Critique Ciné : By Design (2026, direct to SVOD)

Critique Ciné : By Design (2026, direct to SVOD)

By Design // De Amanda Kramer. Avec Juliette Lewis, Mamoudou Athie et Melanie Griffith.

 

Parfois, un film vous accroche uniquement sur sa promesse de départ. By Design, le long-métrage d'Amanda Kramer, se pose là en termes de concept bizarre. Imaginez un peu le topo : Camille, une femme en sérieux manque de reconnaissance, voit son âme quitter son enveloppe charnelle pour finir enfermée dans une chaise design. C'est le genre de pitch surréaliste qui donne envie de foncer en salle, en espérant un grand moment de cinéma audacieux et imprévisible. Malheureusement, si l'excitation est bien là au début, la suite m'a laissé sur ma faim. Dès l'intro, la réalisatrice annonce la couleur. Camille, incarnée par l'excellente Juliette Lewis, vit complètement en marge, transparente aux yeux du monde. 

 

Une femme échange son corps avec une chaise, et tout le monde la préfère en tant que chaise.

 

Lors d'un repas, elle s'efface totalement au milieu des conversations, comme invisible. C'est là que son regard croise une chaise exposée dans une vitrine. Fascinée par cet objet qui capte tous les regards, elle développe une fixation étrange. Et le miracle, ou plutôt le sortilège, finit par opérer : sa conscience bascule dans le meuble, laissant son propre corps vide de toute vie. Le fameux meuble atterrit ensuite chez Olivier, un pianiste solitaire qui panse ses blessures après une rupture douloureuse. Une drôle de cohabitation commence alors entre cet homme blessé et cette chaise habitée par l'esprit de Camille. 

 

Sur le papier, l'intrigue a tout d'une fable moderne piquante sur la solitude urbaine, le besoin viscéral d'exister et notre matérialisme poussé à l'extrême. Le problème, c'est que le film semble beaucoup plus préoccupé par sa propre bizarrerie que par l'évolution concrète de son histoire. Très vite, le récit met de côté la narration classique pour enchaîner les séquences décalées. Les dialogues balancés par les acteurs sonnent creux de manière totalement volontaire. On a l'impression d'observer des fantômes coincés dans une pièce de théâtre expérimentale ou un rêve un peu froid. Ce parti pris radical plaira sûrement aux fans de cinéma d'auteur pur et dur, mais pour ma part, cela a surtout créé un vrai fossé. 

 

Difficile de vibrer ou de ressentir la moindre empathie pour ces personnages désincarnés. Le film avance sans tension, donnant la fâcheuse impression de tourner en rond autour de sa bonne idée de départ sans jamais réussir à l'approfondir. Le traitement du personnage de Juliette Lewis participe aussi à cette déception. L'actrice insuffle une vraie tendresse et une fragilité touchante à Camille dans les premières scènes. En quelques expressions, elle fait ressentir toute la détresse de cette femme effacée. Mais dès que la métamorphose a lieu, elle sort presque définitivement du cadre. L'intrigue repose alors sur les épaules des seconds rôles, notamment Mamoudou Athie, qui joue le pianiste. 

 

S'il apporte une vraie douceur à l'écran, son personnage manque cruellement de relief pour maintenir l'intérêt éveillé sur la longueur. Pourtant, le fond de l'histoire reste hyper pertinent. Amanda Kramer décortique intelligemment ce sentiment d'invisibilité sociale qui ronge pas mal de gens aujourd'hui. Camille envie cette chaise parce qu'elle centralise l'attention que la société lui refuse. Le film pointe aussi du doigt notre tendance à accorder plus d'importance aux objets de luxe qu'aux humains qui nous entourent. Ces thématiques sont fortes, mais elles tournent en boucle. Au bout de trente minutes, le message est passé, et pourtant le scénario continue de rabâcher la même leçon sous différentes formes, ce qui plombe franchement le rythme global.

 

Pour ne rien arranger, une voix off omniprésente vient surcharger le film. Elle commente en permanence les états d'âme des personnages et décrypte ce qui se passe à l'écran, comme si le spectateur ne pouvait pas comprendre tout seul. C'est dommage, car cela désamorce le mystère et la poésie visuelle que la réalisatrice tente de construire. C'est un peu comme si le projet manquait de confiance dans la force de ses propres images. Visuellement, le travail reste pourtant soigné. Les décors épurés et les compositions géométriques renforcent bien cette atmosphère de monde froid où les objets rois écrasent les humains. Certaines scènes ont une vraie gueule, c'est indéniable. Mais cette esthétique léchée ne suffit pas à combler le vide émotionnel. 

 

On regarde l'exercice de style avec curiosité, mais on ne vibre jamais. Au final, By Design s'impose comme une proposition de cinéma hautement atypique. On peut saluer l'audace d'Amanda Kramer d'avoir accouché d'un ovni pareil dans un paysage cinématographique souvent trop lisse. Mais l'originalité ne fait pas tout. Derrière ce délire de femme-chaise se cachent de jolies réflexions sur l'estime de soi, gâchées par un rythme trop léthargique et une narration répétitive. En oscillant constamment entre la satire sociale, le conte philosophique et le délire d'art contemporain, le film ne choisit jamais son camp et rate l'équilibre. Une curiosité à réserver aux cinéphiles avertis en quête d'expériences bizarres.

 

Note : 3/10. En bref, By Design s'impose comme une proposition de cinéma hautement atypique et perchée. On peut saluer l'audace d'Amanda Kramer d'avoir accouché d'un ovni pareil dans un paysage cinématographique souvent trop lisse. Mais l'originalité ne fait pas tout. Derrière ce délire de femme-chaise se cachent de jolies réflexions sur l'estime de soi, gâchées par un rythme trop léthargique et une narration répétitive.

Prochainement en France en SVOD

 

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