Critiques Séries : Retour en Alexandrie (2025)

Critiques Séries : Retour en Alexandrie (2025)

Retour en Alexandrie // De Tamer Ruggli. Avec Nadine Labaki, Fanny Ardant et Eva Monti.

 

Le film Retour à Alexandrie, réalisé par Tamer Ruggli, prend la forme d’un retour au pays natal chargé de souvenirs, de rancunes enfouies et de douleurs non résolues. L’histoire suit Hélène, une psychiatre qui revient en Égypte après deux décennies d’absence pour retrouver sa mère mourante. Ce voyage, bien plus intime que touristique, sert de prétexte à une exploration des relations mère-fille, marquées ici par l’incompréhension, la distance affective et les non-dits. Dès les premières scènes, le ton est donné. Le film ne cherche pas à accélérer. Il prend son temps, parfois au risque de le perdre, pour installer son atmosphère, ses personnages, et ses blessures anciennes. 

 

Sue retourne dans son Égypte natale après vingt ans d'absence pour voir sa mère, Fairouz, une aristocrate splendide et excentrique.

 

Le spectateur est invité à embarquer dans une Cadillac rose au cœur du désert égyptien, mais la virée a des allures de traversée psychologique, entre souvenirs réels, fantasmés, et visions teintées d’ironie. Loin d’être un simple road-movie, Retour à Alexandrie s’apparente à une dérive introspective, parfois décousue, où le passé refait surface sous des formes inattendues. L’une des forces du film réside dans son cadre visuel. L’Égypte qui s’y déploie n’est pas celle des cartes postales ou des circuits touristiques habituels. Elle est à la fois réelle et recomposée, baignée dans une esthétique rétro où le rose bonbon, les tissus soyeux et la musique de Dalida ou de Warda offrent un contraste saisissant avec les douleurs familiales. 

 

Il y a dans cette direction artistique une volonté claire de décalage, presque théâtrale, qui fonctionne selon les sensibilités. Le réalisateur semble vouloir évoquer un âge d’or révolu, celui des stars du cinéma égyptien, des divas orientales, et des souvenirs d’enfance idéalisés. Ce choix renforce le sentiment de déconnexion entre les générations, entre cette mère flamboyante, exubérante, attachée à une époque révolue, et sa fille, rationnelle, occidentalisée, en quête de réponses et de réconciliation.

 

Le cœur du film repose sur la relation entre Hélène et sa mère. Fanny Ardant incarne cette dernière avec son style habituel : grandiloquent, théâtral, parfois à la limite de la caricature. Son personnage, tout en excès et en réparties cinglantes, semble tout droit sorti d’un cabaret nostalgique. Ce choix d’interprétation divisera sans doute. Si certains y verront une diva complexe, d’autres y verront une figure peu crédible, voire fatigante à la longue. Face à elle, Nadine Labaki campe une femme plus contenue, dont la douleur est enfouie sous des couches de contrôle et de retenue. 

 

Elle incarne bien cette génération de femmes confrontée à un héritage émotionnel pesant, tiraillée entre devoir, colère et besoin de compréhension. L’alchimie entre les deux actrices fonctionne par contraste, même si certaines scènes manquent de fluidité ou de naturel. Le film adopte une narration non linéaire, mêlant présent, flashbacks et hallucinations. Cette structure permet d’illustrer les errements mentaux d’Hélène, mais elle crée aussi un effet de dispersion. Certaines scènes paraissent irréelles, voire inutiles. 

 

Le spectateur peut se perdre dans ces allers-retours entre imaginaire et réalité, d’autant que certains personnages secondaires – comme cette tante volubile ou cet enfant omniprésent sans réelle fonction – parasitent parfois la lisibilité de l’ensemble. Ce choix narratif, volontairement flou, cherche sans doute à évoquer l’état mental de la protagoniste, en proie à des souvenirs troubles, à des émotions refoulées. Mais cette approche a ses limites. À force de brouiller les repères, le film peine à créer une vraie montée dramatique. L’émotion reste souvent en surface, étouffée par un trop-plein de symboles et de digressions.

 

Malgré les thématiques fortes qu’il aborde – le deuil, l’abandon, la mémoire, la transmission – Retour à Alexandrie n’atteint pas toujours la profondeur émotionnelle qu’il vise. Il y a bien des moments touchants, des dialogues justes, des regards chargés de non-dits. Mais l’ensemble semble parfois déséquilibré, tiraillé entre une volonté d’hommage, un goût du kitsch assumé et une quête identitaire plus profonde. Le film ne propose pas de véritable résolution. La fin, abrupte, laisse un goût d’inachevé. Peut-être est-ce le but : suggérer que certaines blessures ne se referment jamais totalement, que certaines réconciliations restent impossibles. 

 

Ce choix de ne pas conclure avec une morale ou une grande révélation rend le film plus réaliste, mais il peut aussi frustrer. Au final, Retour à Alexandrie ressemble à un exercice de style personnel, porté par le regard d’un réalisateur qui semble vouloir régler ses propres comptes avec le passé. Il y a dans cette mise en scène des femmes une forme de tendresse et de cruauté mêlées, un hommage déguisé sous des piques acides. Le film cherche à bousculer les codes du récit familial, en y injectant une bonne dose de second degré, de stylisation et de mélancolie.

 

Mais ce choix a ses contreparties : un rythme inégal, des personnages parfois trop archétypaux, et une structure qui s’éparpille. Ce n’est pas un film à suspense, ni un drame classique. C’est un objet filmique hybride, qui fascine autant qu’il déroute. Un peu comme une vieille photo de famille qu’on retrouve par hasard, et qu’on ne sait pas tout à fait où ranger. Pour celles et ceux qui aiment les récits introspectifs, teintés de nostalgie, Retour à Alexandrie offre un voyage singulier dans les méandres de la mémoire familiale.

 

Mais il demande un certain lâcher-prise, une acceptation de son ton particulier, de ses ruptures de rythme, et de ses partis-pris esthétiques. Il ne conviendra pas à tous les publics, mais pour ceux qui s’y retrouvent, il peut évoquer quelque chose de familier, voire de personnel.

 

Note : 4.5/10. En bref, Retour à Alexandrie offre un voyage singulier dans les méandres de la mémoire familiale mais il demande un certain lâcher-prise, une acceptation de son ton particulier, de ses ruptures de rythme, et de ses partis-pris esthétiques. 

Sorti le 22 janvier 2025 au cinéma

 

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