30 Septembre 2026
Dalliance, nouvelle production australienne Paramount+ m’a d’abord laissé dubitatif, pour ne pas dire un peu perplexe. Il m’a fallu dépasser le premier épisode pour vraiment accrocher. Mais une fois que la machine est lancée, ces six épisodes trouvent une voix bien à eux et posent un regard d'une justesse rare sur une tranche de vie trop souvent négligée à l'écran. L'histoire suit une bande d'amis d'une soixantaine d'années. On y parle d'amour, de crises de couple, de désirs refoulés, de regrets accumulés et de tout ce bordel émotionnel qu'on traîne après plusieurs décennies d'existence.
Billy, un ancien caméraman, rencontre Dani sur un ferry du port de Sydney alors que leurs différents mondes se croisent.
Ce qui me plaît ici, c'est que le scénario ne traite jamais la soixantaine comme une ligne d'arrivée ou un simple préambule à la retraite. Ses personnages continuent de faire des erreurs, de coucher ensemble, de tomber amoureux, de mentir et d'enchaîner les mauvaises décisions. En clair, ils vivent, tout simplement. Au centre de cette bande, on retrouve Billy, incarné par un Hugo Weaving toujours aussi impeccable. Ancien cameraman à la retraite, Billy possède cette assurance un peu agaçante des gens qui se sortent de n'importe quelle galère avec un trait d'humour et un grand sourire. Sa rencontre avec Dani, jouée par Heather Mitchell, sert de détonateur.
Elle vient bousculer un quotidien bien rodé et raviver des histoires qu'on croyait enterrées au sein de son groupe de potes. Billy est marié à Rose, interprétée par Georgie Parker. Leur relation est sans doute l'un des piliers les plus solides de la saison. On ne nous montre pas une simple scène de ménage banale, mais un mariage qui porte le poids de trente ans de vie commune. À cet âge, les embrouilles ne ressemblent plus à celles qu'on traverse à vingt-cinq ans. Il y a le poids des habitudes, des rancœurs passées, mais aussi cette étrange sensation de connaître l'autre par cœur tout en réalisant qu'il garde une part de mystère. L'écriture capte à merveille la dynamique des vieilles amitiés.
Les dialogues passent en une fraction de seconde d'une vanne complètement débile à une vanne qui fait mal là où ça coince. On a vraiment le sentiment d'observer un groupe de vrais proches qui partagent un passif, un langage codé et des secrets que personne d'autre ne peut piger. Là où la série frappe fort, c'est dans sa manière d'aborder la sexualité. La fiction a tendance à survendre le désir chez les jeunes et à reléguer les personnes âgées au rang de grands-parents bienveillants installés dans leur canapé. Dalliance refuse ce schéma paresseux. Ces gens ont encore envie de séduire, d'avoir des aventures, d'installer des applications de rencontre et parfois de foirer magistralement leurs histoires d'un soir.
Le gros point fort, c'est que ce n'est jamais amené de façon lourde ou démonstrative. La série ne cherche pas à distribuer des leçons de morale. Le désir est montré dans toute sa réalité, avec ses moments de gêne, ses détails pratiques et son côté franchement risible par instants. Le personnage de Sarah apporte à ce sujet une énergie fraîche, notamment à travers sa relation avec Mani, où il est question de solitude et de liberté retrouvée sans que ça sente le cahier des charges. Chaque personnage arrive sur le plateau avec un bagage énorme. On parle de mariages qui finissent par se fissurer après des années, d'enfants devenus grands, de carrières loupées ou de rancœurs jamais digérées. Ça donne une vraie épaisseur aux conflits.
Quand Luke remet son couple en question, ce n'est pas une impulsion d'un soir. C'est le résultat de décennies de concessions. On ressent la même chose chez Rex et Dylan : leur différence d'âge est un sujet, mais ce n'est que la partie émergée de l'iceberg. Sur le plan de la réalisation et du rythme, tout n'est pas irréprochable. Le premier épisode souffre d'un problème d'exposition. Ça brasse beaucoup de monde trop vite, et j'ai eu un moment de doute sur la direction globale. Heureusement, la suite redresse la barre. Dès le deuxième épisode, les trajectoires deviennent plus claires et le récit gagne en fluidité. La petite trame de mystère autour de la soirée entre Billy et Dani sert de fil conducteur pour maintenir une tension constante, mais cela reste un prétexte.
N'attendez pas un polar ou un thriller psychologique, ce n'est clairement pas le sujet. L'intérêt réside ailleurs : dans la façon dont chacun choisit de mener sa barque pour le temps qu'il lui reste. Côté distribution, Hugo Weaving livre une performance très équilibrée entre charisme et vulnérabilité. Mais le reste du casting n'est pas en reste. Georgie Parker est formidable dans le rôle de Rose, un personnage qui gagne en profondeur au fil des épisodes. Catherine McClements apporte quant à elle une nuance douce-amère bienvenue. Mon seul vrai regret concerne le traitement réservé à Adele, un peu mise de côté alors que son arche narrative méritait d'être davantage développée sur ces six épisodes.
Note : 7/10. En bref, Dalliance s'impose comme une belle surprise. Malgré un démarrage un peu poussif et quelques raccourcis d'écriture, la saison réussit son pari grâce à son humanité et à sa sincérité. Voir une création télévisuelle prendre au sérieux les sentiments, les coups de folie et la vie intime de sexagénaires sans tomber dans la caricature fait un bien fou. Une expérience attachante à découvrir prochainement sur Paramount+.
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