Critique Ciné : L’amour c’est surcoté (2025)

Critique Ciné : L’amour c’est surcoté (2025)

L’amour c’est surcoté // De Mourad Winter. Avec Hakim Jemili, Laura Felpin et Benjamin Tranié.

 

Sous ses airs de comédie légère, L'amour c'est surcoté surprend par la richesse de ses thématiques et son regard plein de justesse sur les travers de l'âme humaine. Derrière ce titre volontairement provocateur, le film trouve un subtil équilibre entre émotion sincère et humour décapant. À travers des dialogues ciselés et des scènes de groupe parfaitement rythmées, cette œuvre propose une vision sensible de l’amour, de l’amitié, mais aussi de la santé mentale, sans jamais tomber dans la facilité ou le pathos. Le premier atout du film réside dans sa capacité à maintenir un rythme constant, aussi bien dans les moments drôles que dans ceux plus intimistes. 

 

Diagnostiqué “nul avec les meufs” depuis son plus jeune âge, Anis mène une existence charnelle placée sous le signe du calme plat. Trois ans jour pour jour après la perte d’Isma, son meilleur ami et mentor, il prend son courage à deux mains et se décide enfin à sortir faire de nouvelles rencontres. Sauf qu’en abordant Madeleine, Anis ignore que débute une grande aventure. Un truc inattendu. Un truc qui s'appelle “l’amour”.

 

Les dialogues s’enchaînent avec fluidité, et chaque réplique semble tomber au bon moment, avec une précision d’orfèvre. Le réalisateur Mourad Winter démontre ici une vraie maîtrise de la dynamique de groupe, un art souvent difficile dans ce genre de comédie où il est facile de perdre le spectateur entre plusieurs personnages secondaires. Il faut aussi souligner l’intelligence avec laquelle les scènes s’enchaînent, évitant les temps morts et les lourdeurs qui plombent parfois ce type de production. Le ton reste vif, mais jamais forcé, ce qui donne au film un naturel particulièrement agréable.

 

Derrière l'apparente légèreté du récit, L'amour c'est surcoté questionne en profondeur la notion même d’amour. Peut-on continuer à aimer quand tout semble aller de travers ? Le film propose une réponse nuancée, loin des clichés habituels du genre. Il montre que l’amour ne se limite pas à de grandes déclarations enflammées, mais s’inscrit aussi dans les épreuves, les incompréhensions et parfois même les mensonges. Le personnage d’Anis, emporté par ses propres contradictions et ses maladresses, entraîne malgré lui son entourage dans un tissu de mensonges. 

 

Loin de le condamner, le film le dépeint avec tendresse, en soulignant ses efforts sincères pour s'en sortir. Face à lui, Madeleine, campée par Laura Felpin, offre un contrepoint lumineux, lucide sans être cynique. L’un des aspects les plus touchants du film est sans doute sa manière d’aborder les questions de santé mentale. Dépression, thérapie, incapacité à exprimer ses émotions : autant de sujets que le scénario traite avec pudeur et humour. Loin d’adopter un ton dramatique ou didactique, le film montre au contraire que l’humour peut devenir un formidable levier pour parler de nos blessures les plus profondes.

 

Le personnage de Paulo, interprété par Benjamin Tranié, apporte une légèreté bienvenue à l’ensemble. Derrière ses vannes parfois politiquement incorrectes, il cache lui aussi ses propres fragilités, contribuant à cette galerie de personnages tous plus humains les uns que les autres. La réussite du film doit beaucoup à son casting. Hakim Jemili, dans le rôle d’Anis, livre une performance d'une grande sincérité. Il incarne avec justesse un trentenaire tiraillé entre ses angoisses et ses aspirations, loin des caricatures habituelles. À ses côtés, Laura Felpin confirme tout le bien que l’on pouvait penser d’elle. Sa prestation, pleine de naturel et de subtilité, apporte au film une vraie profondeur émotionnelle.

 

Même les seconds rôles sont particulièrement soignés. Alassane Diong, notamment, impressionne par sa retenue et son authenticité. Chaque membre du casting semble parfaitement à sa place, contribuant à créer une atmosphère chaleureuse et crédible. Le scénario frappe par sa capacité à jongler entre humour et émotion sans jamais sombrer dans l’excès. Les dialogues, souvent drôles, parviennent à capter ce mélange de gravité et de légèreté qui caractérise tant de situations de la vie réelle. La phrase « nous on encaisse et on la ferme », prononcée au détour d’une conversation, résonne avec une vérité simple mais profonde.

 

Même lorsque le film aborde des sujets aussi délicats que la masculinité toxique, la dépression ou le deuil, il évite le piège de la moralisation. À travers des situations souvent absurdes, il souligne au contraire la complexité des sentiments humains, avec une bienveillance qui fait du bien. Il serait malhonnête de prétendre que L'amour c'est surcoté est un film sans défaut. Certains flash-backs paraissent un peu forcés, quelques gags tombent à plat, notamment autour de la thématique de la transidentité. Mais ces quelques faiblesses ne parviennent pas à entacher l’ensemble. Elles rappellent simplement que le film, s’il est imparfait, reste profondément sincère.

 

Cette sincérité, rare dans une époque où beaucoup de comédies romantiques peinent à trouver le bon ton, donne à L'amour c'est surcoté une saveur particulière. Loin de chercher à forcer l’émotion ou à aligner des scènes toutes faites, le film avance avec pudeur, préférant laisser le spectateur s’attacher petit à petit à ses personnages. Au fond, L'amour c'est surcoté n'est pas tant un film sur l’amour romantique que sur l’amour au sens large : l'amitié, l'acceptation de soi, le soutien silencieux entre proches. À travers le parcours chaotique d’Anis et de ses amis, le film propose une véritable ode à la résilience.

 

Il rappelle que parler de ses failles, même maladroitement, peut parfois ouvrir des portes inattendues vers la guérison. Entre rires et émotion, L'amour c'est surcoté livre ainsi un regard touchant sur la complexité des relations humaines. Un regard qui ne juge pas, qui n’idéalise pas, mais qui choisit au contraire d’embrasser l’imperfection et de s’en amuser. Sous son titre un brin provocateur, L'amour c'est surcoté cache une comédie romantique à la fois drôle et sensible. Avec son rythme enlevé, ses personnages attachants et son écriture pleine de finesse, le film réussit à parler de sujets lourds sans jamais plomber l’ambiance. 

 

Bien qu’imparfait, il touche juste et laisse une impression durable, comme un écho discret à nos propres hésitations, nos blessures et nos élans de tendresse. À travers cette histoire à la fois bancale et lumineuse, L'amour c'est surcoté rappelle qu’il n’est pas toujours nécessaire de croire en l’amour parfait pour trouver, parfois, un peu de bonheur.

 

Note : 8.5/10. En bref, L'amour c'est surcoté livre ainsi un regard touchant sur la complexité des relations humaines. Un regard qui ne juge pas, qui n’idéalise pas, mais qui choisit au contraire d’embrasser l’imperfection et de s’en amuser. 

Sorti le 23 avril 2025 au cinéma

 

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