22 Juin 2026
Holy Days // De Nathalie Boltt. Avec Judy Davis, Miriam Margolyes et Jacki Weaver.
Le pitch de Holy Days donne franchement envie sur le papier. La réalisatrice Nathalie Boltt nous embarque dans la Nouvelle-Zélande des années 70 avec un trio de vieilles religieuses, un gamin en plein deuil et une cavale totalement improvisée. C'est le genre de concept original qui donne envie de s'installer confortablement avec un bon café. Pourtant, une fois le film lancé, le voyage s'avère un peu plus tranquille et linéaire que prévu. Tout commence dans un petit couvent isolé qui a clairement connu des jours meilleurs. C’est là que vivent nos trois dernières sœurs.
Trois nonnes âgées et excentriques prennent la route à la recherche de miracles.
Sœur Agnes, jouée par la super Judy Davis, gère la baraque avec une poigne de fer mais on sent qu'elle fatigue. Sœur Mary Clare, campée par Jacki Weaver, reste plus en retrait, effacée par une existence qui ne lui a pas laissé beaucoup d'espace pour s'exprimer. Enfin, Sœur Luke, interprétée par Miriam Margolyes, perd parfois un peu le fil à cause de troubles cognitifs, mais elle compense largement avec un caractère bien trempé et une passion non dissimulée pour la nourriture. Pendant ce temps, le monde moderne continue de tourner sans elles. Un prêtre du coin, qui n'a pas grand-chose de spirituel, s'associe à un évêque beaucoup plus branché business que vie de l'esprit.
Leur plan est simple : revendre le couvent à un promoteur immobilier pour en faire de l'argent. Face à cette menace de se faire virer, les trois sœurs refusent de se laisser faire. Elles décident de prendre la fuite sur un coup de tête, lançant un road trip qui va vite devenir incontrôlable. C'est sur la route qu'elles tombent sur Brian, un gamin d'une dizaine d'années joué par Elijah Tamati. Le petit vit une période super rude depuis le décès de sa mère, et ça ne se passe pas très bien à la maison avec la nouvelle compagne de son père. Le couvent roulant de nos religieuses devient pour lui un vrai refuge, un espace safe où il peut enfin sortir tout ce qu'il garde sur le cœur. Ce point de départ fonctionne super bien.
Cette rencontre fortuite entre un enfant blessé par la vie et trois femmes âgées que la société a déjà mises au rebut crée une vraie étincelle. Le film montre avec justesse comment ces personnages, tous mis de côté à leur manière, finissent par se serrer les coudes et par créer un lien unique. Le problème, c'est que Holy Days cherche constamment à maintenir un humour doux et familial. Le film essaie de faire rire en jouant sur le décalage entre ces bonnes sœurs et la vie moderne, quand elles doivent conduire, négocier ou improviser des solutions avec leur logique d'un autre temps. Mais les situations manquent un peu de folie et reposent souvent sur des ficelles un peu grosses ou des quiproquos assez classiques.
On sent que la réalisation n'a pas voulu prendre de risques, ce qui rend certaines scènes un peu mécaniques, presque forcées pour décrocher un sourire. Le voyage à travers les paysages magnifiques de Nouvelle-Zélande donne du rythme à l'histoire. Les escales s'enchaînent pour faire grandir les personnages. Le film tente même une sortie de route poétique avec une tempête de neige un peu irréelle, mais la mayonnaise ne prend pas complètement, comme si le scénario n'osait pas aller au bout de son grain de folie. Heureusement, le casting fait un boulot formidable et sauve le film de l'ennui. Judy Davis apporte une vraie classe à Sœur Agnes sans jamais en faire trop.
Jacki Weaver est hyper touchante dans ses silences, transmettant une foule d'émotions sans dire un mot. Miriam Margolyes est fidèle à elle-même, apportant un vent de fraîcheur et une imprévisibilité totale qui bouscule agréablement l'ambiance rigide du cadre religieux. Le jeune Elijah Tamati est lui aussi d'une grande justesse, tout en retenue et en fragilité. Derrière la comédie, le film effleure des sujets profonds comme la vieillesse, la solitude et le sentiment d'inutilité quand on vieillit dans un monde qui va trop vite. Le couvent devient une belle métaphore de ces vies qu'on oublie mais qui tiennent debout par la seule force de l'attachement humain. Malheureusement, le script choisit de survoler ces thèmes pour revenir un peu trop vite à sa ligne de conduite de comédie sage.
Note : 4.5/10. En bref, Holy Days reste coincé entre deux chaises, pas assez mordant pour être une vraie comédie marquante, et pas assez poussé pour être un grand drame émouvant. C'est un joli moment de cinéma, humain et chaleureux, parfait si vous aimez les histoires de complicité intergénérationnelle. Mais si vous cherchiez un road trip déjanté ou une satire piquante, vous risquez de trouver le voyage un peu trop tranquille.
Prochainement en France en SVOD
Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog