20 Juin 2026
The Plastic Men // De Samuel Gonzalez Jr. Avec James Preston, Aaron Dalla Villa et William Fichtner.
Avec The Plastic Men, le réalisateur Samuel Gonzalez Jr. prend le contre-pied du film de guerre classique. Pas de grandes batailles épiques ici, mais une plongée intime et étouffante dans la tête d'un vétéran du Vietnam. Derrière son look de thriller psychologique qui flirte parfois avec l'épouvante, ce long-métrage s'intéresse surtout aux vraies cicatrices, celles qu'on ne voit pas et qui collent à la peau bien après le retour au pays. Le film s'inspire d'une histoire vraie et suit le quotidien de Jonathan Teller. Pour cet ancien soldat, la vie de tous les jours est devenue un terrain de mine mental.
Un vétéran du Vietnam souffrant de culpabilité et de paranoïa décide de se suicider, mais alors qu'il peine à accepter son choix et la réalité, une rencontre fortuite change tout.
Dès le départ, on ressent une ambiance bizarre, presque trop tranquille, qui cherche à nous perdre. Mais cette accalmie ne dure pas. Très vite, les hallucinations, les crises de paranoïa et les souvenirs en pagaille s'invitent à l'écran et bousculent tout sur leur passage. Ce qui frappe le plus dans The Plastic Men, c'est justement sa façon de traiter le syndrome de stress post-traumatique. La plupart des réalisateurs qui s'attaquent au Vietnam choisissent de filmer la jungle et les explosions. Samuel Gonzalez Jr., lui, préfère filmer l'après. Les combats n'apparaissent quasiment jamais en direct. Ils reviennent plutôt par flashs, sous la forme de visions flippantes qui bouffent littéralement le présent de Jonathan.
Cette mise en scène nous place directement au même niveau que le personnage. On en vient à douter de tout, incapable de démêler le vrai du faux. Plusieurs fois, on réalise après coup qu'une scène entière s'est jouée uniquement dans l'esprit malade du héros. Ce jeu permanent sur la perception rend le visionnage inconfortable, mais terriblement efficace pour faire ressentir la détresse de ce survivant. Dans le rôle principal, James Preston fait un boulot remarquable. Il n'a pas besoin de hurler ou de se lancer dans de grands monologues pour faire passer sa douleur. Tout passe par son regard éteint, ses silences pesants et sa posture d'homme épuisé, complètement dépassé par ses propres démons.
Il ne cherche pas à faire de son personnage un héros parfait ou une victime larmoyante. C'est juste un type brisé qui fait ce qu'il peut pour ne pas sombrer. À ses côtés, Aaron Dalla Villa s'en sort très bien en incarnant un autre vétéran complètement instable. Il fonctionne un peu comme le double maléfique de Jonathan, matérialisant ses pensées les plus sombres et injectant une sacrée dose de tension à chaque apparition. La voix off de William Fichtner permet quant à elle de garder le fil au milieu de cette narration qui saute sans arrêt d'une époque à l'autre Le réalisateur sait visiblement de quoi il parle puisqu'il est lui-même un ancien militaire. On sent que le projet lui tient à cœur et cette sincérité transpire à l'écran.
Visuellement, le film choisit des couleurs froides, presque vidées de leur éclat, et des plans très serrés qui renforcent l'impression d'étouffement. Pour imager les crises de Jonathan, Gonzalez Jr. utilise carrément les codes du cinéma d'horreur, entre projections sanglantes et visions cauchemardesques. Tout n'est pas irréprochable pour autant. Le film souffre de vrais coups de mou, surtout au milieu de l'histoire. Le montage manque parfois de fluidité, et les transitions entre le passé et le présent s'avèrent parfois tellement abruptes qu'elles finissent par casser le rythme de la narration. L'origine du scénario reste l'un des points les plus marquants. L'intrigue découle d'une petite annonce bien réelle, postée des années après la guerre par un ancien combattant.
Ce dernier cherchait à retrouver une inconnue qui l'avait empêché de mettre fin à ses jours. Cette anecdote apporte une vraie lueur d'espoir au milieu d'une ambiance globale assez lourde. Elle rappelle que même dans le noir le plus complet, une simple rencontre peut tout changer. Le titre du film, The Plastic Men, résume d'ailleurs parfaitement le message social du long-métrage. Il renvoie directement au sentiment d'abandon de ces soldats, traités comme de vulgaires petits soldats en plastique qu'on utilise pour la bataille avant de les jeter au fond d'un carton. Le film montre la dure réalité du retour : les cercles de parole, la solitude et la sensation d'évoluer dans un monde qui a tourné la page sans vous attendre.
L'utilisation du cinéma de genre pour illustrer le traumatisme est une excellente idée, et la performance de James Preston vaut le détour. Si vous aimez les drames psychologiques profonds et le cinéma indépendant qui ose des choses, je vous conseille de lui donner sa chance. C'est un voyage marquant sur la culpabilité et sur ces fantômes qui refusent de nous lâcher.
Note : 6/10. En bref, The Plastic Men n'est clairement pas un divertissement pop-corn facile d'accès. Son rythme saccadé et sa construction éclatée demandent un vrai effort d'attention. Mais malgré ses petits ratés techniques, c'est une œuvre touchante et honnête.
Sorti le 19 mai 2026 directement sur Plex
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