Critique Ciné : The Botanist (2026)

Critique Ciné : The Botanist (2026)

The Botanist // De Jing Yi. Avec Ren Zihan, Eramazan Sarhet et Nurdaolet Jalen.

 

Il y a les films qui carburent aux rebondissements et ceux qui prennent le temps de regarder le monde tourner. The Botanist fait clairement partie de la seconde catégorie. Pour son tout premier long-métrage, le réalisateur Yi Jing nous emmène dans les paysages sauvages du Xinjiang, au nord-ouest de la Chine, juste à la frontière du Kazakhstan. Ce n'est pas tant une histoire au sens classique qu'une immersion sensorielle où la nature, la mémoire et les silences comptent bien plus que l'action. Au cœur du récit, on suit Arsin, un gamin kazakh de treize ans qui vit avec sa grand-mère et son frère dans un village paumé. L'école locale est à l'abandon, et les journées filent au rythme du bétail et des virées dans les montagnes. 

 

Dans la région chinoise du Xinjiang, l'amitié magique d'un garçon kazakh avec une fille Han locale s'épanouit dans un monde où plantes et imagination se mêlent.

 

Passionné par la botanique depuis qu'un oncle disparu lui a transmis le virus, Arsin passe ses journées à dénicher des fleurs et des herbes sauvages. Son herbier, c'est un peu sa façon à lui de fixer un monde qu'il sent déjà filer entre ses doigts. L'arrivée de Meiyu, une jeune fille chinoise de son âge, vient rompre ce quotidien bien rodé. Entre les deux ados, une complicité très douce s'installe. Pas de grands discours ni de scènes mélodramatiques : tout passe par des promenades dans les herbes hautes, des jeux partagés et des regards en coin. Cette parenthèse enchantée est d'autant plus touchante qu'on comprend très vite qu'elle sera de courte durée. Ce qui m'a sauté aux yeux dès les premières minutes de The Botanist, c'est son parti pris visuel. 

 

Yi Jing prend son temps et refuse de bousculer son récit. Les dialogues sont rares, laissant une place immense aux plans contemplatifs sur les montagnes, le vent ou un simple geste du quotidien. Si vous aimez les histoires menées à cent à l'heure, vous risquez de trouver le temps long. Mais si vous acceptez de lâcher prise, l'expérience a un charme fou. La photographie est d'ailleurs le gros point fort du film. Les grandes prairies à perte de vue, les collines baignées par la lumière du soir et les rivières glacées composent un tableau presque hors du temps. Le choix d'un format d'image resserré, presque carré, fonctionne très bien : il apporte une vraie intimité tout en soulignant la grandeur des paysages. 

 

Chaque sortie d'Arsin ressemble à un petit voyage où la flore devient un personnage à part entière. Cette attention portée à la nature dépasse le simple joli décor. La botanique permet d'éclairer la psychologie du jeune garçon. Arsin observe les plantes pour essayer de comprendre les hommes : certaines espèces s'adaptent coûte que coûte, d'autres dépérissent quand leur environnement change. Un parallèle évident avec sa propre vie d'adolescent dans une région en pleine mutation. Le film aborde aussi la question des racines et de la mémoire. L'oncle disparu plane sur tout le métrage à travers les récits qu'il a laissés derrière lui. Les légendes locales s'immiscent d'ailleurs régulièrement dans le quotidien, effaçant la frontière entre le réel et la poésie. 

 

Quelques touches d'irréel apparaissent naturellement à l'écran, sans jamais alourdir le propos. En filigrane, Yi Jing capte le tiraillement d'une région prise entre coutumes ancestrales et modernité. Le village vit toujours au rythme des traditions kazakhes, mais le monde moderne s'incruste doucement par les smartphones, la radio ou le départ des jeunes vers la ville. Le frère d'Arsin incarne très bien ce dilemme, tandis que Meiyu représente une vie citadine déjà inaccessible pour Arsin. La bonne idée du réalisateur est de ne jamais transformer son film en tract politique. Il pose son objectif à hauteur d'enfant. Arsin ne comprend pas pourquoi certains adultes voient d'un mauvais œil son amitié avec une fille d'une autre culture. 

 

Pour lui, ces barrières n'ont aucun sens, et c'est cette simplicité qui donne du poids au film. Après, le rythme pourra en bloquer plus d'un. The Botanist avance doucement, parfois trop. À force de vouloir étirer chaque moment et de privilégier l'ambiance, le film accuse quelques coup de mou. Le scénario reste très sobre et les enjeux dramatiques tardent à s'installer. C'est le style qui veut ça, mais cela demande un minimum de patience. L'autre bémol vient de la trame narrative, assez prévisible. Malgré des moments touchants autour de la famille d'Arsin ou du départ inévitable de Meiyu, l'ensemble suit une ligne très droite. On est rarement surpris par les événements. Le film vaut clairement plus pour son atmosphère et ce qu'il dégage que pour ses rebondissements.

 

Enfin, il faut saluer le travail des jeunes comédiens. Le jeune acteur qui joue Arsin apporte une retenue et une curiosité naturelles très attachantes. La relation avec Meiyu fonctionne à merveille grâce à leur spontanéité. On retrouve cette naïveté propre aux premiers émois de l'adolescence, sans que ce soit jamais surjoué.

 

Note : 6.5/10. En bref, The Botanist n'est pas un film spectaculaire, mais une parenthèse poétique et apaisante. Yi Jing signe un premier film contemplatif, sensible aux moindres détails du paysage et de l'enfance. Malgré quelques longueurs et un récit un peu convenu, la balade vaut le détour. C'est une belle méditation sur le temps qui passe, le passage à l'âge adulte et le fait d'accepter que certaines choses (comme les saisons ou les amitiés de vacances) ne sont pas faites pour durer.

Prochainement en France

 

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