8 Juin 2026
Le Mondial de Martín / México 86 // De Gabriel Ripstein. Avec Diego Luna, Karla Souza et Alvaro Guerrero.
Quand on lance un film sur la Coupe du monde de foot, on s'attend presque toujours à la même recette. On veut voir des crampons, des passes millimétrées, des légendes du ballon rond et des stades en délire qui nous donnent des frissons. Pourtant, avec Le Mondial de Martín, disponible sous le titre original México 86, le réalisateur Gabriel Ripstein prend tout le monde à contre-pied. Ici, le football sert de moteur à l'histoire, mais vous ne verrez jamais le moindre match à l'écran. Ce qui passionne le cinéaste, ce ne sont pas les exploits sportifs, ce sont les réunions secrètes, les poignées de mains hypocrites et les coups de pression qui se trament dans l'ombre, bien loin des pelouses.
La candidature improbable du Mexique pour accueillir la Coupe du monde de 1986, un exploit audacieux et contre toute attente qui n'a été rendu possible que grâce à l'ingéniosité pure des Mexicains.
Le résultat donne un long-métrage assez déroutant. C'est le genre d'œuvre qui va bousculer les habitudes des passionnés de sport, mais aussi déstabiliser ceux qui s'attendaient à une comédie légère et facile d'accès. Pour comprendre l'histoire, il faut suivre Martín de la Torre, un petit employé de la fédération mexicaine de football. On est loin du dirigeant charismatique ou du grand patron respecté. Martín est plutôt le gars discret que personne ne calcule vraiment, un homme qui galère à exister au milieu de requins politiques bien plus puissants et installés que lui. Tout bascule lorsque la Colombie baisse les bras. Rongée par une crise économique et des tensions politiques ingérables, elle renonce à organiser la Coupe du monde 1986.
Pour Martín, c’est le moment ou jamais. Il est persuadé que le Mexique a toutes ses chances pour récupérer l'événement au vol. Il se lance alors dans une campagne folle, extrêmement risquée, pour convaincre les grands pontes du football mondial que son pays est la solution idéale. Le scénario plonge alors tête la première dans les coulisses d’une guerre diplomatique intense. Chaque voix se négocie, chaque vote compte. L’intrigue avance au rythme des rendez-vous secrets, des alliances d'un jour et des trahisons du lendemain. En choisissant cet angle, le film réussit à surprendre. Il nous rappelle de manière très concrète que les plus grandes compétitions de la planète ne se décident pas grâce au talent des joueurs, mais d'abord à l’intérieur de bureaux climatisés et de salons d’hôtels feutrés.
Si le film tient debout, c'est en grande partie grâce à la performance de Diego Luna. L’acteur incarne un personnage complexe, qu'on a parfois beaucoup de mal à apprécier, mais qui reste fascinant à observer du début à la fin. Martín n'a rien du héros parfait ou du sauveur idéal. C’est un homme qui sait flirter avec les limites, qui n'hésite pas à manipuler son monde et qui fait passer ses ambitions personnelles bien avant ses valeurs morales. La grande force du réalisateur est de ne jamais chercher à excuser son personnage ou à le rendre artificiellement héroïque. Ses failles et ses contradictions sont montrées de manière très brute. Diego Luna réussit le tour de force de rendre ce magouilleur attachant.
Derrière son costume et son assurance de façade, on devine ses doutes profonds, ses frustrations accumulées et une obsession presque maladive de la réussite. Cette nuance évite au film de tomber dans un récit purement administratif et mécanique. Le Mondial de Martín s'amuse beaucoup avec le ton de la satire. Les dirigeants du football mondial y sont dépeints comme des hommes d'affaires froids, bien plus préoccupés par leur propre niveau d'influence et par l'argent que par la beauté du sport. Plusieurs scènes capturent parfaitement le ridicule de ces négociations secrètes, où des hommes en costume défendent des intérêts purement égoïstes tout en tenant des discours officiels lisses et impeccables face aux caméras.
Le long-métrage démontre que l'attribution d'un tel événement est un immense jeu de poker où se mélangent la géopolitique, l'économie et la stratégie de communication d'un État. Sous ses faux airs de comédie grinçante, le récit aborde des zones beaucoup plus sombres, comme la corruption généralisée et les petits arrangements financiers. Derrière les sourires de façade des diplomates se cachent des calculs financiers peu glorieux. C'est dommage que le scénario effleure parfois ces sujets sans aller encore plus loin dans la noirceur, car cela donne un vrai relief à l'ensemble. Visuellement, le film est particulièrement soigné. La direction artistique évite le piège de la nostalgie facile ou des couleurs trop criardes.
Les décors, les costumes et les objets d'époque nous replongent immédiatement dans le Mexique des années 1980 avec beaucoup de réalisme. Cette ambiance visuelle forte donne une vraie personnalité au film. Un événement historique majeur vient d'ailleurs bousculer le récit : le terrible tremblement de terre de 1985. Cette tragédie nationale s'invite au cœur des discussions concernant la candidature du pays pour la Coupe du monde. À travers ce drame, le film pose une question morale passionnante. Jusqu'où peut-on pousser l'ambition politique quand on est confronté à une détresse humaine aussi massive ? Les réactions de Martín face à cette crise confirment toute l'ambiguïté de son personnage.
Son amour pour son pays est réel, mais il reste constamment pollué par ses intérêts personnels et sa quête de gloire. Malgré toutes ses bonnes idées, Le Mondial de Martín souffre de quelques longueurs. Le scénario enchaîne les discussions stratégiques et les réunions à huis clos. Si ces scènes apportent une vraie crédibilité historique, elles finissent par alourdir le rythme global et ralentissent l'action. Par moments, l'enchaînement des séquences manque de clarté, donnant l'impression que le réalisateur a voulu condenser trop d'événements historiques en un minimum de temps, au risque d'égarer une partie du public en cours de route. De plus, les personnages secondaires manquent cruellement de développement.
La plupart d’entre eux n'existent que pour représenter une institution ou un obstacle politique, sans jamais devenir de vrais individus avec une âme. Même constat pour la vie privée de Martín, qui passe totalement au second plan. On comprend bien que sa trajectoire personnelle sert à illustrer les sacrifices demandés par son ambition dévorante, mais cette partie de sa vie ne bénéficie jamais du même soin que les intrigues de pouvoir. Même si le rythme s'essouffle parfois et que certains personnages secondaires restent trop superficiels, le film s'en sort bien grâce au talent de Diego Luna et à l'originalité de son sujet. C'est une proposition de cinéma intéressante, qui choisit de regarder ce qui se passe avant le coup d'envoi.
C'est une façon originale d'explorer l'histoire du sport professionnel, avec ses zones d'ombre et ses négociations secrètes. Sans être un chef-d'œuvre absolu, Le Mondial de Martín offre un point de vue pertinent et nous rappelle qu'avant chaque grand moment d'histoire sportive, une autre partie, beaucoup moins propre, s'est jouée dans l'ombre.
Note : 5/10. En bref, Le Mondial de Martín est un film qu'il faut regarder en sachant exactement où l'on met les pieds. Si vous espérez vibrer devant les exploits de Maradona ou revivre l'effervescence populaire de 1986, vous risquez de trouver le temps long. Le football n'est qu'un prétexte pour raconter une histoire de pouvoir, de compromis et de manipulation.
Sorti le 5 juin 2026 directement sur Netflix
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