Critique Ciné : Evil Dead Burn (2026)

Critique Ciné : Evil Dead Burn (2026)

Evil Dead Burn // De Sébastien Vaniček. Avec Souheila Yacoub, Hunter Doohan et Luciane Buchanan.

 

Quand Sébastien Vaniček a été annoncé aux commandes du nouvel Evil Dead, j'étais franchement curieux de voir le résultat. Après la claque Vermines, confier les clés d'une franchise aussi culte à un réalisateur français avait de quoi exciter tous les amateurs de cinéma de genre. L'univers imaginé par Sam Raimi est un monument du cinéma d'horreur, célèbre pour son cocktail unique de gore, de démons possédés et d'humour noir complètement décalé. Sur le papier, l'association s'annonçait explosive. Une fois dans la salle, le constat est rapide : le cinéaste déborde d'idées et d'énergie, mais son film court tellement vite qu'il en oublie parfois de nous faire trembler.

 

Après l’enterrement de son mari, Alice se rend dans la maison isolée de sa belle-famille pour partager un dernier repas à sa mémoire. Mais la réunion familiale bascule dans l’horreur lorsque ses proches se transforment, l’un après l’autre, en créatures démoniaques. Confrontée à cet enfer, Alice découvre que les vœux prononcés autrefois continuent de la lier à son mari… bien au-delà de la mort.

 

Dès la scène d'ouverture, la couleur est annoncée. Pas de longue mise en place : le sang coule immédiatement et la caméra virevolte dans tous les sens. Là où certains films d'horreur prennent le temps d'installer une ambiance poisseuse et de faire monter l'angoisse doucement, cet Evil Dead Burn choisit de foncer tête baissée dans le chaos. C'est ultra dynamique, mais ce choix se paye cash. En balançant toute sa sauce dès les premières minutes, le récit ne laisse presque aucun répit pour installer une vraie progression dramatique. Côté histoire, on reste sur des bases très familières. 

 

Le scénario reprend scrupuleusement les codes de la saga : un bouquin maudit déniché par erreur, des incantations qu'il ne fallait surtout pas lire à voix haute, et une nouvelle vague de Deadites bien décidés à tout massacrer. La recette est connue sur le bout des doigts, mais elle fait toujours son petit effet quand elle est appliquée avec générosité. Le souci vient plutôt de l'écriture des personnages. Ils sont traités comme de la simple chair à canon, sans grande épaisseur. C'est difficile de vraiment trembler pour eux quand on n'a pas eu le temps de s'y attacher. Seule l'héroïne réussit à s'imposer progressivement au milieu du massacre, gagnant en présence et en poigne à mesure que le carnage s'intensifie. 

 

Ce qui me laisse le plus mitigé, c'est le parti pris de mise en scène. Sébastien Vaniček opte pour une réalisation nerveuse, presque hyperactive. Les gros plans très serrés s'enchaînent sans s'arrêter, le montage tranche chaque plan à toute vitesse et la caméra bouge sans cesse. Ça donne un côté frénétique qui fonctionne bien pour traduire l'urgence, mais ça devient aussi vite fatigant pour les yeux. À force de découper les scènes d'action à la hache, la lisibilité en prend un coup. On a parfois du mal à comprendre où se trouvent les personnages dans la pièce ou d'où vient exactement la menace. Et surtout, la peur au cinéma a besoin de respirations. Pour qu'une séquence d'épouvante fonctionne à 100 %, il faut des moments de calme, de l'attente et du silence. 

 

Quand tout est poussé au maximum pendant une heure et demie, le cerveau s'habitue et la tension finit par retomber. En revanche, là où le film tient toutes ses promesses, c'est sur le gore et les effets spéciaux. Evil Dead Burn est un vrai festin visuel pour les amateurs de charcuterie cinéphile. Le réalisateur ne s'interdit rien et transforme le moindre objet du quotidien en arme improvisée. Une fourchette, une étagère, un bout de bois : chaque recoin du décor devient prétexte à imaginer des mutilations inventives. Les maquillages pratiques et les effets à l'ancienne sont particulièrement réussis. On sent un amour sincère pour le cinéma d'horreur artisanal. Le cinéaste s'offre aussi quelques compositions très travaillées, jouant avec la verticalité et les angles de vue avec une vraie créativité. 

 

Ces fulgurances font plaisir à voir, même si elles se trouvent parfois un peu noyées sous le rythme effréné du montage. L'autre changement marquant concerne le ton. Contrairement aux récents opus qui misaient sur une atmosphère lourde et poisseuse, ce nouvel épisode rebranche la prise de l'humour noir des débuts. Les Deadites redeviennent très bavards, lancent des provocations et le film flirte ouvertement avec la comédie macabre. Ce côté décalé fonctionne par moments et arrache quelques vrais délires. Mais ce choix enlève aussi une grosse partie du caractère effrayant des créatures, qui deviennent presque les acteurs d'un spectacle grand-guignol certes très amusant, mais rarement angoissant.

 

Malgré ces limites, difficile de nier l'énergie communicative du projet. À force d'aller toujours plus loin dans l'excès et le sanglant, le film finit par emporter l'adhésion par sa seule générosité. On est clairement face à une attraction horrifique taillée pour faire du bruit, et pris comme tel, le spectacle offre un moment efficace.

 

Note : 5/10. En bref, Evil Dead Burn est un épisode qui risque de diviser les fans. Sébastien Vaniček prouve son savoir-faire technique et sa passion pour le genre, mais son rythme effréné et son scénario convenu empêchent le film de retrouver le parfait équilibre entre horreur, tension et pure folie. Les amateurs de gore y trouveront leur compte, mais si vous veniez chercher une vraie expérience horrifique capable de vous donner des sueurs froides, le film risque d'oublier l'essentiel : faire peur avant de faire couler le sang.

Sorti le 8 juillet 2026 au cinéma

 

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