faire de grands discours théoriques, Martin Jauvat capte vraiment bien ce sentiment de stagnation qui touche beaucoup de jeunes adultes. 

 

Derrière les situations un peu bizarres et les dialogues décalés, on sent un constat lucide sur la difficulté de devenir indépendant aujourd’hui. Ce qui fait la force du film, c’est aussi son ancrage local. Chelles n’est pas un simple arrière-plan interchangeable, la ville devient un personnage central de l’intrigue. Le réalisateur filme cette banlieue avec une affection évidente. Les rues résidentielles, les parkings des zones commerciales et les pavillons deviennent le décor d’une aventure du quotidien. Cette approche amène une authenticité rafraîchissante qui change des comédies françaises habituelles, souvent très lisses et formatées. On sent que le réalisateur connaît ces endroits par cœur, et il réussit à transformer des lieux banals en terrains de jeu visuels. 

 

Même quand le scénario commence à stagner, le regard porté sur cet environnement garde tout son charme. Du côté du ton, le film choisit d’éviter la surenchère. Contrairement aux comédies qui enchaînent les vannes à la chaîne, Baise-en-ville mise sur un humour plus subtil et pince-sans-rire. Les situations absurdes arrivent de manière naturelle et les dialogues reposent beaucoup sur le décalage entre les personnages. Corentin fonctionne bien à l’écran grâce à sa maladresse constante. Il avance avec de bonnes intentions mais semble tout le temps dépassé par ce qui lui arrive. Le film cherche plutôt à faire sourire qu’à déclencher d’immenses éclats de rire, et c’est tant mieux. 

 

Cet humour a aussi un vrai fond social. La précarité, les petits boulots et les relations amoureuses compliquées sont traités avec tendresse. On se moque gentiment des personnages, mais le film ne se place jamais au-dessus d’eux. L’autre gros point positif du film, c’est la présence d’Emmanuelle Bercot. Dans le rôle de la monitrice d’auto-école, elle apporte une sacrée dose d’énergie à l’histoire. Son tempérament électrique contraste parfaitement avec le côté un peu mou et timide de Corentin. Leurs scènes ensemble sont clairement les meilleures du film. Ce choc de personnalités crée un vrai rythme et relance l’intérêt de l’intrigue dès qu’elle commence à s’essouffler. 

 

Le reste du casting fait du bon travail. Martin Jauvat joue le rôle principal de manière très naturelle, même s’il se repose parfois un peu trop sur la même expression de garçon perdu. Malgré toutes ces qualités, le film a quand même quelques faiblesses, surtout au niveau de l’écriture. L’idée de départ est solide, mais l’intrigue a du mal à progresser de façon fluide. Par moments, on a l’impression de regarder une suite de sketches mis bout à bout plutôt qu’une véritable histoire avec une trajectoire claire. Plusieurs scènes auraient mérité d’être plus creusées au lieu de simplement empiler les petites péripéties. Du coup, le rythme s’en ressent un peu. Le film reste agréable, mais on note quelques longueurs dans la deuxième moitié.

 

On s’attache aux personnages, mais l’enjeu global manque parfois d’un peu de force. Au final, ce qui sauve le film et le rend mémorable, c’est sa profonde sincérité. Martin Jauvat n’essaie pas de copier les recettes des grosses productions. Son cinéma reste artisanal, parfois un peu bancal, mais toujours honnête. Cette approche amène une vraie fraîcheur. J’ai beaucoup aimé la bienveillance globale du récit : même quand les personnages ratent tout ce qu’ils entreprennent, le film garde un regard profondément humain sur eux. C’est une comédie imparfaite mais attachante, qui vaut le coup d’œil pour son authenticité.

 

Note : 5/10. En bref, cette comédie de Martin Jauvat offre un portrait sincère, drôle et sans clichés de la jeunesse périurbaine, magnifié par la prestation énergique d’Emmanuelle Bercot. Malgré un scénario un peu décousu qui ressemble parfois à une suite de sketches, le film reste profondément attachant grâce à son authenticité et à son humanité.

Sorti le 28 janvier 2026 au cinéma - Disponible en VOD

 

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