8 Octobre 2026
Après trois premiers épisodes qui posaient les bases d’une intrigue de plus en plus politique, cette deuxième saison passe à la vitesse supérieure. L’enquête autour de la mort de Lucio prend vite une tournure autrement plus vaste. Entre le passé bien sombre de la police mexicaine, les mouvements étudiants réprimés et les secrets bien gardés par la hiérarchie, toutes les pièces du puzzle finissent par s’emboîter. Ce bloc d’épisodes marche fort parce qu’il déplace le problème. On ne se demande plus seulement qui a appuyé sur la gâchette.
On cherche à comprendre ce qui pousse certains à réclamer vengeance, pourquoi d'autres s'entêtent à tout étouffer, et jusqu'où nos quatre flics vont devoir aller pour faire éclater la vérité. Dès l’épisode 4, un nouvel élément vient complètement redistribuer les cartes. Le corps d'une victime est retrouvé dans une mise en scène qui rappelle étrangement les crimes du fameux Undresser. Face à ça, Gerardo préfère braquer les yeux sur la thèse d'un imitateur plutôt que d'envisager le pire : et si la police avait coffré le mauvais type un an plus tôt ? Ce déni en dit long sur le fonctionnement du commissariat. Admettre qu'on s'est planté, c'est devoir rendre des comptes.
Gerardo s'accroche donc à sa version, même si les preuves s'accumulent pour le contredire. En parallèle, le cas d’Alma montre à quel point le système tourne à deux vitesses. Un mec blindé de thunes, avec un tableau de chasse chargé en harcèlement et les bons contacts en poche, continue de se balader tranquillement. Pendant ce temps, les autres se font broyer. Et quand un coup de téléphone anonyme arrive sur le combiné de Maria à la fin de l'épisode, le doute n'est plus permis : le tueur n'a pas fini de faire parler de lui. Le vrai point fort de cette suite, c'est l'évolution du groupe. On est loin de la première saison où Maria et ses collègues passaient leur temps à demander la permission de faire leur boulot.
Là, elles prennent les devants, dénichent des pistes par elles-mêmes et trouvent toujours le moyen de contourner les ordres d'une hiérarchie qui passe son temps à leur mettre des bâtons dans les roues. Maria se retrouve malgré tout coincée dans une position inconfortable. Son nouveau grade de lieutenant lui donne des responsabilités, mais pas plus de marge de manœuvre. C'est ce qui rend son parcours crédible : porter un brassard ne règle aucun problème, ça rend juste chaque décision plus lourde à porter pour toute la bande. La disparition d’un flic un peu plus tard vient encore monter d'un cran la pression. L'ambiance change du tout au tout.
Les Azules continuent d'enquêter sur les suspects, mais elles comprennent vite que leur propre uniforme ne les mettra à l'abri de rien du tout. La relation entre Valentina et Gabina devient l'un des piliers de cette fin de saison. Leur amitié tenait déjà à un fil, mais l'enquête vient directement percuter leurs principes et leurs loyautés respectives. Valentina traîne toujours les fards de la première saison. Ses traumatismes dirigent sa façon de bosser et pourrisse parfois ses rapports avec les autres. Elle a un instinct redoutable, mais son impulsivité manque de la perdre à plusieurs reprises. Gabina, elle, prend une trajectoire différente. Ses rapports avec sa famille deviennent intenables, surtout à mesure qu'elle découvre ce que son père et son entourage ont sur les mains.
Les étincelles entre les deux femmes fonctionnent bien à l'écran parce que le conflit n'est jamais forcé. Chacune a des raisons valables de réagir comme elle le fait, ce qui rend leur amitié d'autant plus fragile. Plus les épisodes défilent, plus la série abandonne l'idée d'un simple polar classique. Le pourrissement de l'institution policière devient un personnage à part entière. Les passerelles entre certains gradés, le pouvoir politique et les massacres d'étudiants montrent que ces nouveaux meurtres ne tombent pas du ciel. Tout découle du passé. La haine tenace que nourrit l'université envers les forces de l'ordre prend alors tout son sens. Les témoignages des rescapés permettent de comprendre d'où vient cette rage.
