GIGN (Saison 1, 6 épisodes) : une saison 1 efficace dans l'action, mais inégale sur le reste

GIGN (Saison 1, 6 épisodes) : une saison 1 efficace dans l'action, mais inégale sur le reste

Netflix tente de nous plonger dans le quotidien de l'une des unités d'intervention les plus réputées de France avec sa nouvelle série originale simplement intitulée GIGN. En six épisodes de 45 minutes, le programme mélange interventions antiterroristes, tensions au sein du groupe et dilemmes intimes. L'ambition est claire : raconter la réalité du terrain sans oublier de montrer les visages cachés sous le passe-montagne. La promesse de départ avait de quoi intriguer, mais après avoir visionné l'intégralité de cette première saison, le résultat me laisse un sentiment mitigé. La série se laisse regarder sans effort grâce à sa brièveté et à plusieurs scènes d'action particulièrement bien troussées. 

 

Chef de section hors pair, David pensait enfin pouvoir quitter le terrain. Mais lorsqu’un attentat touche le GIGN en plein cœur, il reprend la tête de son unité. Un ennemi invisible, armé d’une tonne d'explosifs militaires volés, multiplie les attaques et frappe toujours plus près de lui. David doit le traquer tout en protégeant Max, son filleul de 25 ans, fraîchement breveté malgré tous ses efforts pour l’en empêcher. Mais à mesure que l’étau se resserre, l’adversaire exhume un passé que David croyait enterré.

 

En revanche, le récit s'éparpille trop souvent dans des drames familiaux cousus de fil blanc qui coupent net l'élan du récit. Sans parler de raté, GIGN manque d'assurance au moment d'imposer son style et peine à s'imposer comme la référence qu'elle aurait pu devenir. Le principal point fort de cette première saison réside dans sa manière de mettre en scène la routine et le professionnalisme de ce groupe d'élite. Les séances d'entraînement intensives, la discipline de fer, la minutie avec laquelle chaque opération s'organise et la camaraderie constante entre les membres apportent une vraie crédibilité au spectacle. Même si le scénario s'autorise quelques libertés évidentes pour le spectacle, on sent une volonté de coller au plus près du réel.

 

Cette atmosphère stricte constitue clairement l'atout majeur des épisodes. Les séquences au sein de la base militaire, les moments de préparation juste avant l'assaut ou l'apprentissage de la confiance mutuelle illustrent très bien la pression de cette vie. On n'assiste pas seulement à un défilé d'interventions armées : la charge mentale et les contreparties dans la vie personnelle occupent une place centrale. Cette envie de montrer la réalité du métier donne de la chair aux personnages, même si certaines scènes dramatiques finissent par en faire un peu trop. Le premier épisode frappe fort avec une séquence d'intervention très ambitieuse. La production y montre rapidement ses moyens avec une mise en scène vive, une belle lumière et un découpage nerveux qui fonctionne parfaitement dès qu'on reste au cœur de la mission. 

 

Le dernier épisode retrouve heureusement ce niveau de tension pour nous offrir un final réussi. Le problème se situe entre ces deux moments forts. Les épisodes du milieu passent un temps considérable sur les problèmes de couple, les traumatismes enfouis et les disputes personnelles. L'intention de donner du relief aux protagonistes est tout à fait légitime, mais c'est une question de dosage. Trop souvent, ces tunnels de conversations lourdement dramatiques prennent le dessus sur les opérations militaires, cassant l'urgence installée quelques minutes plus tôt. À force d'hésiter entre le thriller d'intervention et le drame familial classique, la série perd en efficacité. 

 

Certaines touches d'émotion tombent juste, mais d'autres donnent l'impression de servir de meuble pour meubler le temps entre deux fusillades. Tomer Sisley prend sans surprise la tête d'affiche dans le rôle de David, un commandant d'expérience qui doit gérer une toute dernière affaire très intime. Son interprétation marche bien parce qu'il évite l'écueil du super-soldat intouchable. On découvre un homme usé par les années, en proie au doute face à des choix complexes et soucieux d'épargner ses hommes. Sa prestation apporte une épaisseur bienvenue à une histoire assez convenue. Dans son sillage, plusieurs seconds rôles font le travail avec sérieux et soutiennent bien la dynamique de groupe, même si certains auraient mérité un texte un peu plus fourni.

 

Le personnage de Max s'avère nettement plus problématique. Son arc narratif semble précipité, et plusieurs de ses réactions durant les opérations manquent cruellement de réalisme pour quelqu'un censé appartenir à l'élite de la gendarmerie. De plus, le jeu d'acteur paraît un ton en dessous sur les scènes clés, ce qui crée un déséquilibre visible avec le reste du casting. L'intrigue tourne autour d'une menace terroriste grandissante qui pousse David à différer sa fin de carrière tout en affrontant ses propres fantômes. La mécanique est bien huilée pour nous tenir éveillés, mais les lignes d'écriture ne surprennent presque jamais. Les habitués du genre devineront sans peine les révélations principales bien avant le dénouement.

 

Le récit déroule des formules vues cent fois ailleurs : le supérieur chevronné fatigué, la nouvelle recrue tête brûlée, la vengeance personnelle et le choc inévitable entre le devoir et la famille. Ce manque d'audace n'empêche pas le visionnage d'être distrayant, mais il en limite l'impact à long terme. J'aurais aimé voir les scénaristes prendre de vrais risques plutôt que de suivre sagement un cahier des charges. De plus, quelques choix tactiques à l'écran risquent de faire tiquer les spectateurs attentifs. Voir des gendarmes d'élite enfreindre des consignes élémentaires pour les besoins du suspense fait perdre un peu de cette authenticité pourtant si chèrement acquise.

 

Malgré ces maladresses, la série conserve des atouts pour la suite. Le format resserré de six épisodes permet d'éviter les bavardages inutiles et maintient un rythme globalement agréable à suivre sur un week-end. Je reste convaincu que la série gagnerait à recentrer son sujet sur la pure stratégie, la préparation et la tension des assauts, au lieu de s'attarder sur la vie privée des héros. C'est sur le terrain que la série trouve sa vraie personnalité. Dès qu'elle s'en éloigne pour empiler les secrets de famille, elle perd son intensité. La réalisation est propre, les scènes d'action tiennent la route et la plupart des personnages méritent d'être suivis à nouveau. Avec des dialogues retravaillés et une intrigue plus resserrée, une éventuelle suite pourrait passer un vrai cap.

 

Note : 5.5/10. En bref, cette première saison de GIGN ne réinvente pas le genre du thriller militaire à la française, mais elle livre un divertissement honnête. Elle s'appuie sur des scènes d'action percutantes et une tentative intéressante de dévoiler l'envers du décor sans en faire un spectacle permanent. La série souffre principalement de son rythme, plombé par trop de mélo personnel au détriment de l'action pure, ainsi que d'une écriture très prévisible. Si le genre vous intéresse, la saison se laisse regarder avec plaisir, mais elle laisse le regret d'une création qui aurait pu taper beaucoup plus fort avec un peu plus d'audace.

Disponible sur Netflix

 

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