20 Juin 2026
Bliss // De Shemi Zarhin. Avec Sasson Gabay, Assi Levy et Maor Levi.
On s’attend souvent à ce que le cinéma nous sorte du quotidien, qu’il nous bombarde de drames XXL ou de rebondissements à couper le souffle. Pourtant, ce sont parfois les histoires les plus simples qui résonnent le plus fort. C’est exactement l'effet que m'a fait Bliss, un long-métrage qui plonge tête la première dans ce qu'il y a de plus banal et de plus complexe à la fois : la routine d’un vieux couple, la fatigue qui s'installe et les liens familiaux qui menacent de lâcher à tout moment. Ici, pas d'effets spéciaux ni de grands éclats de voix. Tout se joue dans les silences, les regards fatigués et les compromis invisibles qu’on fait chaque matin pour tenir le coup.
Sassi et Efi se débattent avec la dette laissée par le fils de Sasai avant qu'il ne parte pour Bruxelles. Malgré l'écart d'âge qui les sépare, leur amour et leur humour leur permettent d'échapper à la lassitude et au désespoir de la vie. Lorsque deux jeunes - Omri, le petit-fils de Sassi, et David, l'ancien élève d'Efi - apparaissent dans leur vie, l'amour du couple est mis à l'épreuve.
Au milieu de tout ça, on fait la connaissance de Sassi et Effi. Porté par Sasson Gabay et Asi Levi, ce couple avance main dans la main depuis des années. Pour s'en sortir financièrement, ils enchaînent les boulots à temps partiel. On sent tout de suite que leur vie n’est pas un long fleuve tranquille, mais ils ont trouvé leur équilibre dans une routine rassurante. Ce qui est beau, c'est que le film refuse de les plaindre. On voit leur épuisement, il est palpable, mais ils ne sont jamais réduits à ça. Le cinéma a trop souvent tendance à reléguer les personnages d'un certain âge au second plan, ou à en faire des caricatures un peu rigides. Ce projet fait tout le contraire.
Sassi et Effi débordent de vie, de désirs, de contradictions et de petits secrets. Prenez par exemple leur relation avec leur fils. Ce dernier s'est mis dans de beaux draps avec des dettes de jeu massives, et ses parents passent leur temps à casquer pour le sortir de là. C’est le genre de situation toxique qui pourrait détruire une famille, mais ici, cela s'installe comme un poids invisible, une tension sourde qui plane au-dessus de la table de la cuisine sans jamais provoquer le grand clash qu'on redoute. Face à cela, le couple surprend par sa résilience. Ils gardent une complicité désarmante et un humour un peu grinçant, notamment quand ils évoquent sans tabou les pépins de santé liés à l’âge d'Effi.
La force du récit réside aussi dans sa façon de bousculer ce duo par petites touches, notamment grâce à des électrons libres qui débarquent sans crier gare. Le premier, c’est Omri, le petit-fils de Sassi. C’est un jeune homme impulsif, un peu brut de décoffrage, qui apporte un vent de chaos dans le calme plat de leur appartement. Sa simple présence force le vieux couple à revoir toute son organisation. En parallèle, on voit resurgir David, un ancien élève d’Effi. Il revient dans sa vie pour des séances d’hydrothérapie, mais la barrière professionnelle s’effrite rapidement pour laisser place à des émotions enfouies. Ces deux-là ne créent pas de nouveaux problèmes, ils agissent plutôt comme des révélateurs chimiques.
Ils mettent en lumière les failles qui existaient déjà, prouvant qu'une famille n'est jamais figée. Derrière la chronique sociale, le film explore la question du désir avec beaucoup de pudeur. Sassi aime encore sa femme d’un amour charnel et instinctif, même si le rythme de leur quotidien n’est pas toujours synchrone. À côté, la jeunesse apporte une urgence différente, plus brute et parfois plus égoïste, qu’il s’agisse de quête d’argent ou de reconnaissance. Le réalisateur Shemi Zarhin, qui écrit aussi des romans, construit son film par petites touches impressionnistes. Les scènes s'enchaînent parfois de manière décousue, sans chercher l’efficacité narrative à tout prix. On suit des moments qui semblent secondaires, mais qui s'avèrent essentiels pour comprendre ce qui lie ces êtres.
Ce choix de mise en scène donne un rythme particulier, presque flottant. Le film prend son temps, quitte à flirter parfois avec la lenteur. Mais c'est cette patience qui permet d'apprécier la justesse des détails : un café qu'on prépare pour l'autre, un regard qui s'attarde dans le couloir, une main tendue sans un mot. La caméra s’invite aussi dans les séances de piscine thérapeutique. Ces moments hors du temps offrent de superbes images, comme cette scène magnifique où Sassi soutient Omri dans l’eau, perdus au milieu d’un bassin immense qui rappelle notre propre solitude face à la vie.
Note : 6.5/10. En bref, Bliss est un instantané de vie, une œuvre minimaliste qui préfère observer plutôt que de donner des leçons. Ce parti pris pourra déconcerter les amateurs de rythmes intenses ou d'intrigues ficelées au millimètre. Mais pour ceux qui acceptent de ralentir et de se laisser porter, c’est une plongée sincère et profondément humaine dans ce qui fait le sel de l'existence : notre capacité à composer avec le temps qui passe, nos regrets et ceux qu'on aime.
Prochainement en France en SVOD
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