5 Juin 2026
Kraken // De Pål Øie. Avec Sara Khorami, Mikkel Bratt Silset et Ingvild Holthe Bygdnes.
Quand on lance un film qui s'appelle Kraken, on s'attend forcément à du lourd. On imagine déjà les tentacules géants, les navires broyés et cette ambiance poisseuse des grands fonds qui fait frissonner. Sur le papier, ce thriller fantastique norvégien avait de sacrés arguments pour plaire aux fans de cinéma de genre. Prenez le décor grandiose des fjords, ajoutez une biologiste marine qui débarque pour enquêter sur des trucs bizarres, saupoudrez le tout avec la légende la plus célèbre du folklore scandinave, et vous obtenez la recette parfaite pour passer une super soirée. En tout cas, c’est ce que j’espérais en m'installant devant mon écran.
Johanne, une biologiste marine effectue des recherches sur une ferme piscicole à Vangsnes, une communauté rurale située au bord du fjord. Bientôt, elle est confrontée à plusieurs événements étranges.
Malheureusement, la douche est plutôt froide. Kraken fait partie de ces films qui partent d'un concept ultra séduisant mais qui n'arrivent jamais à en faire quelque chose de palpitant. Le scénario nous parachute aux côtés de Johanne Berg. Cette scientifique est envoyée en urgence dans le Sognefjord pour comprendre pourquoi les poissons ont déserté le coin du jour au lendemain. Assez vite, ses soupçons se portent sur une grosse ferme piscicole locale. Le réalisateur essaie d'ailleurs de glisser un message écolo sur les dérives de l'élevage intensif et le ravage de l'homme sur la nature. C'est une intention louable, mais cette fibre écologique reste désespérément en surface.
Le film effleure le sujet sans jamais creuser, l’utilisant juste comme un prétexte pour lancer la machine. Et puis, soyons honnêtes, le suspense ne tient pas bien longtemps. Quand un long-métrage s'appelle Kraken, on sait pertinemment que les poissons ne se sont pas volatilisés à cause d'un simple problème d'alimentation pour saumons. On devine la trajectoire de l'histoire dès les vingt premières minutes, ce qui gâche un peu le plaisir de l'enquête. Le vrai point noir du film, c'est son rythme. L'introduction s'éternise sur des plombes et la tension refuse obstinément de monter. Le réalisateur tente de nous injecter quelques micro-doses de mystère avec des ombres sous l'eau ou des bruits sourds venus des profondeurs, mais l'ambiance reste plate.
On attend le déclic, le moment où le film va enfin passer la seconde, mais cette étincelle n'arrive jamais. Une telle lenteur peut fonctionner au cinéma, à condition qu'elle serve à installer une atmosphère lourde ou à nous attacher aux personnages. Ici, rien de tout ça ne prend. Les protagonistes manquent cruellement de relief et leurs relations semblent à peine esquissées. Les scénaristes ont essayé d'intégrer un drame familial pour donner un peu de cœur au récit, mais l'alchimie ne prend pas. Quand le danger frappe et que les drames s'enchaînent, on reste totalement de marbre parce que le film n'a jamais pris le temps de nous faire aimer ces gens. On regarde l'écran de manière passive, en guettant surtout la montre.
C’est là que pointe la vraie frustration. Pendant plus d'une heure, Kraken nous promet un spectacle dantesque. On prend notre mal en patience en se disant que l'attente en vaudra la chandelle et que le final va tout exploser. Quelle déception quand la fameuse bête pointe enfin le bout de son nez. Elle doit apparaître à tout casser cinq minutes sur toute la durée du film. C'est un choix hyper frustrant. Certains réalisateurs de films de monstres excellent dans l'art de cacher la créature pour faire grimper la paranoïa, mais ici, on a plutôt l'impression que la production a caché le monstre pour économiser sur le budget des effets spéciaux.
Pourtant, le look de la bestiole n'est pas raté. Ses rares apparitions possèdent un petit côté Lovecraft mélangé aux légendes nordiques qui fonctionne plutôt bien. C'est le traitement qui pèche. Les effets visuels sont d'ailleurs très inégaux. Si certains plans maritimes s'en sortent dignement, d'autres séquences piquent franchement les yeux avec des incrustations numériques grossières qui brisent instantanément l'immersion. La dernière partie essaie de sauver les meubles en accélérant le tempo, mais c'est trop tard. Les scènes d'action manquent de punch et on ne ressent jamais le moindre sentiment de danger face à ce monstre pourtant censé être gigantesque. Pire encore, l'écriture devient totalement incohérente sur la fin.
Le comportement du Kraken change d'une scène à l'autre sans aucune logique, simplement pour arranger le scénario. Le film laisse aussi plusieurs intrigues secondaires sur le carreau, abandonnant des pistes prometteuses sans prendre la peine de leur donner une conclusion décente. Le dénouement tente de jouer la carte de l'émotion mais tombe complètement à plat. On se retrouve face à un projet qui a le cul entre deux chaises, hésitant constamment entre le drame intime, le thriller environnemental et le pur film de monstre, sans jamais exceller nulle part. Pour les amateurs de gros divertissement et de créatures géantes, la pilule va être difficile à avaler. Kraken se résume malheureusement à un énorme gâchis de potentiel.
Note : 3/10. En bref, malgré la beauté brute des paysages norvégiens, le film s'avère trop timide, trop mou et s'oublie aussitôt le générique de fin terminé. Une plongée dans les abysses qui manque cruellement de souffle.
Sorti le 5 juin 2026 directement sur Paramount+
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