The Shards (Saison 1, épisodes 8 et 9) : un final ridicule pour un pétard mouillé de plus signé Ryan Murphy

The Shards (Saison 1, épisodes 8 et 9) : un final ridicule pour un pétard mouillé de plus signé Ryan Murphy

Je dois bien l'avouer, j'ai voulu y croire. On commence une série avec l'espoir de voir une tension grimper, des pièces du puzzle s'assembler et une histoire se tenir du début à la fin. Mais avec The Shards, la chute est brutale. Le projet s'annonçait intrigant sur le papier, ne serait-ce que par la présence de Bret Easton Ellis au générique. On se demandait franchement ce que l'auteur venait faire dans cette aventure, mais le mystère autour du tueur, cette ambiance poisseuse et le quotidien sordide d'une jeunesse privilégiée avaient de quoi séduire. Malheureusement, c'est encore un pétard mouillé signé Ryan Murphy. 

 

Le démarrage posait des bases honnêtes, mais les épisodes 8 et 9 viennent tout ruiner pour finir dans un grand guignol absolu qui n'a ni sens ni intérêt. Dès qu'il s'agit de conclure, la série se dérobe. On nous a baladés pendant toute la saison avec les agissements du Trawler, les ambiguïtés entre Bret et Robert, les secrets familiaux bien crasseux et une atmosphère paranoïaque. On pouvait légitimement attendre des réponses ou au moins un vrai climax lors de ces deux derniers chapitres. L'heure des comptes devait sonner. Sauf que les scénaristes ont préféré choisir la fuite en avant. Le souci n'est même pas d'avoir laissé des questions en suspens. 

 

Un thriller a parfaitement le droit de garder une part de mystère si cela nourrit le récit. Là, le problème est bien plus profond. On réalise que des dizaines de pistes ont été lancées au hasard, sans jamais savoir quoi en faire. Plus on avance vers le final, plus le récit navigue à vue, perdant tout le crédit qu'il avait accumulé à ses débuts. L'épisode 8, intitulé Hamlet, illustre parfaitement ce gâchis. L'intention de départ essayait de faire la maligne en découpant l'intrigue autour de trois pièces majeures de Shakespeare : Roméo et Juliette, Macbeth, puis Hamlet. L'idée de faire faire écho aux devoirs scolaires des élèves avec leurs propres drames personnels était séduisante. Dans la pratique, le soufflé retombe immédiatement. 

 

La rupture entre Susan et Thom traînait depuis des semaines, et sa résolution arrive bien trop tard pour susciter le moindre attachement. On essaie de rendre Thom inquiétant avec ses menaces et son obsession pour Robert, mais la tension sonne faux. C'est exactement la même chose pour Liz et Steven. On nous sort du chapeau une histoire de chantage basée sur le passé de Liz pour faire avancer un projet de film autour de Less Than Zero. Traiter de l'ambition toxique dans ce milieu aurait pu être passionnant, mais parachuter ça juste avant la fin donne l'impression d'un meublage de dernière minute. Tout semble décousu, balancé à l'écran sans aucun liant narrativement valable.

 

Et au milieu de ce capharnaüm, il y a Bret. Cet épisode essaie de maintenir le doute sur sa santé mentale et sa crédibilité en tant que narrateur. L'idée du narrateur peu fiable est un classique du genre qui fonctionne toujours quand il est maîtrisé. Sauf qu'ici, l'écriture est d'une paresse sans nom. On ne nous donne aucun indice solide pour jauger sa folie ou sa lucidité. Les scènes entre Bret et Robert deviennent agaçantes à force d'ambiguïté forcée. Tout est flou : la réalité des faits, leurs échanges, leurs soupçons. À force de faire douter le spectateur de tout, plus rien ne compte et on finit par se détacher complètement des personnages. Puis arrive l'épisode 9, Stairway to Heaven. 

 

Un final de saison est censé rassembler les éléments éparpillés pour offrir un feu d'artifice. The Shards choisit plutôt de rajouter de la confusion. L'agression subie par Terry ouvre une nouvelle enquête où tout le monde devient suspect en un claquement de doigts. Pourquoi ajouter un nouveau mystère secondaire alors que l'identité du Trawler n'est toujours pas résolue ? C'est une dispersion totale. La série cherche tellement à éparpiller les fausses pistes qu'elle en oublie sa trame principale. La prise à partie de Susan subit le même traitement désolant. Un événement traumatisant survient, génère deux minutes de panique, puis l'histoire passe à autre chose comme si de rien n'était. Ce manque de rigueur devient insupportable. 

 

Les réactions des personnages ne sont jamais réalistes, leurs traumatismes sont effacés d'une scène à l'autre, détruisant la crédibilité de l'univers qu'on essaie de nous vendre. Après neuf épisodes, le constat est calamiteux. La série n'a jamais su choisir son identité. Elle a voulu être à la fois un thriller sombre sur un tueur en série, un drame adolescent, une satire sociale de la haute société américaine, un drame psychologique et une satire hollywoodienne. Pris séparément, chacun de ces aspects possédait un potentiel certain. Mais mélangés sans aucune cohérence, ils s'annulent tous entre eux. C'est d'autant plus frustrant que le matériel de base laissait espérer une belle trajectoire. 

 

Suivre la descente aux enfers d'un gamin millionnaire tentant de démasquer un criminel tout en perdant pied avec la réalité aurait pu donner un résultat brillant. Mais l'écriture manque cruellement de courage et préfère empiler les effets de style. La confrontation finale résume à elle seule ce naufrage. La police rassemble tous les protagonistes dans une pièce pour leur annoncer que le tueur se cache probablement parmi eux. Et au moment où l'action devrait enfin démarrer, le générique de fin débarque sans ménagement. Clap de fin, débrouillez-vous avec ça. Ce n'est pas une fin ouverte intelligente qui pousse à repenser aux détails de l'histoire, c'est juste un aveu d'échec scénaristique. 

 

On a le sentiment désagréable d'avoir perdu son temps devant une coquille vide qui n'avait absolument rien à raconter. Ryan Murphy nous refait le coup de la promesse non tenue, et Bret Easton Ellis s'est laissé embarquer dans un projet totalement bancal. En refermant cette première saison de The Shards, l'énervement l'emporte clairement sur la curiosité. Les comédiens font ce qu'ils peuvent pour sauver le navire, l'esthétique est soignée, mais le scénario est complètement à la ramasse. Vouloir maintenir du suspense pour une éventuelle suite est une chose, se moquer du public en refusant de conclure le moindre arc narratif en est une autre. Toutes les portes restent entrouvertes, mais l'envie d'en franchir une nouvelle s'est totalement envolée. Un beau gâchis.

 

Note : 2/10. En bref, Ryan Murphy nous refait le coup de la promesse non tenue, et Bret Easton Ellis s'est laissé embarquer dans un projet totalement bancal. En refermant cette première saison de The Shards, l'énervement l'emporte clairement sur la curiosité. 

Disponible sur Disney+

FX n’a pas encore renouvelé The Shards pour une saison 2 à l’heure où j’écris ces lignes mais après The Beauty (qui elle, en méritait une), difficile d’imaginer une suite à cet accident industriel. 

 

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