21 Avril 2025
Rapide // De Morgan S. Dalibert. Avec Paola Locatelli, Alban Lenoir et Anne Marivin.
Après avoir réalisé AKA (2023) avec Alban Lenoir pour Netflix, Morgan S. Dalibert (directeur de la photographie sur les deux volets de la saga Balle Perdue avec Alban Lenoir sur Netflix) débarque au cinéma. Rapide cherche à impressionner dès les premières secondes, comme s’il avait peur de ne pas retenir l’attention. Une voix off en guise d’introduction, une scène d’ouverture rythmée, puis un retour en arrière pour dérouler l’histoire. Ce procédé narratif, assez courant dans les productions destinées aux plateformes de streaming (et ça tombe bien puisque Netflix a son nom dans le générique des producteurs), donne le ton d’un film qui veut aller vite, quitte à brûler quelques étapes.
Max a toujours aimé aller vite. Elle ne sait pas faire autrement. Alors quand elle découvre le karting, c’est une évidence : elle sera championne de F1. Les compétitions juniors s’enchainent, les victoires aussi. Pourtant, à 17 ans, aucune écurie ne la retient. Sa faute principale : être une jeune femme dans un sport d’hommes. Face à ce monde qui lui tourne le dos, seul un ancien pilote de deuxième zone totalement fantasque croit encore en son potentiel. Un seul but : faire de Max la plus rapide.
Le film suit Max, une jeune femme passionnée de vitesse, qui tente de se faire une place dans un univers essentiellement masculin : celui des sports mécaniques. De ce point de départ, Rapide promet un récit d’émancipation, de dépassement de soi, avec en toile de fond une critique du sexisme dans les sports de haut niveau. Pourtant, ce potentiel reste globalement sous-exploité. L’intrigue reprend les codes classiques des films de sport : la montée fulgurante, la chute brutale, la quête de rédemption, le mentor bourru mais bienveillant, l’adversité masculine omniprésente… Tout y est, au point qu’il devient difficile d’être surpris.
Dès les premières scènes, l’impression domine que l’on connaît déjà la fin. Le récit coche les cases sans réellement proposer de détour. Ce manque d’originalité s’accompagne d’une écriture parfois trop mécanique. Les personnages manquent de profondeur, les dialogues semblent souvent plaqués, et certaines situations paraissent trop faciles pour être crédibles. Le film tente bien de créer de l’émotion, mais ne va jamais vraiment au bout de ses idées. Paola Locatelli, dans le rôle de Max, s’en sort plutôt bien. Son interprétation reste correcte, mais on sent qu’elle aurait pu faire davantage si le scénario lui en avait donné l’occasion.
Son personnage, censé être complexe, en proie aux doutes et à la pression, manque d’épaisseur. Il y a bien quelques scènes qui laissent entrevoir ses dilemmes, mais elles sont vite évacuées au profit d’une progression narrative trop linéaire. Face à elle, Alban Lenoir joue un rôle plus excentrique, un mentor atypique qui semble sorti tout droit d’un autre registre. Par moments, son jeu frôle l’excès, ce qui crée un décalage qui n’apporte pas grand-chose à l’histoire. Le reste du casting se fond dans le décor : les seconds rôles défilent sans vraiment marquer. Là où Rapide parvient à tirer son épingle du jeu, c’est dans sa réalisation. Les scènes de course sont correctement filmées, avec une énergie certaine.
Multiplication des angles de caméra, son travaillé, musique entraînante : il y a une volonté de donner un rythme soutenu aux séquences d’action. Certaines scènes sur circuit parviennent à captiver, notamment grâce à un minimum d’effets spéciaux, ce qui renforce l’impression de réalisme. Mais cette énergie visuelle peine à compenser les lacunes du scénario. Le film mise beaucoup sur sa nervosité, sans prendre le temps de poser ses enjeux. Résultat : les courses sont souvent trop courtes, et les tensions censées habiter les personnages restent superficielles. La mise en scène donne parfois l’impression de vouloir masquer un certain vide narratif.
Le film aborde le sujet du sexisme dans le sport automobile, mais de manière trop timide. On comprend rapidement que Max évolue dans un environnement hostile, où elle doit sans cesse prouver sa légitimité. Mais au lieu d’approfondir cette dimension, le récit se contente de quelques remarques ponctuelles, sans jamais proposer une vraie réflexion sur le sujet. Le propos reste en surface, et cela donne une impression de demi-mesure, comme si le film n’osait pas aller au bout de ses intentions. Ce manque d’engagement nuit à l’impact que l’histoire aurait pu avoir.
On aurait aimé voir Max affronter de vrais dilemmes, se confronter à des choix difficiles, mais la narration préfère rester dans le confort des figures déjà vues. Le film donne l’impression d’avoir voulu plaire au plus grand nombre, au détriment de la sincérité du propos. Il est clair que Rapide a été pensé pour les plateformes de streaming. Son format, sa structure narrative, sa réalisation rythmée et sa volonté de capter rapidement l’attention le montrent bien. Dans ce contexte, le film remplit globalement son contrat : il se regarde facilement, propose quelques scènes efficaces, et ne cherche pas à trop en faire.
Mais cette approche a ses limites. À force de vouloir cocher toutes les cases du film de sport à message, Rapide finit par ressembler à un produit formaté. Il manque cette étincelle, cette originalité qui aurait pu en faire une œuvre à part. Le film reste dans le cadre, sans jamais vraiment en sortir. Rapide n’est pas un mauvais film. Il propose quelques bons moments, notamment dans ses scènes de course. Il met en lumière une héroïne attachante, portée par une actrice prometteuse. Mais il souffre d’un manque d’ambition dans l’écriture, et d’un certain conformisme dans le traitement de ses thèmes.
Ce n’est pas un film qui marque durablement. Il divertit sur le moment, puis s’efface assez vite de la mémoire. Ceux qui cherchent un film de sport simple, accessible, avec une héroïne jeune et déterminée y trouveront peut-être leur compte. Mais ceux qui espèrent une histoire forte, une mise en scène tendue, ou une vraie réflexion sur la place des femmes dans le sport automobile risquent de rester sur leur faim.
Note : 5/10. En bref, Rapide ressemble à une belle carrosserie sans moteur sous le capot : ça brille, ça fait du bruit, mais ça ne va pas très loin.
Sorti le 16 avril 2025 au cinéma
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