Critique Ciné : Una Storia Nera (2026, direct to SVOD)

Critique Ciné : Una Storia Nera (2026, direct to SVOD)

Una Storia Nera // De Leonardo D'Agostini. Avec Laetitia Casta, Andrea Carpenzano et Giordano De Plano.

 

Sur le papier, Una Storia Nera avait vraiment tout pour plaire. Un thriller italien qui plonge en plein cœur d'une affaire de violences conjugales, un meurtre mystérieux, un procès sous haute tension et une vérité qui change de visage à chaque témoignage : honnêtement, c’est le genre de pitch qui me donne immédiatement envie de lancer le film. Malheureusement, malgré un sujet fort et des intentions de départ plutôt cool, le long-métrage de Leonardo D'Agostini s'enlise super vite dans un récit qui n'en finit plus. En fin de compte, je n'en ai retiré qu'une seule impression persistante : un profond ennui. L'histoire nous plonge dans le quotidien de Carla, séparée de son ex-mari Vito après avoir subi des années de maltraitance. 

 

Carla, mère de trois enfants, a subi vingt ans de mauvais traitements de la part de son mari. Elle est arrêtée pour meurtre prémédité, bien qu'elle invoque la légitime défense.

 

À l'occasion de l'anniversaire de leur plus jeune fille, les deux anciens époux se retrouvent pour ce qui devait être une simple réunion de famille. Mais le lendemain, Vito disparaît sans laisser de trace. Lorsque son corps est enfin retrouvé, Carla ne cherche pas à nier l'évidence et reconnaît rapidement les faits. Seulement, elle affirme haut et fort qu'elle a agi en état de légitime défense pour sauver sa peau. Au début, on se dit que ça fonctionne carrément. Ce mélange entre le drame familial lourd, le thriller psychologique et le film de procès avait le potentiel pour nous scotcher à notre siège. Pourtant, le scénario semble complètement oublier une notion de base au cinéma : le rythme.

 

Le plus gros problème du film vient de cette sensation constante de faire du surplace. Les scènes s'enchaînent sans réelle logique de progression, les flashbacks entre le présent et le passé se multiplient jusqu'à plus soif, et les audiences au tribunal s'éternisent. On écoute des témoignages à rallonge, mais concrètement, l'histoire n'avance pas d'un poil. L'intrigue tourne en boucle autour des mêmes arguments pendant de longues minutes, sans jamais apporter ce petit truc en plus qui relancerait la machine. Traiter le sujet des violences conjugales est capital, et c'est une excellente chose que le cinéma s'en empare. Mais ici, l'écriture manque cruellement de finesse et de tension nerveuse. 

 

Très vite, on ne doute plus de rien, ni de la situation, ni des réelles motivations des personnages. Tout le suspense s'évapore dès les premières minutes, ce qui condamne le spectateur à suivre un procès répétitif qui pèse des tonnes sur la dynamique globale du film. En le regardant, on pense forcément à certains thrillers judiciaires modernes qui excellent dans l'art de nous faire douter de tout le monde. Sauf qu'Una Storia Nera n'a ni la maîtrise du suspense de ses modèles, ni leur talent pour installer une vraie ambiguïté morale. Le réalisateur essaie bien d'amener des zones d'ombre, mais il finit toujours par surligner ses intentions avec de gros sabots, ce qui gâche l'effet de surprise.

 

Même les nombreux retours en arrière n'apportent pas la profondeur espérée. Ils se contentent de répéter les mêmes schémas de domination masculine, les mêmes disputes et les mêmes traumatismes, sans jamais enrichir la psychologie des personnages. Plus d'une fois, je me suis dit qu'un bon coup de balai dans le script et un montage plus serré auraient fait un bien fou au résultat final. Heureusement, tout n'est pas à jeter. Laetitia Casta s'en sort très bien et donne tout ce qu'elle peut pour faire exister son personnage, qui joue énormément sur la retenue et le silence. De son côté, Andrea Carpenzano apporte une vraie justesse dans le rôle du fils coincé au milieu de cette ambiance familiale complètement toxique. Son jeu est brut et crédible.

 

Côté mise en scène, le film s'en sort aussi avec les honneurs. Quelques séquences de nuit bien gérées et des cadres soignés collent parfaitement à l'ambiance sombre de l'histoire. L'esthétique globale tient la route, mais une jolie photo ne suffit pas à combler le manque flagrant d'enjeux dramatiques et de rythme. Le souci majeur, c'est que même quand le film tente un coup de poker avec une nouvelle révélation ou une confrontation un peu plus musclée, le soufflé retombe instantanément. Les personnages secondaires manquent d'épaisseur et frôlent parfois la caricature. Pour couronner le tout, pas mal de dialogues sonnent faux, comme s'ils étaient là uniquement pour faire passer un message moralisateur plutôt que pour servir l'histoire de manière naturelle.

 

La longue partie au tribunal résume parfaitement ce fiasco narratif. Au lieu de devenir le cœur battant du suspense, elle étire de manière artificielle une intrigue qui manquait déjà cruellement de jus. On a l'impression d'assister plusieurs fois à la même démonstration, ce qui devient vite lassant. Le réalisateur tente aussi d'explorer l'impact psychologique de ces violences sur les enfants et la façon dont les traumatismes se transmettent de génération en génération. C'est une super idée sur le papier, mais à l'écran, cela reste traité en surface, de façon parfois un peu maladroite. Au bout du compte, Una Storia Nera donne la sensation d'être un projet dont l'idée de départ était bien meilleure que sa réalisation concrète. 

 

Le thème de fond est puissant, les acteurs s'impliquent et la démarche est sincère, mais la sauce ne prend jamais. Impossible de ressentir une vraie émotion ou de s'attacher à ce qui se joue à l'écran. C'est là que réside la vraie frustration. Il y avait largement de quoi signer un thriller psychologique étouffant et un drame humain qui prend aux tripes. À la place, on se retrouve face à un long exposé un peu lourd qui tire sur la corde jusqu'à épuisement du spectateur. 

 

Note : 2/10. En bref, malgré de jolis moments isolés et un casting solide, je retiens surtout un film lent, sans grandes surprises et particulièrement ennuyeux. Comme quoi, avoir un bon concept de base ne garantit pas un bon film, et Una Storia Nera en est la preuve flagrante.

Prochainement en France

 

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