The Paper (Saison 2, 10 épisodes) : une comédie qui cherche encore son équilibre

The Paper (Saison 2, 10 épisodes) : une comédie qui cherche encore son équilibre

Après une première saison en forme de tour d'essai, The Paper revient avec dix nouveaux épisodes au sein du Toledo Truth Teller. La série avait pourtant bouclé son premier chapitre sur une note franchement encourageante. On sentait des personnages prendre leurs marques et une intrigue capable d'attirer la curiosité pour la suite. Cette deuxième saison avait une carte à jouer : consolider ses acquis et offrir une vraie personnalité à cette rédaction de province ballottée par les crises de la presse. Le problème, c'est que la série va parfois chercher sa personnalité aux mauvais endroits. 

 

Cette saison 2 fait évoluer les choses, approfondit quelques relations et offre des moments marrants, mais elle cherche toujours sa propre voix. Entre comédie de bureau, romance et petite satire sur le monde des médias, la série oscille constamment sans trouver son rythme de croisière. Et c'est sans doute là que le bât blesse. Impossible de parler de The Paper sans mentionner The Office. La comparaison saute aux yeux puisque les deux univers partagent une partie de leur adn et quelques visages bien connus. Pourtant, The Paper gagnerait à couper le cordon et à cesser de se mesurer à son grand frère. Ces nouveaux épisodes donnent parfois l'impression de vouloir forcer le trait, avec un côté plus absurde et plus proche de la sitcom classique. 

 

Plusieurs personnages glissent vers la caricature et les situations deviennent volontairement loufoques. Ça fonctionne par petites touches, mais sur la durée, l'assemblage manque de finesse. La saison 1 gardait une forme de sincérité qui faisait son charme. Ned voulait sincèrement sauver son journal et redonner un sens au métier de reporter, même si ses méthodes laissaient à désirer. Ça rendait le personnage faillible mais franchement attachant. Dans cette suite, Ned devient plus dur à cerner. Son attitude au travail pose régulièrement problème et ses choix personnels n'aident en rien. Comme la série s'obstine à vouloir le présenter comme un type sympathique, ce décalage finit par freiner notre empathie envers lui.

 

L'histoire d'amour entre Ned et Mare devient le fil rouge de ces dix épisodes. Après leur rapprochement en fin de saison 1, ils se lancent dans une relation clandestine au bureau. L'idée de départ n'était pas mauvaise, mais c'est la façon dont elle est traitée qui pose souci. Une grosse partie de la saison tourne autour de leurs efforts pour cacher la vérité aux collègues, à coup d'excuses bidon et de situations embarrassantes. Une ou deux fois, le comique de situation fonctionne. Quand le schéma se répète à chaque épisode, l'effet s'émousse vite. Surtout, leur dynamique manque un peu de substance pour porter tout le poids émotionnel du récit. 

 

Domhnall Gleeson et Chelsea Frei font le travail, mais la magie peine à opérer. Le scénario leur en demande tellement que les autres lignes narratives se retrouvent reléguées au second plan. Mare pâtissait particulièrement de ce choix : elle avait beaucoup plus d'impact quand elle incarnait la journaliste rigoureuse, critique et pro. La ramener essentiellement à son statut de compagne gâche une bonne partie de ce qui faisait sa force. C'est dommage, parce que le Toledo Truth Teller offre un cadre parfait pour ce genre d'histoire. La saison 2 met un peu plus l'accent sur les galères financières du journal. Ned veut moderniser la rédaction, acheter du matériel et offrir de meilleures conditions à son équipe. 

 

Mais les caisses sont vides, les arbitrages sont rudes et la réalité économique vient percuter les ambitions journalistiques. Il y avait là une belle occasion d'aborder des sujets très actuels : la baisse des ventes du papier, la dépendance aux annonceurs, le virage du numérique ou l'indépendance de l'information. Une affaire d'enquête liée à un crime local et à des sponsors importants vient d'ailleurs pimenter l'histoire. Mais la série reste curieusement frileuse. Elle effleure ces problématiques captivantes sans jamais appuyer là où ça fait mal, ce qui génère une certaine frustration. Du côté des seconds rôles, Esmeralda reste sans conteste le moteur comique de la bande. 

 

Sabrina Impacciatore apporte un grain de folie rafraîchissant et livre plusieurs des meilleures scènes de la saison. Ses idées loufoques, ses enquêtes tirées par les cheveux et ses réactions démesurées redonnent un coup de fouet quand le rythme commence à retomber. Seulement voilà : les scénaristes poussent l'excentricité tellement loin qu'Esmeralda semble jouer dans sa propre série. Ses péripéties sont drôles sur le moment, mais elles n'ont presque aucun impact sur le reste de la rédaction. Ce décalage isole le personnage au lieu de l'intégrer au collectif. Dix épisodes, c'est court pour donner à manger à toute une galerie de personnages. Certains membres de la rédaction se retrouvent ainsi au banc des remplaçants. 

 

Ken disparaît pendant de longs moments alors qu'il a un vrai potentiel. Nicole et Detrick ont une belle alchimie, mais leur relation reste bloquée au stade d'ébauche. C'est pourtant quand elle s'intéresse à ses figurants que la série trouve ses meilleurs moments. Travis excelle dès qu'on le plonge dans l'absurde. Son détachement et sa manière unique d'observer les autres permettent à Eric Rahill d'apporter une touche très personnelle à la série. Les petites apparitions annexes marchent elles aussi très bien, apportant cette spontanéité qui manque parfois aux intrigues principales. Le constat est assez simple : The Paper manque encore de régularité dans l'humour. 

 

Quelques scènes font vraiment moucher, mais l'ensemble traverse des passages un peu plats.  La série réutilise les rouages classiques de la comédie de bureau (quiproquos, rivalités, petits mensonges) sans toujours réussir à nous surprendre. Même chose pour le format faux documentaire. Les regards complices face caméra ou les silences gênés ressemblent davantage à un hommage appuyé à The Office qu'à un véritable outil comique au service du récit.

 

Note : 5/10. En bref, The Paper reste une série attachante qui se regarde facilement. L'univers est prometteur et la distribution a du talent. Mais pour franchir un cap, le Toledo Truth Teller va devoir arrêter de chercher sa voie et assumer pleinement ce qu'il a à raconter. La saison 2 n'est pas un raté, c'est un palier. Il ne reste plus qu'à espérer que la suite ose enfin faire confiance à son propre sujet.

Prochainement en France

 

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