Critique Ciné : Apocalypse Z : Nouveau Monde (2026, Amazon Prime Video)
Apocalypse Z : Nouveau Monde // De Carles Torrens. Avec Carlos Alcaide, Mario Mayo et Lucía Moreno.
Après un premier volet sorti en 2024 qui offrait une petite bouffée d'air frais, la franchise espagnole revient sur Prime Video avec Apocalypse Z : Nouveau Monde. Et le constat fait mal. Ce second chapitre change complètement de cap pour sombrer dans les pires clichés du genre. Oubliez le survival intimiste et un brin attachant centré sur Javier et son chat Lúculo. Place à une grosse machine bourrine, blindée de militaires grotesques, de vagues de zombies numériques ratées et de scènes d'action filmées avec les pieds. Le virus TSJ sévit toujours, les îles Canaries font office de refuge de pacotille, mais on se fiche éperdument de ce qui va arriver aux survivants tant le film prend le spectateur pour un imbécile.
L'histoire nous transporte aux îles Canaries, devenues le dernier refuge de l'Europe après l'épidémie du virus TSJ. Lorsqu'une mission spéciale part pour le continent à la recherche de vivres et de matériel essentiels, Roberto se joint à l'équipe avec des intentions douteuses. L'opération périlleuse se transforme en une course désespérée pour la survie, et Roberto et ses camarades se retrouvent au milieu de hordes d'infectés et de groupes aux allégeances divisées. Dès lors, la question existentielle se pose : se sauver soi-même ou tout risquer pour sauver ce qui reste de l'humanité ?
Au milieu de cette bouillie visuelle, Roberto intègre une expédition militaire censée ramener des provisions. Évidemment, il a un agenda perso : retrouver des réponses sur son père, plus ou moins responsable de la propagation de la pandémie. Sur le papier, le point de départ aurait pu lancer un drame humain tendu. Dans les faits, le scénario enchaîne les incohérences à un rythme effréné, incapable de donner la moindre consistance à son intrigue ou à ses personnages. La force relative du premier film tenait dans sa taille humaine. Suivre un type ordinaire et son chat au cœur du naufrage donnait une vraie texture à l'angoisse. On sentait la solitude, la peur au ventre, l'effort permanent pour survivre quand le monde implose.
Ici, on passe à la vitesse supérieure dans la bêtise. Le film élargit son univers, multiplie les fronts et mise tout sur des affrontements frontaux qui n'ont aucune tension. Les zombies rappellent une bouillie numérique sans âme, les armes mitraillent à tout va et la présence de l'armée est censée donner une envergure de superproduction. Sauf que l'effet inverse se produit. Le métrage est tellement obsédé par sa pyrotechnie bas de gamme qu'il oublie d'écrire une histoire digne de ce nom. Les effusions de sang gratuites et les attaques de morts-vivants s'enchaînent pour masquer le vide abyssal du scénario. À aucun moment on ne tremble, à aucun moment on ne s'attache à ces silhouettes transparentes.
Faire de Roberto un personnage principal égoïste, loin du héros altruiste de bas étage, partait d'une idée louable. Ses propres priorités passent avant le groupe, et sa quête paternelle guide ses pas. Malheureusement, le traitement est d'une paresse sidérante. Roberto traverse le film sans qu'on comprenne vraiment ses motivations profondes, et son évolution morale est expédiée à la hache. Les étapes de sa prétendue rédemption sonnent toutes faux, plombées par une écriture plate et une direction d'acteurs aux abonnés absents. Quant à Marina, censée incarner un contrepoids émotionnel et le pousser à s'ouvrir aux autres, leur relation tombe complètement à plat.
Leurs quelques scènes partagées ressemblent à des remplissages forcés, incapables d'allumer la moindre étincelle d'empathie à l'écran. C'est sans doute le summum du ridicule dans ce naufrage. Le film repose en grande partie sur une opération commando menée par des prétendus professionnels surentraînés. Pourtant, à chaque plan, les choix tactiques de cette équipe frôlent l'absurde. On nous vend des soldats d'élite, mais leurs réactions sur le terrain relèvent du grand n'importe quoi. Ils avancent en ligne de mire sans la moindre couverture, tirent sans réfléchir et multiplient les bourdes qu'un joueur débutant de jeux vidéo éviterait. Impossible de prendre au sérieux cette prétendue force d'intervention.
Seuls les pilotes d'engins sauvent vaguement les meubles lors de quelques passages, mais le reste de la troupe ressemble à une bande de bras cassés incapables de survivre cinq minutes dans un monde réel. Les personnages secondaires ne relèvent pas le niveau. Pritchenko essaie bien d'amener un peu de tension géopolitique et de rappeler les règles de la hiérarchie, mais ses interventions tombent à plat. Le groupe est tellement mal caractérisé qu'on espère secrètement que le premier zombie venu fera le ménage dans leurs rangs. Le film tente maladroitement d'aborder une thématique pourtant intéressante : quand les structures s'effondrent, les petits chefs prennent le pouvoir par la force.
Le personnage de González Escalona incarne cette volonté de rétablir une autorité arbitraire, mais son écriture est tellement caricaturale qu'elle frôle le comique involontaire. Cette opposition entre des survivants réduits à l'état de pions et des tyrans de pacotille aurait pu apporter une vraie épaisseur dramatique. Le film rappelle que l'homme reste souvent le pire loup pour l'homme, que la lâcheté et la soif de pouvoir font plus de dégâts que les morsures d'un infecté. Mais comme pour tout le reste, le scénario survole le sujet. Les conflits éclatent sans préparation, les alliances se font et se défont dans l'indifférence la plus totale, et le propos politique se résume à trois slogans balancés entre deux fusillades.
Note : 2/10. En bref, ce second volet est une déception totale. En voulant tout miser sur l'action bourrine, le grand spectacle et les confrontations militaires, la franchise perd ce qui faisait sa petite singularité. Le récit est creux, les personnages sont agaçants de bêtise et la réalisation accumule les tares visuelles. Le parcours de Roberto méritait beaucoup mieux, tout comme la tentative d'élargir cet univers post-apocalyptique. Au lieu de ça, on se retrouve face à une énième série B de zombies générique, bruyante et totalement dispensable. Une purge sans âme à fuir d'urgence sur Prime Video.
Sorti le 30 octobre 2026 directement sur Amazon Prime Video
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