Critique Ciné : On l’appelait Robin des Bois (2026)

Critique Ciné : On l’appelait Robin des Bois (2026)

On l’appelait Robin des Bois // De Michael Sarnoski. Avec Hugh Jackman, Jodie Comer et Bill Skarsgård.

 

Oubliez tout ce que vous savez sur le célèbre voleur de la forêt de Sherwood. Avec On l'appelait Robin des Bois, le réalisateur prend un malin plaisir à piétiner l'imagerie joyeuse du héros en collants verts pour nous plonger dans un drame crépusculaire particulièrement lourd. Ici, pas de banquets festifs, pas de flèches tirées en plein cœur d'une cible pour amuser la galerie, et encore moins de Shérif de Nottingham caricaturale. Cette nouvelle adaptation fait le choix radical de nous montrer un Robin vieillissant, usé par les combats, hanté par ses démons et écrasé par le poids insoutenable de ses propres actes. L'intention de départ est évidente : déconstruire le mythe pour gratter sous le vernis de la légende et découvrir l'homme réel. 

 

Hanté par son passé après une vie de crimes et de violence, Robin des Bois est laissé pour mort à l’issue d’un combat qu’il pensait être le dernier. Recueilli par une femme mystérieuse, il se voit offrir une ultime chance de rédemption…

 

Sur le papier, cette approche psychologique et réaliste s'avère franchement excitante. On se prend à rêver d'un portrait croisé intimiste et brutal, une sorte de version médiévale d'Impitoyable. Malheureusement, si l'idée de base donne envie, l'exécution finale s'avère beaucoup plus laborieuse et laisse un sérieux goût d'inachevé. Pourtant, le film commence fort. Dès l'ouverture, le ton est donné de manière frontale. La mise en scène surprend par une violence graphique assumée et particulièrement brute. Les combats n'ont absolument rien de chorégraphies hollywoodiennes élégantes. C'est sale, c'est lourd, et les corps souffrent à chaque impact. Les blessures s'affichent avec un réalisme cru qui met parfois mal à l'aise, rappelant que l'épée reste une arme de mort. 

 

Cette entrée en matière possède une véritable identité visuelle et pose une ambiance poisseuse qui capte immédiatement l'attention du spectateur. Mais ce dynamisme initial s'essouffle bien trop vite. Passé ce premier choc visuel, le long-métrage change brusquement de trajectoire et ralentit le tempo de manière spectaculaire. L'action pure s'efface presque totalement pour laisser la place à un récit contemplatif, presque léthargique. Le film préfère se concentrer sur les longs silences, les regrets profonds, le besoin obsessionnel de pardon et la quête d'une paix intérieure impossible à dénicher. Ce virage à 180 degrés déstabilise, surtout après une entame aussi nerveuse et prometteuse. 

 

Le scénario fait le pari de privilégier le voyage mental de Robin plutôt que ses compétences à l'arc. Le personnage légendaire devient un vieil homme fatigué, traumatisé par la violence qu'il a lui-même semée tout au long de sa vie. C'est sans conteste l'aspect le plus couillu et le plus original du projet. On ne nous montre pas un héros triomphant, mais un survivant cassé par la guerre. Pour incarner ce Robin au bout du rouleau, Hugh Jackman donne énormément de sa personne. Son interprétation physique et habitée fonctionne à merveille dans les instants les plus calmes, là où un simple regard suffit à traduire l'immense fatigue et les remords qui rongent son personnage. 

 

L'acteur parvient à façonner un protagoniste attachant qui ne cherche plus du tout à redresser les torts de ce monde, mais court simplement après un peu de tranquillité avant la fin. Face à lui, Jodie Comer propose une réplique solide et apporte une vraie consistance à l'écran. Son personnage permet d'approfondir la thématique de la culpabilité collective, même si, malheureusement, l'écriture ne lui donne pas toujours l'espace nécessaire pour exister pleinement. Les relations entre les différents personnages manquent cruellement de développement, ce qui nous empêche de nous attacher totalement à leur destin. Sur le plan purement esthétique, le film est irréprochable. 

 

La caméra capte de somptueux paysages irlandais constamment trempés par la pluie, des forêts étouffées par un brouillard dense et des décors d'une austérité totale qui collent parfaitement à la noirceur du propos. La photographie fait le choix de teintes désaturées, froides et très naturelles, qui accentuent cette impression de fin de règne et de décrépitude. Chaque plan témoigne d'un soin maniaque apporté à la composition de l'image, le metteur en scène recherchant une esthétique d'auteur plutôt qu'une efficacité grand public. Le problème, c'est que cette obsession du beau visuel finit par vampiriser la narration. À force de soigner chaque cadrage, le rythme s'effondre. Après la première demi-heure, l'intrigue donne la douloureuse impression de faire du surplace. 

 

Les répliques se répètent, les situations bégaient et plusieurs scènes semblent s'étirer uniquement pour rallonger la durée du film, sans jamais faire progresser l'histoire ou enrichir la psychologie des personnages. La réflexion sur la façon dont naissent et se déforment les légendes au fil des siècles reste intéressante. Voir Robin devenir le prisonnier volontaire de son propre mythe, incapable de redevenir l'homme simple qu'il était avant que son nom ne soit scandé partout, offre de jolies pistes de réflexion. C'est thématiquement fort, mais cela reste trop souvent au stade de concept théorique plutôt que d'être incarné dans une véritable dynamique narrative. La violence récurrente risque elle aussi de coincer auprès d'une partie du public. 

 

Si elle se justifie au départ pour briser l'idéalisme des récits d'aventures classiques, sa répétition complaisante finit par lasser. À force de montrer des exécutions crues et des corps mutilés, le procédé devient lourdement démonstratif. Un peu plus de suggestion et de retenue aurait certainement conféré plus de force à l'ensemble. En cherchant à construire une trajectoire de rédemption intime, le film passe à côté de l'émotion pure. À cause d'une mise en scène trop froide et distante, on observe le calvaire de Robin avec détachement. L'absence totale du souffle d'aventure qui caractérise habituellement l'univers de Sherwood laissera sur le carreau les spectateurs venus chercher un divertissement généreux. 

 

On ne parle pas ici d'aider les opprimés ou de voler les riches, mais bien de solitude face à la vieillesse. Bien sûr, la dernière partie tente de raccorder les wagons en apportant des réponses narratives bienvenues. Le dénouement éclaire enfin le sens profond du voyage de Robin et donne une cohérence tardive à certains choix du scénario. Mais cela ne suffit pas à balayer l'ennui poli qui s'installe durant le ventre mou du film.

 

Note : 3.5/10. En bref, On l'appelait Robin des Bois se présente comme une œuvre atypique et courageuse, mais bancale. Si la plastique irréprochable, les décors magnifiques et l'implication totale du casting forcent le respect, le manque flagrant de rythme et la lourdeur du récit empêchent le projet de transformer l'essai. Le réalisateur livre une proposition radicale qui saura intriguer les amateurs de drames historiques sombres, mais qui perdra en route tous les amoureux d'aventures épiques.

Sorti le 1er juillet 2026 au cinéma

 

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