5 Août 2026
Hijra // De Shahad Ameen. Avec Baraa Alem, Khairia Nazmi et Nawaf Al-Dhafiri.
Avec Hijra, la réalisatrice saoudienne Shahad Ameen ne signe pas un simple voyage initiatique. Derrière cette traque où une grand-mère et sa petite-fille partent retrouver une adolescente volatilisée, le film propose une vraie immersion dans l'Arabie saoudite du début des années 2000. C'est une réflexion douce-amère sur le poids des traditions, la transmission et les différentes manières de tracer sa propre voie quand on est une femme. Le long-métrage séduit par sa beauté plastique et sa sincérité, même s'il me laisse sur ma faim sur pas mal de points. Tout commence en 2001. Sitti, une grand-mère très à cheval sur les règles, entreprend le grand pèlerinage vers La Mecque avec ses deux petites-filles, Sara et Janna.
Janna, une fille de 12 ans, entreprend un voyage vers La Mecque pour accomplir le Hajj avec sa grand-mère stricte, Sitti, et sa sœur rebelle de 18 ans, Sarah. Mais avant d’atteindre leur destination, Sarah disparaît, obligeant Janna et Sitti à se lancer à sa recherche...
Très vite, les tensions générationnelles éclatent. Sitti incarne l'ancienne école, Sara étouffe et réclame de l'air, tandis que la jeune Janna, douze ans, observe ce bras de fer en cherchant encore où se placer. Le basculement survient quand Sara disparaît pendant une étape. Ce qui ressemble d'abord à une fuite ou un enlèvement pousse Sitti et Janna à reprendre la route pour la retrouver. Pour les conduire à travers le pays, elles engagent Ahmed, un chauffeur pakistanais embarqué malgré lui dans ce périple. Sur le papier, le schéma reste assez classique. On retrouve les rouages habituels du road movie : des rencontres impromptues, des galères d'itinéraire et des personnages qui évoluent au fil des kilomètres. $
Pourtant, Hijra se démarque par une atmosphère particulièrement mélancolique. Une forme de tristesse diffuse traverse chaque plan, comme si tout ce petit monde portait des fardeaux invisibles et de vieilles fêlures. Le cœur du sujet, c'est ce portrait croisé de trois générations de femmes face à l'enfermement. Sitti appartient à cette génération qui a appris à courber le échine pour survivre, intégrant les règles même les plus injustes. Sara, elle, choisit la rupture nette et la fuite. Enfin, Janna tente de faire bifurquer son destin sans tout balayer de son héritage. J'ai trouvé cette dynamique très réussie. La réalisatrice montre bien que la liberté n'a pas le même visage selon l'âge et qu'on peut résister en silence, s'enfuir, ou essayer de faire bouger les lignes de l'intérieur.
Le personnage de la grand-mère gagne d'ailleurs une belle complexité au fil du trajet, s'adoucissant au contact de la plus jeune. Visuellement, le film m'a franchement emballé. La caméra de Shahad Ameen magnifie la diversité des paysages saoudiens. On passe des couleurs éclatantes des villes aux étendues désertiques ocres et brunes, jusqu'à des sommets enneigés qu'on n'a pas du tout l'habitude de voir dans le cinéma de la région. L'Arabie saoudite devient un personnage à part entière, porté par une ambiance sonore riche où se croisent différentes langues et les rituels du Hajj. Autre bonne idée : le personnage d'Ahmed. Ce chauffeur discret apporte une bouffée d'air frais bienvenue. Sa relation avec Janna est touchante, faite de retenue et de bienveillance.
La scène où il chantonne une version locale de No Woman, No Cry offre une parenthèse de douceur bienvenue dans un récit souvent très grave. De plus, son statut de travailleur immigré soumis au système de parrainage fait un écho discret mais malin à la condition des femmes. C'est là que le bas blesse : le film peine à aller au bout de son potentiel. Les personnages restent parfois trop flous. Sara, qui est pourtant le moteur de toute cette course-poursuite, n'existe presque que par son absence. C'est dommage pour un enjeu censé porter tout le récit. Le rythme contemplatif pose aussi problème. Prendre son temps pour filmer les silences et la grandeur des décors donne une vraie poésie au film, mais cela casse souvent la tension dramatique.
Mais la plus grande frustration vient clairement du final. Le film s'arrête brutalement, pile au moment où l'émotion atteint son pic et où les nœuds du scénario devaient se dénouer. Plusieurs intrigues sont abandonnées en chemin et on se retrouve avec le sentiment tenace qu'il manque un acte entier.
Note : 6/10. En bref, Hijra reste une œuvre empreinte d'une grande sensibilité, qui refuse les jugements simplistes pour filmer la quête de liberté des femmes saoudiennes avec élégance. Malgré un scénario trop incomplet et une fin qui laisse sur sa faim, la beauté de sa mise en scène et la sincérité de son propos méritent le coup d'œil.
Prochainement en France en SVOD
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