1 Juin 2026
Miss You, Love You // De Jim Rash. Avec Allison Janney, Andrew Rannells et Bonnie Hunt.
Quand on lance Miss You, Love You, on comprend vite qu'on ne va pas assister à un blockbuster rempli de rebondissements toutes les dix minutes. Le film s'affiche comme une comédie dramatique sur le deuil, mais c'est surtout l'histoire d'une rencontre improbable entre deux personnes que tout oppose. Derrière un pitch assez simple, le réalisateur nous parle de la perte d'un proche, des non-dits familiaux, des regrets et de toutes ces petites blessures intérieures qui continuent de faire mal longtemps après un drame. Ce genre de cinéma se fait rare de nos jours. Pas d'effets spéciaux, pas d'action, pas de fioritures visuelles.
Une femme dont le mari est décédé doit organiser les funérailles. Elle demande de l'aide auprès de son fils mais celui-ci refuse préférant envoyer son assistant personnel pour l'aider. La veuve se retrouve à faire son deuil en présence d'un parfait étranger.
Ici, tout repose sur l'humain, les conversations et le jeu des acteurs. C'est un parti pris risqué qui ne plaira pas à tout le monde, mais le film possède de vraies qualités qui méritent qu'on s'y attarde. L'histoire commence avec Diane, une femme complètement vidée par la mort de son mari, emporté par une longue maladie. Alors qu'elle traverse cette épreuve, son fils lui fait faux bond, incapable de venir l'aider à organiser les obsèques. C'est Jamie, l'assistant de ce dernier, qui débarque à sa place pour gérer la paperasse et les préparatifs du quotidien. Leur première rencontre donne tout de suite le ton. Diane est en colère contre la terre entière, piquante, parfois franchement agressive.
Face à elle, Jamie encaisse et essaie de garder son calme malgré les attaques gratuites. Cette tension permanente sert de carburant au récit. Au départ, on se demande bien comment ces deux-là vont réussir à tenir plus de cinq minutes dans la même pièce. Et puis, au fil des discussions, des petits secrets partagés et des baisses de garde, une connexion étrange mais sincère commence à se créer. Il faut prévenir les spectateurs : Miss You, Love You parle beaucoup. C'est un film bavard où l'essentiel de l'action consiste à regarder deux êtres humains se confronter, s'apprivoiser et essayer de comprendre ce qui les lie. Le piège aurait été de tomber dans l'ennui total.
Heureusement, l'écriture s'en sort bien grâce à des dialogues qui sonnent juste. Les répliques ne cherchent pas à faire du spectacle ou à être faussement poétiques. Elles ressemblent simplement aux vraies conversations qu'on peut avoir quand on est à bout de nerfs et que les émotions débordent. Le scénario brasse des thèmes universels comme la solitude, les familles dysfonctionnelles et les attentes déçues. La grande force du film est de ne pas chercher à rendre ses personnages parfaits. Diane se montre souvent injuste, voire épuisante pour son entourage. Jamie, de son côté, paraît parfois trop mou ou maladroit. Cette authenticité fait du bien, on évite le mélo hollywoodien classique.
Si vous devez regarder ce film pour une seule raison, c'est pour la performance d'Allison Janney. L'actrice est tout simplement immense. Elle passe en un claquement de doigts d'une réplique cinglante à un moment de pure vulnérabilité qui brise le cœur. Diane n'est pas juste une veuve qui pleure, c'est une femme complexe, entière, qui tente de ne pas sombrer. Allison Janney la rend humaine et touchante, même quand son comportement devient difficile à accepter. À ses côtés, Andrew Rannells ne démérite pas. Son personnage semble un peu lisse au début, presque trop gentil pour être honnête.
Mais il gagne en épaisseur au fil des minutes et finit par révéler ses propres fêlures. La complicité qui s'installe entre les deux comédiens devient rapidement le véritable moteur de toute l'histoire. Côté réalisation, le choix est clairement celui de la sobriété. Par moments, on a presque l'impression de regarder une pièce de théâtre filmée. Ce manque d'ambition visuelle pourra bloquer certains cinéphiles qui trouveront la caméra un peu trop statique. Pourtant, ce dépouillement colle bien au sujet. La mise en scène préfère capter les regards, les silences pesants et les expressions des visages plutôt que de multiplier les effets de style. De plus, le décor du Nouveau-Mexique apporte une vraie touche d'ambiance.
Les grands paysages désertiques et un peu vides contrastent joliment avec le trop-plein d'émotions des personnages, ajoutant une douce mélancolie à l'ensemble. L'émotion s'installe d'ailleurs de manière très progressive. Le réalisateur refuse de forcer les larmes à coups de violons ou de scènes tragiques surjouées. Le film prend son temps, pose ses pions. Les révélations finales ne changent pas la face du monde, mais elles touchent juste parce qu'elles naissent d'une accumulation de petits détails du quotidien. Cette retenue permet d'esquiver les clichés habituels du film de deuil. Les passages qui évoquent la fatigue d'avoir accompagné un malade pendant des années ou la culpabilité d'être encore en vie sont écrits avec une grande justesse.
Tout n'est pas parfait pour autant, et le principal point noir reste le rythme. Si vous aimez les histoires rythmées, vous risquez de trouver le temps long. Certaines scènes s'étirent inutilement et quelques tunnels de dialogues auraient mérité un bon coup de ciseau au montage. L'aspect théâtral de l'ensemble est parfois trop lourd, et on n'oublie jamais vraiment qu'on est face à un dispositif très écrit, très fermé. Cette proposition limite forcément l'accès du film au grand public.
Note : 6/10. En bref, Miss You, Love You reste un projet modeste mais profondément sincère. Le film ne révolutionne pas le genre du drame familial, mais il s'appuie sur une belle écriture et un duo d'acteurs totalement investis. Le rythme assez lent et la forte présence des dialogues vont laisser du monde sur le côté. Mais si vous aimez les portraits de personnages cabossés et les drames intimistes, vous devriez apprécier cette parenthèse. Sans chercher à en faire trop, le film réussit là où de grosses machines échouent souvent : capter une vraie vérité humaine.
Sorti le 29 mai 2026 directement sur HBO max
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