Critique Ciné : Saccharine (2026)

Critique Ciné : Saccharine (2026)

Saccharine // De Natalie Erika James. Avec Midori Francis, Danielle Macdonald et Madeleine Madden.

 

Avec Saccharine, la réalisatrice Natalie Erika James s'attaque à un poison bien moderne : notre obsession collective pour le corps parfait et les dérives flippantes qui vont avec. Sous ses airs de film d'horreur surnaturel pur et dur, ce long-métrage creuse en fait le terrain des troubles du comportement alimentaire, de la pression sociale et du désamour de soi. Sur le papier, l'idée est hyper percutante et franchement glauque. À l'écran, le résultat s'avère un poil plus mitigé, même si l'expérience ne laisse personne indifférent. Le point de départ accroche tout de suite. On suit Hana, une étudiante en médecine qui cherche désespérément à perdre du poids rapidement. 

 

Une étudiante en médecine mal dans son corps se met à consommer une étrange gélule pour perdre du poids, libérant une force surnaturelle qui envahit de plus en plus son quotidien.

 

Elle finit par dégoter de mystérieuses pilules à base de cendres humaines. Au début, le miracle opère, la balance baisse. Mais très vite, ce remède miracle vrille au cauchemar absolu et commence à transformer son quotidien en film de monstre. Ce qui marche instantanément, c'est le réalisme du point de départ. À une époque où les flux Instagram et TikTok débordent de méthodes miracles pour maigrir et de compléments alimentaires douteux, le scénario sonne presque vrai, malgré sa grosse touche de fantastique. C'est justement parce que l'histoire flirte avec notre réalité que certaines scènes mettent un énorme coup au moral. Le film réussit à installer une ambiance lourde, poisseuse, où le moindre repas devient une source d'angoisse pure. 

 

Les moments passés à table ou face à la nourriture s'avèrent hypnotiques et franchement dérangeants. Natalie Erika James filme les matières organiques, les textures de la peau, les corps et les dissections en gros plans serrés. Cela crée un malaise permanent qui donne au film sa vraie signature visuelle. Dans le rôle principal, Midori Francis porte clairement le long-métrage sur ses épaules. Son jeu retranscrit parfaitement la lente descente aux enfers de son personnage, coincé entre le soulagement du début, l'addiction vicieuse et la destruction physique finale. Ce qui est intéressant, c'est que Hana n'est pas une victime parfaite ou totalement innocente. 

 

Elle fait de mauvais choix, se montre égoïste, et cette ambiguïté évite de tomber dans un portrait trop simple ou moralisateur. La mise en scène joue énormément sur les reflets, les miroirs et le regard des autres. Les influenceurs fitness et la pression des réseaux sociaux deviennent des monstres invisibles qui bouffent l'héroïne de l'intérieur. Transformer cette anxiété moderne en une véritable malédiction de cinéma est une super idée qui donne une vraie originalité au projet. L'atmosphère globale reste la plus grande force de Saccharine. On est loin des films d'horreur basiques qui enchaînent les jump scares prévisibles pour faire sauter le spectateur sur son siège. 

 

Ici, la réalisatrice préfère distiller une anoisse diffuse, une présence invisible mais étouffante. La menace est avant tout psychologique, ce qui rend le visionnage beaucoup plus éprouvant sur la durée. Visuellement, le travail sur la lumière, les couleurs et les matières laisse de vraies images en tête après le générique. Les effets spéciaux traditionnels apportent un côté très organique et charnel aux scènes de transformation, sans que l'on ait l'impression de voir du gore gratuit juste pour choquer le public. Le problème, c'est que le scénario finit par s'emmêler les pinceaux. Après une première heure hyper solide, le film essaie de courir trop de lièvres à la fois. 

 

Ça parle de TCA, de grossophobie, de traumatismes familiaux, de quête d'identité, de désir sexuel et d'addiction aux écrans. À force de vouloir tout traiter, le récit s'éparpille un peu et perd de sa force de frappe. Le rythme en prend un coup, avec pas mal de longueurs au milieu du film. Plusieurs situations se répètent sans vraiment faire avancer le schmilblick, et on sent que l'intrigue fait du surplace. Un coup de canif dans le montage aurait permis de garder la tension intacte jusqu'au bout. De plus, certaines métaphores visuelles deviennent un peu floues et contredisent presque le message féministe ou critique que le film essaie de faire passer. 

 

La manière de filmer certains corps peut mettre mal à l'aise pour de mauvaises raisons, et cette ambiguïté risque de diviser pas mal de monde à la sortie de la salle. On pense aussi inévitablement à d'autres œuvres récentes du cinéma de genre qui explorent le body horror psychologique. Même si Saccharine ne copie personne directement, il avance sur des sentiers déjà bien balisés par le cinéma d'horreur contemporain. Heureusement, le film retrouve sa propre voix dès qu'il embrasse totalement son côté fantastique et sorcellerie moderne. La dernière ligne droite risque d'ailleurs de laisser pas mal de spectateurs sur leur faim. Les scénaristes ont privilégié des twists pour surprendre le public plutôt que de donner une vraie conclusion logique et satisfaisante à la trajectoire de Hana, ce qui gâche un peu la montée en puissance finale.

 

Note : 6/10. En bref, Saccharine reste une proposition de cinéma super intrigante, portée par un concept fort et une ambiance poisseuse à souhait. La performance de Midori Francis est impeccable et la volonté de l'équipe de l'utiliser pour parler de nos névroses actuelles est louable. Dommage que le film soit un peu trop lourd dans son écriture et inégal dans son rythme pour devenir un classique instantané. C'est imparfait, mais le voyage visuel vaut le détour pour les amateurs de cauchemars organiques et d'horreur psychologique contemporaine.

Sorti le 3 juin 2026 au cinéma

 

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