1 Octobre 2026
Après être passée par la comédie, l’horreur, le film noir et même les marionnettes, cette quatrième saison de Star Trek: Strange New Worlds continue son petit tour des genres. Mais cette fois, avec les épisodes 7 et 8, on passe clairement un cap. Les deux histoires prennent des voies complètement différentes, et pourtant, elles apportent un vrai coup de frais à la série. D'un côté, une illusion délirante inspirée des séries télé à l'ancienne. De l'autre, un récit de science-fiction beaucoup plus sombre qui met James T. Kirk face à des choix militaires impossibles.
L’épisode 7, « Like Chronitons Through The Hourglass », démarre sur un concept assez fou. Après un accident, le capitaine Pike se réveille à bord d’un Enterprise coincé dans la dynamique d'un soap opera. Tout y est accentué à l'extrême : les regards dramatiques s'étirent sans fin, les émotions débordent, les disputes éclatent pour un rien et chaque officier semble porter un lourd secret de famille. On s’attend presque à voir débarquer un générique à la Amour, Gloire et Beauté. Sur le papier, le concept pourrait vite devenir lourd ou répétitif. Mais le scénario retombe très bien sur ses pieds en ramenant le personnage de Trelane, croisé plus tôt. Ce dernier ne cherche pas uniquement à s’amuser aux dépens du vaisseau.
Il utilise ce décor artificiel comme une étude scientifique pour essayer de saisir la complexité des sentiments humains. Cette parenthèse décalée permet surtout à la série de lever le pied. Après une succession d'épisodes très rythmés, l’histoire prend enfin le temps de scruter l'état émotionnel de l'équipage. C’est Pike qui en bénéficie le plus. Depuis un moment, il s'enferme dans son rôle et enchaîne les missions pour ne pas penser à son deuil. L’épisode ravive la blessure en évoquant Juliet, la fille qu'il a connue dans la réalité alternative partagée avec Batel. Même si elle n'a jamais existé dans le monde réel, le chagrin de Pike, lui, demeure bien concret.
Anson Mount trouve ici une belle occasion de fendre l'armure. Il délaisse son image habituelle de commandant charismatique pour dévoiler un homme vulnérable et brisé. Sa prestation dans la scène finale donne une vraie profondeur dramatique à l'ensemble. Autour de lui, les intrigues secondaires apportent un peu de légèreté avec Uhura, M’Benga ou La’an, tandis qu'Ethan Peck propose une version délicieusement théâtrale de Sybok. L'apparition de Deidre Hall en conseillère vient parfaire cet hommage appuyé aux feuilletons d'époque. Derrière la parodie, l’épisode touche juste en abordant la difficulté d'accepter une perte. L'épisode 8, « Orders Of Magnitude », change du tout au tout.
Fini le second degré, retour à une atmosphère lourde et réaliste. L’Enterprise accueille l’amiral Simon Reeger, joué par Joe Morton. C'est une figure légendaire de Starfleet, respectée de tous, qui prend temporairement les commandes. En l’absence de Pike, Kirk se retrouve propulsé comme son second direct. L'entente est de courte durée. Reeger est hanté par la traque d'un vaisseau ennemi responsable de la mort de millions de personnes. Mais sa quête de vengeance prend le dessus sur la raison. Quand l'amiral envisage d'anéantir une planète entière dans l'espoir de détruire sa cible, Kirk refuse d'obéir.
Cet affrontement remet au centre une interrogation classique de la franchise : jusqu'où une organisation peut-elle aller pour garantir la sécurité de ses membres ? Peut-on commettre une horreur aujourd'hui pour prévenir une menace future ? Kirk comprend vite qu'il ne convaincra pas Reeger avec des discours. Isolé, il doit ruser pour stopper son supérieur. Paul Wesley livre une prestation convaincante en montrant un Kirk encore jeune et imparfait. Ce n'est pas encore le capitaine accompli de la série originale. Il tâtonne, prend des risques calculés et n'hésite pas à contourner les règles. Pour neutraliser Reeger, il va jusqu'à le manipuler en utilisant une substance qui altère son comportement afin de le faire écarter pour raison médicale, un acte dont M'Benga accepte de partager la responsabilité.
Cette prise de liberté risque d'ailleurs de laisser des traces pour la suite. L'épisode en profite aussi pour explorer le passé de George Kirk, apportant une nuance bienvenue dans la relation complexe que James entretenait avec son père. Au final, ces deux chapitres se répondent très bien. Le septième passe par le masque de la comédie et de l'absurde pour traiter de la douleur psychologique. Le huitième s'appuie sur de la science-fiction militaire pour interroger la morale et les limites du commandement.
Ce qui ressort de ce diptyque, c’est avant tout la progression des personnages. Pike affronte enfin ses fantômes, Kirk mesure le prix de la désobéissance et M’Benga s'engage sur un terrain glissant. Le show prouve qu'il ne repose pas seulement sur des concepts accrocheurs, mais qu'il sait aussi développer ses protagonistes avec soin. Alors que la saison s'approche de son dénouement et fait le lien avec The Original Series, ce recentrage tombe à point nommé.
Note : 7.5/10. En bref, ces deux chapitres se répondent très bien. Le septième passe par le masque de la comédie et de l'absurde pour traiter de la douleur psychologique. Le huitième s'appuie sur de la science-fiction militaire pour interroger la morale et les limites du commandement. Ce qui ressort de ce diptyque, c’est avant tout la progression des personnages.
Disponible sur Paramount+
Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog