5 Juin 2026
On a tous en tête le choc culturel et les répliques cultes du film original sorti en 2006. Alors forcément, quand Crave a annoncé adapter Bon Cop, Bad Cop en série de six épisodes, il y avait de quoi être curieux, mais aussi un peu craintif. Le format télévisé change radicalement la donne. On oublie le simple face-à-face entre deux flics que tout oppose pour entrer dans une proposition beaucoup plus large, plus actuelle, mais aussi beaucoup plus sérieuse. Le résultat final laisse une impression partagée, balancée entre de superbes propositions et le regret d’une certaine étincelle perdue.
Les aventures de Martin Ward et David Bouchard qui doivent à nouveau unir leurs forces pour résoudre une enquête policière prenant racine dans une communauté autochtone. Cette fois, ils font équipe avec une nouvelle génération de policiers tout aussi non orthodoxes que le duo original.
Cette fois, l'histoire nous emmène loin de l'autoroute Ontario-Québec pour nous parachuter en Gaspésie. Tout commence avec la disparition d’un leader autochtone, un point de départ qui sert de prétexte pour gratter sous la surface des tensions politiques, des gros sous et des réalités communautaires d'aujourd'hui. Ce choix de décor et de sujet montre tout de suite que la production ne voulait pas juste refaire la même recette à la chaîne. On sent une vraie volonté de coller à l'époque et d'offrir un polar qui a de la substance. David Bouchard est évidemment de retour, toujours incarné par un Patrick Huard qui maîtrise son personnage sur le bout des doigts. Mais le flic rebelle n'est plus tout à fait le même.
Il a vieilli, et surtout, il doit composer avec une équipe élargie. La grande nouveauté, c’est l’importance accordée à sa fille, Gabrielle. Cette relation familiale amène un vent de fraîcheur indispensable. Elle permet de sortir du traditionnel conflit linguistique pour aller explorer des zones plus intimes et des conflits de générations vraiment bien foutus. Le personnage de Gabrielle est d'ailleurs l'une des meilleures surprises de cette saison. Sarah-Jeanne Labrosse lui donne une belle épaisseur. Plus calme, plus posée que son père, elle apporte un contrepoids parfait à l’impulsivité de David Bouchard. À leurs côtés, on découvre Joe Broom, joué par Joshua Odjick.
Son intégration se fait en douceur et permet d'amener les questions autochtones au cœur du récit de manière organique, sans que cela sonne comme un cheveu sur la soupe. C'est un personnage attachant qui apporte une vraie plus-value à la bande. Le plus grand choc pour les habitués vient sans doute du ton général. Oubliez l’humour omniprésent et les gags potaches qui s’enchaînaient toutes les deux minutes dans les films. La série choisit délibérément de s’installer dans le drame policier pur et dur. L'ambiance est lourde, le rythme est plus lent, et l'enquête prend presque toute la place. On sourit encore de temps en temps grâce au cynisme légendaire de Bouchard, mais ces moments de légèreté se font plutôt rares.
Ce virage vers le sérieux n'est pas un défaut en soi. C'est même plutôt courageux de vouloir transformer une comédie d’action populaire en une œuvre plus mature. Le problème, c'est que cela crée un vrai décalage pour quiconque s'attendait à retrouver l'ambiance survoltée du grand écran. On regarde un bon polar, c'est indéniable, mais on cherche parfois l'ADN profonde de la marque. Côté visuel et technique, l'argent est à l'écran et ça fait plaisir à voir. Les scènes d'action sont bien foutues, nerveuses et chorégraphiées avec soin. Qu’il s’agisse de courses-poursuites ou de moments de pure tension, la réalisation fait le travail et permet de dynamiser les six heures de visionnage.
Et puis, tourner en Gaspésie offre un cadre magnifique qui donne une vraie gueule à la série. Les paysages sauvages et brumeux collent parfaitement à l'ambiance pesante de l'histoire. Là où le bât blesse un peu plus, c'est du côté du fameux duo d'origine. Remplacer la dynamique avec Martin Ward était un défi presque impossible, et la série ne le relève pas totalement. Le personnage de Ward existe toujours dans l'équation, mais l'alchimie unique qui portait les films s'est un peu diluée dans cette formule chorale. On ne suit plus un tandem fusionnel, mais un groupe de travail. C'est un choix scénaristique qui se défend, mais qui prive la série de sa force motrice historique. Le scénario, de son côté, souffle le chaud et le froid.
L'intrigue policière reste solide, mais elle s’avère parfois un peu trop prévisible. On devine assez rapidement qui manipule qui et où les magouilles politiques vont mener. Finalement, ce sont les coulisses de la brigade et les histoires personnelles qui captivent le plus. Les discussions de famille, les doutes des uns et les secrets des autres parviennent à relancer l'intérêt quand l'enquête principale commence à faire du surplace. La série se prend aussi parfois les pieds dans le tapis en voulant trop bien faire avec ses thèmes de société. L'intention de parler des relations complexes entre les institutions policières et les communautés autochtones est louable et nécessaire. Cependant, l’écriture manque parfois de subtilité.
Certains dialogues coupent net le rythme de l'action pour basculer dans le message explicite, ce qui donne brièvement l’impression de regarder un contenu pédagogique plutôt qu'un divertissement. Trouver le bon dosage entre le message et le spectacle est un art difficile, et ici, la balance penche parfois du mauvais côté. Au bout du compte, cette première saison de Bon Cop, Bad Cop s'impose comme une tentative de réinvention honnête et ambitieuse. On ne pourra pas leur reprocher d'avoir choisi la facilité ou d'avoir simplement étiré le concept du film pour faire de l'audience. Tout n'est pas parfait, le rythme stagne parfois et les amateurs d'humour brut resteront sur leur faim, mais la proposition globale tient debout et réussit à se créer une identité propre.
On ne retrouve pas la folie pure des longs-métrages, mais on plonge dans un polar québécois bien ficelé, porté par des acteurs convaincants qui s'adaptent bien à ce nouveau format. Les nostalgiques de la première heure risquent de tordre un peu le nez face à ce changement de cap, mais pour ceux qui acceptent de juger la série pour ce qu'elle est désormais, il y a amplement de quoi passer un bon moment et espérer une deuxième saison pour ajuster les derniers réglages.
Note : 5.5/10. En bref, cette première saison de Bon Cop, Bad Cop délaisse l'humour survolté des films pour se réinventer en polar sérieux et choral au cœur des paysages gaspésiens. Si ce virage dramatique et l'arrivée de nouveaux personnages apportent une belle maturité, la série y perd un peu de son alchimie d'origine et de son rythme en chemin.
Prochainement en France
Disponible sur Crave, accessible via un VPN
Bon Cop, Bad Cop est la suite en série des deux films de la saga Bon Cop, Bad Cop dont le dernier volet est sorti directement sur Netflix en 2025. Colm Feore, pris par le tournage de Landman a été remplacé dans la série par Henry Czerny.
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