Final Project (Saison 1, 20 épisodes) : quand le cyberharcèlement s'efface derrière les rebondissements

Final Project (Saison 1, 20 épisodes) : quand le cyberharcèlement s'efface derrière les rebondissements

Proposer 20 épisodes d’environ 10 minutes pour explorer le quotidien d’une adolescente piégée par des attaques en ligne : le pitch de Final Project avait de quoi m'intriguer. On y suit Tamara, une lycéenne qui débarque dans un nouvel établissement avec l'espoir de repartir sur de bonnes bases. Évidemment, la tranquillité dure peu. Des messages anonymes surgissent, des rumeurs enflent, et la jeune fille se retrouve prise dans un engrenage de menaces et de secrets. Sur le papier, le projet avait tous les ingrédients pour offrir un thriller ado incisif, ancré dans des thématiques très actuelles. Mais à l'arrivée, le résultat m'a laissé une franche impression de rendez-vous manqué.

 

Tamara, une jeune fille gothique hantée par un secret qu'elle avait juré d'oublier, change de lycée pour repartir à zéro, mais elle devient bientôt la cible d'un harcèlement incessant sur les réseaux sociaux. C'est alors qu'elle rencontre Xavi, le garçon le plus populaire de l'école, qui décide de la séduire pour gagner un défi tordu… avant que leur attachement ne devienne réel. Cependant, lorsqu'un compte anonyme commence à diffuser des informations sur son passé et que le harcèlement s'intensifie, passant de l'humiliation publique à de véritables menaces, Tamara comprend que quelqu'un cherche à la détruire, et même à l'effacer. Plutôt que de disparaître, Tamara se réinvente et revient encore plus endurcie, transformant sa peur en force, désormais bien décidée à faire payer tous ceux qui l'ont démolie, quel qu'en soit le prix.

 

Le premier problème vient directement de la structure narrative. Le format très court n'est pas un défaut en soi, bien au contraire : il peut insuffler une sacrée dynamique quand il est bien maîtrisé. Le souci ici, c'est que l'écriture cherche constamment à pousser vers l'épisode suivant sans jamais laisser le temps aux scènes de respirer. Un problème surgit, une révélation tombe, et le générique débarque dans la foulée, avant même qu'on ait pu intégrer ce qui venait de se passer. À force de courir après le temps, la série oublie l'essentiel : l'impact humain. Le parcours de Tamara méritait pourtant qu'on s'y attarde de manière sincère. L'arrivée dans un nouveau lycée, l'isolement progressif et le poids psychologique de la violence numérique formaient une base solide. 

 

Mais les épisodes s'enchaînent à toute vitesse, zappant l'évolution émotionnelle des protagonistes. Les relations interpersonnelles souffrent du même traitement : des rapprochements ou des tensions apparaissent d'un coup, simplement parce que le scénario a besoin de faire avancer l'intrigue, et non parce que la dynamique entre les personnages l'exige naturellement. Ce manque de temps handicape aussi le traitement du sujet central. Le cyberharcèlement exige un minimum de finesse pour sonner juste. Les premiers épisodes esquissent bien quelques conséquences concrètes (la pression constante des réseaux sociaux, la peur, le sentiment d'étouffement), mais la création bifurque rapidement vers une mécanique de pur thriller. 

 

La détresse de Tamara passe au second plan, supplantée par une chasse au coupable et une quête de vengeance. C'est dommage, car il y avait une vraie matière à creuser autour de la responsabilité des témoins, du rôle parfois passif des proches ou de l'incompréhension du monde adulte. En réduisant le harcèlement à un simple levier de suspense, l'histoire perd une grande partie de sa pertinence. Du côté des personnages, la caractérisation manque cruellement de relief. Tamara possède une trajectoire intéressante sur le papier, mais ses réactions manquent parfois de logique d'une scène à l'autre. Le constat est similaire pour les seconds rôles. Xavier, qui occupe pourtant une place centrale dans la vie de l'héroïne, peine à transmettre une réelle intensité. Plus embêtant encore : les grandes révélations tombent souvent à plat. 

 

Quand le secret sur l'identité de Tamara éclate enfin après vingt épisodes de tension accumulée, la scène reste étonnamment tiède. On s'attend à un raz-de-marée émotionnel entre les protagonistes, mais l'interaction reste retenue, presque banale. Les adultes ne sont pas mieux lotis, à l'image d'un policier au jeu trop appuyé et d'une mère dont les choix semblent guidés par la nécessité du script plutôt que par un souci de cohérence parentale. Cette rigidité d'écriture se ressent également dans la gestion du mystère. Final Project multiplie les rebondissements, mais la majorité d'entre eux se devinent bien trop vite. La mise en scène sème des indices tellement voyants qu'il devient difficile d'être surpris lors des révélations majeures. 

 

Dans un thriller, prévoir le twist n'est pas forcément rédhibitoire si l'émotion prend le relais. Malheureusement, ce n'est pas le cas ici : les rebondissements s'accumulent de manière artificielle sans créer de véritable attachement. L'interprétation globale pâtit de cette écriture schématique. Les jeunes comédiens doivent débiter des dialogues qui manquent de naturel, écrits davantage pour transmettre des informations pratiques au spectateur que pour refléter de véritables échanges entre adolescents. La direction d'acteurs oscille constamment entre des moments de surjeu dans les scènes de confrontation et une impassibilité troublante dans les séquences d'action dramatiques. Résultat : on observe le récit avec une certaine distance, sans jamais vraiment trembler pour les personnages.

 

Note : 3.5/10. En bref, cette première saison laisse surtout le regret d'un potentiel inexploité. Aborder l'adolescence à travers le prisme des réseaux sociaux et des identités cachées reste une excellente idée, mais la série a voulu trop en faire dans un format qui exigeait au contraire de la concision et du ciblage. En choisissant de privilégier les twists à la chaîne au détriment de la psychologie de ses personnages, Final Project livre un récit précipité qui peine à marquer les esprits.

Disponible sur Netflix

 

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