Settling (2026) (Saison 1, 6 épisodes) : Quand Harry rencontre Sal (et un paquet de Burger Rings)

Settling (2026) (Saison 1, 6 épisodes) : Quand Harry rencontre Sal (et un paquet de Burger Rings)

Il y a des séries qui annoncent la couleur d'entrée de jeu. Settling en fait clairement partie. Dès les premières minutes, la voix de Rainn Wilson prévient que ce n'est pas une histoire d'amour. Et pourtant, six épisodes plus tard, cette comédie venue tout droit de Nouvelle-Zélande s'amuse gentiment avec cette idée reçue. Imaginée et jouée par Hannah Marshall et Pax Assadi, Settling suit l'histoire de Harriet, dite Harry, et Salman, qu'on appelle Sal. En 2006, alors qu'ils étaient encore au lycée, ces deux meilleurs amis s'étaient lancé un défi un peu fou pour contrer la solitude : se marier s'ils se retrouvaient toujours célibataires vingt ans plus tard.

 

En général, personne ne prend ce genre de promesse d'adolescent au sérieux. Sauf que deux décennies s'écoulent, et le constat est sans appel : ils sont toujours seuls, et leurs vies respectives sont loin d'être un rêve éveillé. Alors, quand la réalité rattrape la théorie, ils décident de sauter le pas pour de bon. Après avoir vu les deux premiers épisodes, la dynamique de départ semblait déjà bien installée. Au fil de ses six chapitres, la saison 1 va plus loin. Elle transforme ce simple mariage d'intérêt en une vraie aventure humaine, bien plus complexe qu'il n'y paraît. Au départ, se marier par dépit ressemble surtout à une très mauvaise décision. Mais c'est précisément ce qui rend la situation drôle. 

 

Sal est dentiste, divorcé, et il gère très mal le fait de vivre seul. Harry traverse une passe noire après une rupture compliquée avec son patron. Entre son retour forcé chez sa mère et ses finances dans le rouge, on est loin du parcours modèle dont elle rêvait. Leur mariage devient une sorte de contrat informel entre deux adultes fatigués qui cherchent une solution pragmatique. Pas de grande déclaration sous la pluie, pas d'étincelles magiques, et encore moins de rapprochement physique. Ce genre de point de départ risquait de tourner en rond rapidement. Heureusement, Settling évite ce piège. La série utilise ce prétexte pour explorer des sujets plus profonds : le poids des attentes de la société, l'angoisse de vieillir en solo, le regard de la famille et ce sentiment pesant d'être passé à côté de sa vie. 

 

C'est vraiment sur ce terrain-là que le show gagne en intérêt. Dans les premiers épisodes, Harry et Sal répondent à des rôles assez définis. Lui cherche à combler un vide et à fuir les remarques de ses proches. Elle vise une stabilité matérielle pour repartir du bon pied. La suite de la saison apporte de la nuance. Sal se montre parfois très maladroit. Ses tentatives pour retrouver une vie amoureuse virevolent parfois au ridicule, mais sa démarche reste touchante. C'est simplement un homme qui cherche quelqu'un avec qui partager son quotidien. De son côté, Harry affiche une fausse indépendance. Ses insécurités refont surface au fil du temps. Même si ce mariage improvisé lui redonne un sentiment de contrôle, il ne résout pas tous ses blocages.

 

C'est cette évolution lente qui donne tout son intérêt à la saison. Ce qui n'était qu'un petit arrangement financier et logistique se transforme peu à peu en une relation impossible à caser dans une boîte. On pense forcément à Quand Harry rencontre Sally, avec deux héros nommés Harry et Sal, amis depuis toujours, dont le lien change avec le temps. Pourtant, la série ne cherche jamais à singer le chef-d'œuvre de Rob Reiner. Les clin d'œil sont bien là, mais l'histoire garde sa propre identité. Le décor néo-zélandais change la donne. La ville d'Auckland est omniprésente et apporte une touche de fraîcheur par rapport aux décors urbains américains vus et revus. L'humour local et la tonique des dialogues donnent un vrai charme à l'ensemble. 

 

La série prend un malin plaisir à désacraliser les codes du genre. Entre un mariage expédié en survêtement et une bague de fiançailles trouvée dans un paquet de biscuits, le ton est donné : adieu le glamour, place à la vraie vie. Et l'ensemble fonctionne à merveille. Le principal risque était de voir le soufflé retomber après le pilote. La suite réussit à maintenir l'intérêt. La vie à deux, le regard incrédule des proches et la routine qui s'installe poussent le duo dans ses retranchements. Les limites fixées au départ deviennent forcément floues à mesure qu'ils partagent leur quotidien. La question n'est plus tellement de savoir s'ils vont finir par tomber amoureux. On se demande plutôt où s'arrête l'amitié profonde et où commence l'amour. Settling prend le temps de poser la question, d'autant plus que ses héros ont un passé commun. 

 

Ils connaissent déjà leurs pires défauts et leurs vieux traumatismes. Leur complicité ne repart pas de zéro. Même quand elle aborde des sujets plus sérieux, la série ne se transforme jamais en drame larmoyant. L'humour reste le moteur principal et naît souvent de petites absurdités de tous les jours. Les familles respectives en rajoutent une couche avec leurs remarques déplacées, tandis que les seconds rôles apportent un vrai grain de folie. L'alchimie entre Hannah Marshall et Pax Assadi fait le reste. On croit fermement à leur amitié de vingt ans. Il n'y a rien de forcé dans leur jeu. Hannah Marshall donne à Harry une énergie brute et une vulnérabilité très juste. 

 

Pax Assadi rend Sal attachant, même quand son personnage prend des décisions douteuses. Cette sincérité fait un bien fou. Seul petit bémol : le choix de Rainn Wilson pour la voix off. Si ses interventions sont souvent amusantes, la démarche reste curieuse. Pour une série si ancrée dans la culture néo-zélandaise, entendre une voix américaine commenter les faits crée un décalage pas toujours nécessaire. L'écriture et la personnalité des comédiens suffisaient amplement à faire tenir la série debout. Au final, Settling dépasse largement la simple comédie de situation. Ce mariage arrangé devient un joli prétexte pour parler du passage à l'âge adulte et de ce moment où l'on fait le bilan de ses choix.

 

Le titre prend alors tout son sens. Settling veut dire s'installer, mais aussi faire des concessions. La série pose une question universelle : faire un compromis, est-ce forcément renoncer à son bonheur ? La saison n'est pas irréprochable. Certains personnages secondaires manquent de temps d'antenne et le format court de six épisodes va parfois un peu vite en besogne. Mais la trajectoire globale reste très cohérente. Surtout, on s'attache sincèrement à Harry et Sal. Pour une comédie romantique, le pari est réussi. Settling propose une romance décalée, parle de solitude sans en faire un drame et aborde le couple sans filtre. Derrière les blagues et les moments gênants, elle raconte simplement l'histoire de deux personnes ordinaires qui cherchent leur place dans le monde.

 

Note : 8.5/10. En bref, entre concept absurde et sensibilité touchante, Settling dépasse la simple comédie romantique pour offrir un regard d'une grande justesse sur la peur de la solitude et la crise de l'âge adulte. Portée par un duo d'acteurs à l'alchimie évidente et un humour néo-zélandais rafraîchissant, cette première saison transforme un mariage de convenance en une belle aventure humaine.

Prochainement en France

 

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