La série n'excuse rien, mais elle prend le temps d'expliquer d'où vient cette violence. C'est une vraie qualité de l'écriture : les coupables ne sont pas juste des sociopathes tombés de nulle part. Ils sont le produit direct d'un système où la justice n'a jamais fait son travail. Bonne surprise aussi du côté de Gerardo. Alors qu'il a passé une grande partie de la série à incarner le flic macho et rigide par excellence, il se heurte enfin à ses propres contradictions. Ses choix ont des conséquences directes sur Gabina et Valentina. On découvre un homme tiraillé entre la discipline, ses chefs et ce que sa conscience lui dicte de faire. Ça évite de le cantonner au rôle du gros bras borné qui refuse d'écouter les femmes.
Il reste loin d'être irréprochable et s'avère parfois franchement exaspérant, mais le personnage gagne en nuance. L'épisode qui lui est consacré permet de faire une pause bienvenue dans le rythme effréné de l'enquête pour mieux comprendre ce qui le fait tourner. De son côté, Ángeles continue d'avancer. Sa relation avec Gabriel permet de sortir un peu du cadre strictement policier et de rappeler que ces femmes ont aussi une vie en dehors du commissariat. Leur couple doit faire face à des choix compliqués. Gabriel doit s'affirmer et assumer la place d'Ángeles dans son quotidien, ce qui renvoie directement au grand thème de la saison : jusqu'où peut-on accepter les règles imposées par son milieu ?
Cette parenthèse plus intime fait du bien au milieu de tout ce climat de paranoia et de violence. L’épisode 8 arrive avec une sacrée pression sur les épaules. Après avoir ouvert plein de portes différentes, il fallait réussir à tout fermer sans tout bâcler. Le danger devient immédiat et les filles n'ont plus le temps de tergiverser. Maria, Valentina, Gabina et Ángeles rassemblent les pièces du puzzle et mesurent enfin l'ampleur du scandale. Ce qui fait plaisir dans ce final, c'est qu'il ne cherche pas à distribuer des happy ends faciles. Arrêter les coupables ne suffit pas à nettoyer une institution vérolée jusqu'à la moelle, ni à effacer les traumatismes des violences d'État.
La série reste droite dans ses bottes jusqu'à la dernière minute. Las Azules utilise le prétexte du polar pour parler de sujets bien plus lourds : l'exercice du pouvoir, la confiance brisée et la quête de justice. Après une première volée d'épisodes concentrée sur l'arrivée éprouvante des femmes dans la police, cette saison 2 ouvre grand les fenêtres. Les épisodes 4 à 8 font la part belle à la politique, aux affaires de corruption et à la mémoire des violences policières. Tout n'est pas parfait pour autant. Quelques sous-intrigues auraient mérité un peu plus d'espace pour respirer, et le scénario surligne parfois un peu trop ses intentions. La réalisation a tendance à vouloir trop expliquer par le dialogue ce que les images montraient déjà très bien toute seule.
Mais dans l'ensemble, la série m'a bien plus accroché sur cette deuxième moitié. Maria n'est plus la recrue qui cherche à faire ses preuves devant des collègues hostiles. Elle devient une cheffe d'équipe confrontée à des choix cornéliens pour faire éclater la vérité. Et le quatuor d'origine sort transformé de cette épreuve, avec son lot de cicatrices, de doutes et d'ennemis haut placés. La saison se referme sur un constat plutôt lucide : boucler un dossier ne veut pas dire que justice a été rendue. Parfois, faire la lumière sur une affaire oblige surtout à regarder en face tout ce qui a permis au mensonge d'exister pendant si longtemps.
Note : 7/10. En bref, la série m'a bien plus accroché sur cette deuxième moitié. Maria n'est plus la recrue qui cherche à faire ses preuves devant des collègues hostiles. Elle devient une cheffe d'équipe confrontée à des choix cornéliens pour faire éclater la vérité.
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