10 Juin 2026
Touched by Eternity (Mūžības skartie) // De Mārcis Lācis. Avec Andris Keišs, Ivars Krasts et Edgars Samītis.
Quand j'ai vu passer l'affiche de Touched by Eternity, ou Mūžības skartie pour les puristes qui aiment la version originale, j'ai tout de suite été intrigué. Un film de vampires qui nous vient tout droit de Lettonie, ça ne court pas les rues. Le pitch laissait espérer un savoureux mélange de philosophie nordique, de comédie bien noire et de spleen existentiel sur l'immortalité. Bref, sur le papier, le projet avait une vraie gueule et un sacré potentiel pour bousculer un genre un peu fatigué. Malheureusement, après visionnage, l'enthousiasme redescend très vite et on se retrouve devant une œuvre qui donne surtout l'impression de chercher sa boussole pendant une heure et demie.
Fatso, autoproclamé expert en cryptomonnaies, est un grincheux d’âge mûr qui gaspille ses journées entre jeux vidéo et vidéos de théories du complot. Obsédé depuis l’enfance par l’idée de la vie éternelle, il expérimente diverses théories farfelues dans l’espoir de devenir immortel, malgré son misérabilisme. Lorsque Egons et Carlos apparaissent inexplicablement devant sa caravane isolée en pleine forêt et lui demandent d’être invités à entrer, ils lui apportent une excellente nouvelle : il a récemment été choisi comme « l’élu ». Jouant sur sa nature de « lâche, passif, asocial et fainéant » qui a tellement dilapidé son humanité que la transition vers l’immortel se ferait pratiquement sans heurt, le sympathique duo lui promet une nouvelle vie, bien plus épanouissante, en tant que vampire.
Je précise tout de suite que je n'ai aucun problème avec le cinéma lent ou contemplatif. J'adore les films qui prennent leur temps, qui installent une vraie atmosphère pesante sans avoir besoin de faire exploser des bagnoles toutes les cinq minutes. Mais ici, le problème est ailleurs. Ce n'est pas la lenteur qui pèse, c'est le manque flagrant d'enjeux qui finit par tuer l'intérêt. L'histoire commence pourtant de manière assez sympa avec Fatso, un pauvre gars solitaire qui vit sa petite routine monotone au fond d'une caravane. Sa vie bascule le jour où une bande de vampires débarque chez lui pour essayer de le recruter. C'est un excellent point de départ.
On imagine déjà plein de pistes cool à explorer sur la tentation de de venir éternel, le rejet du quotidien ou la confrontation entre ce loser magnifique et une communauté nocturne mystérieuse. Le souci, c’est que le scénario passe systématiquement à côté de tout ce qui aurait pu rendre le récit captivant. À la place, le réalisateur préfère enchaîner les plans fixes et les dialogues interminables qui répètent en boucle les mêmes idées. La curiosité du début s'évapore donc en un quart d'heure pour laisser place à un ennui poli. Le film s'est vendu comme une comédie horrifique, mais l'étiquette est franchement trompeuse. Pendant toute la séance, je me suis demandé où étaient cachés les rires et les frissons.
Côté humour, on repassera. Les rares tentatives de vannes reposent sur le côté un peu pathétique des personnages ou sur un absurde qui tombe presque toujours à côté de la plaque. Et pour ce qui est de l'horreur, c'est le calme plat. Il y a bien des vampires à l'écran, deux ou trois morsures timides et quelques gouttes de sang pour la forme, mais le réalisateur choisit une retenue tellement excessive que toute forme de tension dramatique disparaît. À force de vouloir être subtil et inoffensif, le film perd tout son mordant. Le traitement du personnage principal n'aide pas du tout à s'accrocher à l'histoire. Fatso est un homme banal, mou et sans réelles ambitions. C'est un choix d'écriture qui peut totalement fonctionner si le mec vit une transformation interne ou si ses choix deviennent captivants.
Sauf qu'ici, Fatso reste complètement passif d'un bout à l'autre de l'aventure. Son dilemme intérieur manque cruellement d'intensité, ce qui empêche de ressentir la moindre empathie pour lui. C'est d'autant plus frustrant que certains personnages secondaires, notamment chez les vampires, ont un vrai relief et apportent un coup de boost salvateur dès qu'ils apparaissent à l'écran. Malheureusement, dès qu'ils s'en vont pour laisser Fatso errer seul dans ses pensées, le rythme s'effondre totalement. Tout n'est pas à jeter pour autant et je dois reconnaître que le film a de la gueule visuellement. La réalisation possède une identité propre et une vraie personnalité esthétique. Les contrastes visuels entre la caravane miteuse du héros et les rassemblements nocturnes éclairés par des néons rouges sang offrent de superbes tableaux.
On sent qu'il y a un vrai directeur de la photographie derrière la caméra qui sait composer un cadre. Mais une belle image reste une coquille vide si l'histoire n'avance pas. Le film donne parfois l'impression d'être tellement amoureux de sa propre ambiance qu'il en oublie sa mission première, qui reste quand même de raconter quelque chose de prenant. Sous ses airs de fable fantastique, Touched by Eternity essaie de développer une réflexion philosophique sur la solitude, le sens de l'existence et le besoin viscéral d'appartenir à un groupe pour ne pas sombrer. L'intention est louable et j'aime quand le cinéma de genre tant à prendre de la hauteur. Mais le traitement de ces thèmes manque cruellement de punch.
Les scènes introspectives s'étirent sans fin, donnant le sentiment désagréable de tourner en rond et de rabâcher les mêmes concepts sans jamais progresser d'un iota. À plusieurs reprises, le récit donne l'impression de s'arrêter net pour s'auto-regarder le nombril, ruinant la moindre dynamique dramatique qui tentait de s'installer. Au final, ma déception est à la hauteur de l'attente. Ce film letton avait toutes les cartes en main pour offrir une relecture originale et rafraîchissante du mythe du vampire. Au lieu de ça, on assiste à un pur exercice de style rigide qui oublie d'embarquer le spectateur dans son univers. Le rythme est particulièrement laborieux, les touches d'humour tombent à plat, l'horreur est aux abonnés absents et le héros manque de consistance.
Note : 2/10. En bref, malgré une esthétique soignée et des idées séduisantes, le film paraît deux fois plus long qu'il ne l'est en réalité. C'est typiquement le genre d'œuvre où l'on passe son temps à regarder sa montre en espérant un sursaut qui ne vient jamais. Ce visionnage s'est doucement transformée en un moment d'ennui profond, avec le regret persistant de voir un super concept gâché par une mise en scène beaucoup trop molle et contemplative.
Prochainement en France en SVOD
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